L’Europe s’interroge sur l’avenir de l’hydrogène vert

Un responsable néerlandais appelle la Commission à créer  un marché européen de l’hydrogène, pour permettre à la filière de se structurer. Mais les avantages de cette énergie verte ne font pas l’unanimité.

L’hydrogène vert – celui provenant des énergies renouvelables –est considéré comme le Graal de l’énergie verte par les partisans de l’énergie propre car il n’émet presque pas d’émissions et peut être stocké pour une période de temps prolongée, contrairement à l’électricité.

Mais l’hydrogène vert n’est pas encore produit à une échelle commerciale, et ce processus qui pourrait prendre plus d’une décennie. Et les experts de l’énergie affirment que l’hydrogène gris – celui provenant du gaz naturel – est une étape nécessaire pour y arriver.

« Ce qu’ils appellent l’hydrogène gris et qui est déjà utilisé par l’industrie est un tremplin évident car il est déjà là », a déclaré Noé van Hulst, spécialiste de l’hydrogène au ministère néerlandais des affaires économiques et de la politique climatique.

Environ 70 millions de tonnes d’hydrogène sont actuellement utilisés dans le monde entier, surtout pour le raffinage du pétrole et la production chimique, selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE).

Le principal avantage est que l’hydrogène n’émet aucun CO2 lors de sa combustion et peut fournir un combustible propre pour les industries de transformation comme la sidérurgie, la pétrochimie et la cimenterie, qui émettent sinon beaucoup de carbone. L’inconvénient est que l’hydrogène est fait entièrement à partir de combustibles fossiles, associés à des émissions de CO2 significatives.

Pour Noé van Hulst, la solution est donc simple : « il suffit de verdir l’hydrogène gris », en utilisant la technologie de stockage et captage du carbone pour enterrer les émissions sous terre. C’est ce qu’on appelle l’hydrogène bleu et cela permettra de faire évoluer le marché.

« Intégrons ce marché aussi vite que possible », a-t-il plaidé appelant à des « normes communes »au niveau européen pour la production d’hydrogène propre. « Nous devons agir. »

Lien manquant

Les activistes de l’environnement voient l’hydrogène bleu avec scepticisme, et affirment qu’il s’agit d’une excuse de l’industrie du pétrole et du gaz pour prolonger les activités liées aux combustibles fossiles.

La Commission européenne a pour sa part adopté une position plus prudente, en avançant que les économies d’énergie et l’électricité renouvelable étaient les priorités pour l’instant.

« Il est clair que l’efficacité énergétique et les énergies renouvelables seront au cœur de la transition énergétique », affirme Tudor Constantinescu, conseiller principal sur l’énergie à la Commission européenne. « Cela dit, toutes les solutions seront bonnes à prendre » pour atteindre la neutralité carbone d’ici à 2050.

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« L’hydrogène peut être le lien manquant dans la transition énergétique » car il peut permettre de décarboniser des secteurs de l’économie comme les industries de transformation et le transport lourd, poursuit Tudor Constantinescu.

L’exécutif européen n’a toutefois pas décidé quels incitatifs il appliquerait et se penche sur toutes les options en vue de son futur paquet législatif sur le gaz, qui devrait être mis sur pied l’année prochaine.

Pour Noé van Hulst, cela montre clairement un manque d’urgence, alors que des incitatifs politiques sont nécessaires pour donner l’élan au marché européen naissant de l’hydrogène. À ce stade, la couleur importe peu car les volumes sont trop faibles.

« Nous encourageons à la fois l’hydrogène bleu et vert », explique-t-il. « Pourquoi ? Parce que si vous commencer à calculer les volumes nécessaires pour les dix prochaines années, on n’y parviendra pas avec de l’hydrogène vert seulement. »

« Ce n’est pas la panacée mais c’est un lien manquant dans la transition énergétique de ces secteurs. »

« Prenons notre temps »

Les écologistes ne partagent cependant pas le même sentiment d’urgence. « Ce qui compte, ce ne sont pas les couleurs, mais la neutralité des gaz à effet de serre et les coûts », a déclaré Dries Acke, de la Fondation européenne pour le climat (ECF), un groupe de campagne.

« Et c’est une chose sur laquelle nous ne devrions pas faire de compromis », a-t-il insisté, appelant à des définitions claires des gaz renouvelables et à faible teneur en carbone – y compris l’hydrogène – sur la base de leur empreinte CO2. « Ce n’est pas un exercice trivial », a souligné M. Acke, rappelant qu’il ne restait que 30 ans à l’Europe pour parvenir à des émissions nettes nulles.

« Et pour être franc, nous n’avons pas le temps pour une autre catastrophe dans le domaine des biocarburants », a-t-il dit, faisant référence aux décideurs politiques qui ont fait volte-face lorsqu’ils ont réalisé que certaines sortes de biocarburants pouvaient entraîner de la déforestation.

« Prenons donc le temps de bien définir ce marché et de le mettre en marche correctement », propose Dries Acke.

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La Commission européenne s’est engagée à introduire une taxonomie environnementale pour les gaz à faible teneur en carbone tels que l’hydrogène et le biogaz. Déterminer l’empreinte carbone de ces gaz « est la question clé à laquelle nous devons répondre », a déclaré Stefaan Vergote, conseiller pour les stratégies de réduction des émissions à la direction de l’action climatique de la Commission européenne. « Nous avons vraiment besoin de savoir quels sont les chiffres. ».

D’autres instruments politiques sont relativement à portée de main. La directive de l’UE sur les énergies renouvelables récemment mise à jour a introduit un système de garanties d’origine (GO) pour certifier l’électricité produite à partir de sources renouvelables, explique Tudor Constantinescu. « Et ce système pourrait être appliqué à l’hydrogène. »

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