Électricité : la France revoit fortement à la hausse ses besoins pour 2030

Dans un scénario où la France atteint ses objectifs de décarbonation et de réindustrialisation, la consommation d'électricité pourrait s'élever à 580 à 640 TWh d'ici à 2035, soit autant que ce que le gestionnaire de réseau prévoyait à horizon 2050, dans ses travaux « Futur énergétique 2050 » publiés fin 2021. [fru-fru / Shutterstock]

Selon le gestionnaire de réseau électrique français, RTE, la France devrait finalement atteindre le niveau de consommation électrique attendu en 2050 dès 2030-2035. 

Fin 2021, RTE a publié ses prévisions de consommation d’électricité pour 2050 dans ses travaux « Futur énergétique 2050 ». Or, celles-ci pourraient être atteintes dès 2030-2035, note-t-il dans un point d’étape publié mercredi (7 juin) en amont de son bilan prévisionnel prévu pour septembre 2023.

À horizon 2030-2035, RTE prévoit donc, dans un scénario où la France atteint ses objectifs de decarbonation et de réindustrialisation, que la consommation d’électricité française pourrait atteindre 580 à 640 TWh.

Le nouveau scénario est donc « un scénario de transformation, voire de révolution : sur le plan industriel, sur le plan des usages concrets des Français », explique Thomas Veyrenc, en charge de la stratégie et de l’évaluation chez RTE.

« Notre trajectoire repose sur la somme des besoins qui nous ont été remontés, filière par filière », ajoute le président du directoire de RTE, Xavier Piechaczyk, dans un interview pour le média Le Monde.

Ces besoins sont en augmentation, car les industriels ont, depuis le déclenchement de la guerre en Ukraine, revu leurs besoins en électricité pour pallier le manque de gaz russe, explique RTE. 

Un élément que RTE ne pouvait anticiper dans ses scénarios pour 2050 publiés avant l’agression russe, tout comme l’accord politique européen fin mars pour porter la part des énergies renouvelables à 42,5 % de la consommation finale d’énergie dans l’UE à horizon 2030, au lieu de 32,5 %. 

Ces objectifs renforcent également les moyens nécessaires pour atteindre une baisse de 55 % des émissions de gaz à effet de serre dans l’UE d’ici à 2030 par rapport à 1990 du paquet « Fit for 55 » de juillet 2021. 

Ces nouvelles perspectives prouvent ainsi que « l’UE est enfin vue comme un porte-étendard pour la décarbonation de l’économie. Les objectifs qu’elle fixe deviennent des vecteurs d’accélération, plutôt que de contrainte », précise Phuc-Vinh Nguyen, chercheur en politique énergétique à l’Institut Jacques Delors, à EURACTIV France.

L’UE s'accorde sur un objectif de 42,5 % de renouvelables d’ici 2030

L’accord sur la directive européenne sur les énergies renouvelables met un terme à un processus de 18 mois visant à moderniser les politiques climatiques de l’Union et à atteindre une réduction nette de 55 % des émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030.

4 leviers d’actions

Pour répondre à la hausse de la demande d’électricité, principalement dans l’industrie, le transport et le numérique, RTE a identifié quatre leviers d’action. 

Deux concernent la réduction de la consommation d’énergie, grâce à des mesures de sobriété énergétique et d’efficacité énergétique. La France vise, à horizon 2050, une baisse générale de la consommation d’énergie de 40 % par rapport à 2022, en passant d’environ 1600 TWh à 930 TWh.

Une réduction presque à néant de la consommation d’énergie fossile devra donc être compensée par la consommation d’énergies bas carbone, électriques ou non. 

De fait, le nucléaire, s’il se stabilise, pourrait représenter 350 à 360 TWh d’électricité à horizon 2030, dans une hypothèse « prudente », relève RTE. Cela représenterait plus de la moitié de la production d’électricité en 2030.

Aussi, les énergies renouvelables pourraient produire entre 250 et 300 TWh d’électricité par an d’ici à 2035, entre le double et le triple de la production actuelle (120 TWh).

« C’est ambitieux, au regard de l’expérience que nous avons en France », précise Thomas Veyrenc.

La France est effectivement en retard sur ses objectifs renouvelables fixés par l’UE. Pour rattraper son retard, la France a adopté mi-avril une loi visant à accélérer le déploiement des renouvelables

En outre, atteindre 250 TWh d’énergies renouvelables dans le mix énergétique « correspond à ce qu’est déjà observé ailleurs en Europe », précise M. Veyrenc.

Hydroélectricité : l’autre pomme de discorde de la transition énergétique européenne

L’UE regorgerait d’importants gisements hydroélectriques non exploités et potentiellement très utiles pour flexibiliser le système énergétique. Mais comme pour le nucléaire, les ONG tirent la sonnette d’alarme : les effets sur l’environnement d’un redéploiement de la filière seraient dévastateurs.

En 2022, l’Allemagne a en effet produit environ 250 TWh d’électricité grâce aux énergies renouvelables, représentant plus de 40 % du mix électrique (582 TWh) allemand, selon les chiffres du groupe de travail sur les bilans énergétiques (AGEB) de l’industrie énergétique allemande.

Selon les scénarios, la consommation électrique allemande devrait représenter environ 750 TWh d’ici à 2030, dont 80 % d’énergies renouvelables.

Dans sa vision stratégique à long terme présentée en novembre 2018, la Commission européenne exposait une part similaire de renouvelable dans le mix électrique de l’UE, mais à horizon 2050.

Elle prévoyait également que la consommation d’électricité pourrait augmenter de 35 à 150 % entre 2018 et 2050, en fonction des scénarios. In fine, représenter jusqu’à 53 % du mix énergétique de l’UE. Il s’agissait, en revanche, d’estimations rendues avant la pandémie de Covid-19 et la guerre en Ukraine.

En 2022, l’électricité représente environ un quart de la production d’énergie de l’UE, pour une consommation globale d’énergie d’environ 16 000 à 17 000 TWh.

Dans un scénario de sortie totale du gaz, l’Agora Energiewende, think tank allemand de référence en matière de transition, prévoit une production d’électricité de 3 300 TWh en 2030 et de plus de 6 000 TWh en 2050.

De nombreuses incertitudes

Dès lors, si ces perspectives, notamment en France, sont une « très bonne chose », elles restent toutefois « à confirmer », confie M. Nguyen. 

L’instabilité du système énergétique européen, avec des incertitudes sur la part du gaz, de l’hydrogène et des carburants de synthèse dans le mix de demain, entraîne en effet des différences majeures dans les scénarios présentés.

Les chercheurs relèvent également les besoins de flexibilité et de stockage qu’entraînera un mix énergétique plus électrifié, contraignant la production. Également, le renforcement des interconnexions européennes fait partie des points clés du futur mix, pour assurer la concordance entre offre et demande.

Le gestionnaire de réseau RTE précise, pour EURACTIV France, que ces derniers points seront abordés lors de la présentation du bilan prévisionnel en septembre 2023.

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