Énergie : une réponse commune de l’UE ou des solutions miracles ?

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Plusieurs dirigeants d’État membre ont annoncé hier (22 mai) lors du sommet de l’UE à Bruxelles qu’ils donneraient la priorité à des « solutions miracles » telles que l’exploitation du gaz de schiste afin de réduire les prix de l’énergie. Dans le même temps, la Commission européenne a précisé que des mesures devaient être prises simultanément « sur plusieurs fronts ».

Les dirigeants des États de l'UE ont discuté pendant deux heures et demie de l’énergie en vue de diminuer les prix et de stimuler la compétitivité industrielle de l'Union.

Les conclusions du sommet laissent penser qu'aucune décision majeure n'a été prise et indiquent qu'« il est essentiel que nos économies disposent d'un approvisionnement énergétique durable à des prix abordables » dans le contexte de la crise économique actuelle.

Les lignes directrices adoptées concernent quatre domaines, dont l’achèvement du marché intérieur de l'énergie, lancé il y a plus de 10 ans, alors que des États membres méfiants s'y opposaient fortement.

La Commission européenne publiera des comptes rendus sur la mise en œuvre du marché de l'énergie, qui devrait être terminé d'ici la fin de l'année. Les États membres se sont également engagés à se tenir au courant de grandes décisions, comme le projet de construction d'une centrale nucléaire.

Le financement viendra du marché

Les dirigeants des États de l'UE ont déclaré que les projets énergétiques devraient « être financés principalement par le recours au marché ».  Les besoins en investissements dans des infrastructures énergétiques modernes sont évalués à mille milliards d’euros d'ici 2020, un montant qui comprend également la recherche et le développement.

Afin de diminuer la dépendance vis-à-vis de l'énergie importée, l'exploitation de ressources locales est prévue. Dans le même temps, il est envisagé d'investir fortement dans des technologies renouvelables en se fondant sur les expériences de l'Allemagne et du Danemark.

Malgré son statut de principal fournisseur de gaz importé de l'UE, la Russie n'apparaît pas dans les conclusions. Selon le document, le Conseil examinera l'évolution, « y compris la nécessité d'assurer des conditions de concurrence équitables à l'égard des producteurs énergétiques des pays tiers ».

Le géant russe Gazprom applique des prix beaucoup moins élevés pour le gaz à l’Allemagne qu’aux anciennes républiques baltes de l'Union soviétique.

Malgré tout, la chancelière allemande, Angela Merkel, a déclaré à l'issue du sommet que l'UE avait besoin de « prix transparents de l'énergie dans tous les États membres ».

Elle a également indiqué que les relations entre de nombreux États membres devaient être renforcées et que certaines régions devaient accomplir des progrès plus rapidement, en particulier les pays scandinaves, la Pologne et les Pays baltes.

Elle a ajouté que les dirigeants des États de l'UE avaient discuté de la nécessité d'« arrêter de subventionner » le marché du carbone. Selon les conclusions du sommet, un marché du carbone qui fonctionne correctement et un cadre prévisible sur les politiques en matière de climat sont essentiels et la Commission est priée de présenter des « propositions plus concrètes ».

Rien ne change ?

La Commission a également l'intention d'examiner « un recours plus systématique aux sources d'énergie autochtones sur terre et en mer », en vue de leur exploitation efficace au regard des coûts, peut-on lire dans les conclusions.  Plusieurs États membres de l'UE prévoient d'exploiter le gaz en mer ou le gaz non conventionnel sur terre.

À l’issue du sommet, le président du Conseil, Herman Van Rompuy, a indiqué que les dirigeants des États de l'UE savaient qu'aucun changement majeur n'était à l'horizon et que les pays devaient dès lors continuer à travailler sur plusieurs fronts.

Le président de la Commission, José Manuel Barroso, a également déclaré qu'il n'existait « pas de solution miracle pour résoudre les défis énergétiques stratégiques auxquels l'Europe est confrontée ».

Herman Van Rompuy a toutefois reconnu que certains pays pourraient également mettre au point d'autres manières sûres et durables d'extraire des ressources, conventionnelles ou non.

« Oui, cela inclut le gaz de schiste, qui pourrait faire partie du bouquet énergétique de certains États membres, peut-être dans une moindre mesure pour d'autres. Chaque pays décide évidemment de son propre bouquet énergétique », a indiqué M. Van Rompuy.

Les partisans du gaz de schiste

Les premiers ministres du Royaume-Uni, de la Pologne et de la Roumanie ont tenu des déclarations favorables au gaz de schiste et ont fait allusion à la révolution énergétique en cours en Amérique du Nord et en Chine.

Le premier ministre britannique, David Cameron, a affirmé que l'Europe ne pouvait pas se permettre d'être à la traîne alors que le monde se bouscule pour exploiter cette ressource. Il a ajouté que l'Europe représentait 75 % du potentiel de gaz de schiste américain.

Selon le premier ministre roumain, Victor Ponta, « il existe évidemment une solution afin de permettre aux États membres de l’UE d'adapter leur législation dans le but d'encourager l'exploration et l'exploitation de [gaz de schiste] ».

D'après des articles de presse, la présidente lituanienne, Dalia Grybauskait?, a également plaidé en faveur d'une diminution de la dépendance de son pays envers les importations de gaz russe onéreux.

À l’inverse, le président français, François Hollande, a indiqué que son pays ne lèverait pas son interdiction d'exploration de gaz de schiste. La France et la Bulgarie sont les seuls États membres de l'UE qui ont adopté une législation qui empêche l'industrie d'explorer le gaz de schiste.

Plaidoyer en faveur de Nabucco

Le président bulgare, Rossen Plevneliev, a expliqué à des journalistes que la position de son pays sur le gaz de schiste n'avait pas changé. Il a déclaré que dans son discours, il s'était concentré sur la conduite de gaz naturel Nabucco Ouest, une priorité non seulement pour son pays, mais pour 16 autres États membres de l'UE.

Il a décrit Nabucco Ouest comme un « projet géopolitique », contrairement à son concurrent, le gazoduc transadriatique (TAP), qualifié de « projet transitoire » qui achemine le gaz de l'Azerbaïdjan principalement vers l'Italie.

M. Plevneliev a indiqué que son pays avait exercé beaucoup plus de pression en faveur de Nabucco Ouest au cours des derniers mois. Interrogé par EURACTIV sur la sélection éventuelle du projet TAP, il a admis que son pays pourrait recevoir du gaz de ce projet grâce à une interconnexion avec la Grèce, encore à construire.

Le premier ministre roumain, Victor Ponta, avait également mis en exergue l' « importance du projet Nabucco ».

Les projets de gazoducs Nabucco Ouest et TAP proposent des trajets différents entre le gisement de Shah Deniz II dans la mer Caspienne et l’Europe.

Les deux projets de gazoduc semblent à un stade de préparation avancé. Le consortium qui gère le gisement de Shah Deniz devrait annoncer officiellement le choix de son projet en juin. 

 

Le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, a expliqué qu'il avait présenté aux dirigeants un scénario qui ne suscitera aucun regret et qui comprend des mesures dans cinq domaines :

  • achever le marché intérieur de l'énergie ;
  • investir dans l'innovation et l'infrastructure ;
  • s'engager dans une plus grande efficacité énergétique ;
  • exploiter des ressources renouvelables à un coût réduit ;
  • diversifier l'approvisionnement.

« Il n'existe pas de formule magique pour résoudre les défis énergétiques stratégiques auxquels l'Europe est confrontée. Nous pouvons toutefois accomplir beaucoup de choses si nous agissons ensemble en Europe. Le statu quo n'est pas une option, c'est la raison pour laquelle nous devrons réellement mettre en œuvre les accords conclus aujourd'hui », a ajouté M. Barroso.

Eurochambres, l'association européenne des chambres du commerce et de l'industrie, a accueilli favorablement l'engagement des dirigeants des États de l'UE en vue de stimuler la compétitivité de l'UE en défiant des prix énergétiques élevés.

« Il était grand temps de qualifier cette question de priorité absolue et d'en discuter au plus haut niveau », a déclaré Arnaldo Abruzzini, le secrétaire général d'Eurochambres.

Connie Hedegaard, la commissaire européenne en charge de l'action pour le climat, a déclaré : « En ce qui concerne les politiques climatiques en Europe, c'est très encourageant que les dirigeants [des États] de l'UE aient accueilli favorablement le livre vert de la Commission sur un cadre pour les politiques en matière de climat et d'énergie à l'horizon 2030. Cela montre que les États membres de l'UE veulent dorénavant prendre des mesures importantes pour aller de l'avant. La Commission a désormais également reçu le feu vert pour présenter des propositions concrètes avant la fin de cette année, de telle sorte que le Conseil européen puisse s'y pencher en mars 2014. »

Les conclusions du sommet laissent aussi penser que la préoccupation concernant des coûts élevés de l'énergie ouvre la porte à davantage de carburants fossiles dangereux et non conventionnels, y compris le gaz de schiste. Antoine Simon, chargé de campagne sur le gaz de schiste pour les Amis de la Terre Europe, a déclaré : « Revenir à plus de carburants non conventionnels comme le gaz de schiste, comme le préconisent les chefs d'État de l'UE, retardera simplement la transition dont nous avons réellement besoin pour une économie faible en carbone. Le gaz de schiste est tous sauf sûr et durable, il ne s'agit pas d'une réponse au changement climatique et ce n'est pas logique d’un point de vue économique pour l'Europe. »

« Les chefs d'État reconnaissent les avantages nécessaires d’un cadre pour des politiques en matière d’énergie à l’horizon 2030. Il attirerait des investissements privés, réduirait les coûts en capital ainsi que les prix de l'énergie à l'avenir et accélèrerait l'expansion des énergies renouvelables », a déclaré Rainer Hinrichs, le président du Conseil européen des énergies renouvelables. « La stimulation des énergies renouvelables est essentielle pour s’attaquer à la compétitivité et au déficit commercial important de l'UE », a-t-il ajouté. « Le caractère prévisible et la stabilité sont de la plus haute importance pour notre secteur. Les investisseurs dans les énergies renouvelables anticipent les décennies à venir et attendent un signe ambitieux et solide des décideurs politiques.  Nous avons besoin d'un objectif contraignant pour le secteur d'ici 2030 et les chefs d'État doivent rejoindre le Parlement européen dans son appel à un nouvel objectif obligatoire. »

 

Joseph Daul, le président du groupe du Parti populaire européen (PPE), a déclaré :

« Le Groupe PPE n'a de cesse d'appeler à "plus d'Europe". Non que nous considérions que tout doive être décidé à Bruxelles ou à Strasbourg. Mais parce que c'est au niveau européen que les solutions les plus efficaces peuvent être trouvées. Par exemple, l'énergie n'est plus seulement un sujet national. Au contraire, elle fait partie intégrante de notre marché unique. Nous saluons l'engagement pris par le Conseil européen, de s'attaquer à la question des prix de l'énergie. Une augmentation des coûts de l'énergie représente non seulement un fardeau pour les ménages et les PME, mais c'est également un désavantage compétitif pour notre industrie.  De notre point de vue, les énergies renouvelables doivent être promues de manière plus coordonnée, et non par une multitude de programmes nationaux divers. Cela apportera un soutien plus efficace et économiserait de l'argent. »

Au cours de leur sommet des 14 et 15 mars, les dirigeants des États membres de l'UE ont décidé d'organiser une série de discussions thématiques sur des questions sectorielles et structurelles importantes pour la croissance économique et la compétitivité européennes.

Ils ont décidé que la première discussion, prévue pour mai 2013, porterait sur l'énergie.  Les prochains sommets auront trait à l'innovation, au numérique ainsi qu'à d'autres services (en octobre 2013) et à la défense (en décembre 2013).

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