Les fournisseurs d’énergie veulent un prix plancher pour le carbone

« Un prix plancher du carbone réduirait la volatilité et l'incertitude pour tous les investisseurs, ce qui rendrait plus viables les projets éoliens offshores. » [Ørsted]

Un groupe de 16 fournisseurs d’énergie, dont le français EDF, l’allemand E.ON et le danois Ørsted, proposent un prix plancher pour le carbone au niveau européen ou régional, afin d’accélérer la transition à une économie à faibles émissions.

« Des prix planchers pour le carbone dans le secteur de l’électricité, des transports et du bâtiment permettraient d’importantes réductions des émissions de CO2 supplémentaires, ce qui permettrait à l’Europe de s’approcher davantage de l’objectif fixé par l’accord de Paris », selon 16 fournisseurs d’énergie qui appellent à des mesures fortes.

Leur proposition commune a été rendue publique le 28 novembre, quelques heures avant la présentation de la stratégie de l’UE pour le climat, qui a pour but de faire entrer l’Union dans une économie « climatiquement neutre » d’ici 2050.

Les États membres sont cependant divisés sur le sujet. La Pologne est par exemple opposée à l’introduction d’un prix minimum à cause des coûts que cela engendrerait.

Les signataires de la proposition estiment pourtant qu’un prix plancher pourrait être introduit dans le secteur par un « groupe de pionniers » inspirés des exemples britanniques et néerlandais.

Ces entreprises soulignent que tout prix plancher doit être un complément au système d’échange de quotas d’émissions (ETS), en place depuis 2005.

Les capitales encore très divisées sur un prix plancher du carbone

Si la France cherche des alliés pour instaurer un prix plancher du carbone en Europe, la Pologne préférerait concentrer la politique climatique sur le développement des technologies de stockage de l’énergie.

Ils estiment que le marché doit émettre des signaux plus forts pour favoriser la transition à une économie plus durable.

« Des signaux prévisibles et cohérents sur le prix du carbone sont largement considérés comme le moyen le plus rentable de favoriser la prise de décisions respectueuses du climat par les entreprises et les consommateurs », affirme la coalition d’entreprises.

Ses membres jugent donc qu’il faut redoubler d’efforts pour lutter contre les émissions provenant des transports et du secteur du bâtiment, qui ne sont actuellement pas couverts par l’ETS, bien qu’ils consomment de grandes quantités d’énergie.

Les bâtiments représentent actuellement 40 % de la consommation totale d’énergie dans l’UE. Les émissions provenant des transports n’ont pour leur part cessé de croître au cours des dernières années, ce qui compromet les efforts visant à dissocier les émissions de gaz à effet de serre de la croissance économique.

« Les émissions proviennent de plus en plus de secteurs non couverts par l’ETS », a regretté Johannes Teyssen, PDG d’E.ON. « Il est vital que l’Europe s’oriente vers un prix du carbone dans tous les secteurs énergivores, […] Cela créera une réelle incitation à émettre moins de carbone et à uniformiser les règles du jeu entre l’électricité et les autres combustibles. »

Un prix minimum encouragerait également les investissements dans l’éolien offshore, où l’Europe a encore « un énorme potentiel inexploité », a déclaré Martin Neubert, CEO d’Ørsted Offshore. « Un prix plancher du carbone réduirait la volatilité et l’incertitude pour tous les investisseurs, ce qui rendrait plus viables les projets éoliens offshore sans mécanismes de stabilisation des revenus. On accélérerait ainsi la transition urgente vers des systèmes énergétiques à faibles émissions. »

L’appel des fournisseurs d’énergie a été accompagné d’un rapport de FTI Consulting, qui démontre que la décarbonation du secteur de l’électricité est possible si davantage de pays unissent leurs forces.

La Commission propose un objectif zéro émission de CO2 en 2050

La Commission européenne dévoile le 28 novembre son plan très attendu pour « une Europe zéro émission ». Les capitales européennes n’y sont pas toutes favorables.

Le rapport comprend les constatations suivantes :

– grâce à un prix plancher du carbone, les émissions de CO2 du secteur de l’électricité pourraient être réduites de 29 % supplémentaires d’ici 2030 dans la zone qui l’applique, et les émissions totales du secteur de l’électricité de l’UE seraient réduites de 17 % ;

– un prix plancher réduirait les coûts d’investissement : la réduction de la volatilité des prix de l’électricité entraînerait automatiquement une réduction des coûts de financement ;

– un prix plancher stimulerait la transition énergétique en permettant la concrétisation d’un plus grand nombre de projets liés aux énergies renouvelables avec moins de soutien financier et accélérerait l’élimination progressive du charbon ;

– avec un prix plancher, les prix moyens de l’électricité n’augmenteraient pas à long terme, ce qui garantit la compétitivité des industries grandes consommatrices d’électricité ;

– à court terme, les répercussions possibles sur les industries énergivores pourraient être atténuées grâce aux recettes publiques générées par le prix plancher du carbone.

« En tant que dirigeants d’industrie, nous encourageons les États membres européens à adopter cette initiative », a déclaré Markus Tacke, CEO de Siemens Gamesa.

« Nous pensons qu’un prix plancher du carbone constituerait une contribution importante à la décarbonation rentable de l’économie européenne et nous aiderait à atteindre les objectifs de l’accord de Paris. La transition vers un monde plus propre est une mission que nous soutenons et embrassons », a-t-il ajouté.

Les 16 signataires sont Drax, EDF, EHPA, EnBW, Eneco, Enercon, Engie, E.On, Nordex, Acciona, Ørsted, Simens Gamesa, SSE, Stiebel Eltron, Verbund et Vestas.

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