L’union de l’énergie a déjà désenclavé plusieurs régions

Miguel Arias Canete lors d'une réunion du collège des commissaires. [European Commission]

L’exécutif européen se félicite de l’évolution du marché interne de l’énergie ces cinq dernières années. Les objectifs d’efficacité énergétique et de renouvelables doivent pourtant être retravaillés.

Des centaines d’heures de négociations et près de cinq ans plus tard, l’union de l’énergie est « achevée », selon Miguel Arias Cañete, commissaire chargé du climat, qui assure qu’il s’agit du « cadre climatique et énergétique le plus ambitieux et avancé du monde ».

Le dernier rapport annuel de la Commission , publié le 9 avril, révèle que l’Union de l’énergie a « apporté une contribution significative au renforcement de la sécurité énergétique en Europe », assure-t-il.

Le texte, obtenu en avant-première par Euractiv, salue les progrès réalisés dans la connexion de zones auparavant isolées du réseau énergétique, y compris les États baltes et la péninsule ibérique, grâce à des câbles électriques et des gazoducs.

Une source ajoute que l’union de l’énergie ne se limite pas à contrer l’influence de la Russie, même si le découplage des réseaux des pays baltes de celui de leur grand voisin est l’une des réussites de ces dernières années.

Encore des efforts à faire

Le quatrième rapport sur l’état de l’union de l’énergie brosse toutefois un tableau moins rose pour les objectifs 2020.

Le bloc était censé atteindre 20 % d’énergies renouvelables d’ici là. Si le rapport maintient que c’est toujours possible, il reconnaît que certains États membres pourraient avoir des difficultés et que les progrès pourraient stagner d’ici 2030, quand l’objectif atteindra les 32%.

À court terme, la Commission encourage les pays en difficulté à utiliser les lois énergétiques qui permettent le transfert de données statistiques entre les États. Le Luxembourg et la Lituanie ont récemment eu recours à ce mécanisme, le Grand-Duché ayant versé à l’État balte une somme estimée à 10 millions d’euros pour que l’excédent d’énergie renouvelable lituanienne s’affiche dans le bilan luxembourgeois. Ainsi, le petit pays ne sera pas officiellement en retard sur son objectif de 2020.

Troc d’énergies renouvelables entre la Lituanie et le Luxembourg

La Lituanie et le Luxembourg sont devenus les premiers pays européens à organiser un transfert statistique d’énergie renouvelable, qui devrait permettre au Grand-Duché d’atteindre ses objectifs pour 2020.

Au-delà de 2020, la Commission a toutefois appelé les États membres à « continuer à intensifier leurs efforts » pour déployer davantage de capacités renouvelables et réduire la consommation d’énergie.

Cela semble toutefois mal parti : les chiffres de 2017 montrent que la consommation a continué d’augmenter, après une baisse graduelle qui s’est stabilisée en 2014.

Les analystes affirment qu’une mauvaise météo, l’augmentation de l’activité économique et l’insuffisance des mesures d’économie d’énergie sont les principales raisons de cette augmentation.

En ce qui concerne l’efficacité énergétique aussi, l’UE risque de rater son objectif de 20 % d’ici 2020 si elle ne déploie pas davantage d’efforts. Le taux se situe actuellement à un peu plus de 17 % et le rapport pointe du doigt à la fois des retards dans la mise en œuvre des mesures et l’absence de nouvelles politiques.

Haut potentiel

Selon un haut fonctionnaire européen, les objectifs ne sont cependant pas la seule mesure de succès. La véritable réussite de l’Union de l’énergie est le fonctionnement réel du marché de l’énergie, régi par de nouveaux textes européens.

Ces règles garantiront que les objectifs « ne fonctionnent pas comme des plafonds ou des pièges », car le règlement garantira que l’UE reste sur la bonne voie pour atteindre ses objectifs de référence pour 2030 grâce à des examens réguliers des progrès accomplis.

Il ajoute qu’il appartient désormais à l’exécutif européen de décider comment mettre en œuvre le règlement, soit en tant que « simple exercice de contrôle bureaucratique », soit en tant que surveillance plus constructive et orientée vers l’investissement.

Accord européen pour viser une économie à zéro émission

Les négociateurs de la Commission, du Parlement et du Conseil ont conclu un accord sur la gouvernance de l’union de l’énergie. Leur ambition : une économie à zéro émission « le plus tôt possible », avec un budget carbone et des stratégies nationales pour 2050.

En vertu de la nouvelle législation, les États membres sont tenus de soumettre à la Commission leurs projets de plans sur l’énergie et le climat, afin que celle-ci puisse vérifier que les politiques nationales permettront de réduire suffisamment les émissions, par exemple.

La date limite de présentation de ces plans était fixée au mois de janvier. Certains États ont rendu leurs devoirs en retard, mais tous sont désormais entre les mains de la Commission. L’exécutif est en train de les analyser et publiera des recommandations d’ici juin.

Sept États membres en retard sur leur stratégie énergie et climat

Les 28 avaient jusqu’à fin décembre pour déposer auprès de l’exécutif européen leur plan énergie climat 2050.  La Bulgarie, la République tchèque, Chypre, la Grèce, la Hongrie, le Luxembourg et l’Espagne ont raté le coche.

« À titre d’évaluation préliminaire globale, je dirais que de nombreux États ont inclus des chiffres et des objectifs clés dans leurs plans sans détailler les mesures et les outils politiques nécessaires pour atteindre leurs objectifs », explique Miguel Arias Cañete, qui ajoute que ses services tenteront d’« obtenir davantage de clarté et d’informations de la part de nombreux pays lors de la rédaction de [leurs] recommandations ».

Plusieurs associations et groupes d’intérêt du secteur sont du même avis et concluent que les engagements des capitales ne correspondent pas à ce qui est nécessaire pour atteindre les objectifs pour 2030. « Les contributions actuelles ne sont pas suffisantes pour atteindre l’objectif d’efficacité énergétique de 32,5 % en 2030. Si rien n’est fait, il s’agira d’un obstacle majeur à la transition énergétique », indique Stefan Scheuer, secrétaire général de la Coalition for Energy Savings.

En ce qui concerne les énergies renouvelables, le groupe industriel WindEurope a déclaré que « les mesures politiques contenues dans les projets nationaux ne sont tout simplement pas suffisantes. Il y a trop de lacunes dans des domaines cruciaux, y compris la manière dont les pays prévoient d’introduire davantage d’électricité renouvelable dans l’industrie, le chauffage et les transports. »

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