Nord Stream 2, un instrument de pression politique pour la Russie?

Tallinn s'inquiète de pouvoir que Nord Stream 2 conférerait à la Russie. [Shutterstock]

Le ministre estonien des Affaires étrangères craint que le projet de gazoduc Nord Stream 2, très controversé, entre la Russie et l’Allemagne, ne devienne un « instrument de pression politique ». Un article de notre partenaire, Der Tagesspiegel.

Sven Mikser, le ministre estonien des Affaires étrangères, estime que le gazoduc Nord Stream 2 nuirait à la sécurité énergétique européenne. « Nous ne devons pas permettre aux fournisseurs d’utiliser l’énergie comme instrument de pression politique », a-t-il souligné lors d’un entretien avec Der Tagesspiegel.

« Avant que ce projet n’évolue davantage, nous devons analyser ses conséquences minutieusement », a-t-il insisté. L’Estonie a pris la présidence tournante du Conseil européen le 1er juillet. « Si cette analyse montre que Nord Stream 2 permettrait aux fournisseurs russes d’exercer des pressions sur n’importe quel pays européen, l’Ukraine, par exemple, nous devrons en tenir compte très sérieusement. »

Nord Stream 2 contredit l'indépendance énergétique de l'UE

Le très controversé gazoduc Nord Stream 2 pourrait mettre à mal la stratégie sur l’Union de l’énergie de l’UE et anéantir ses projets concernant le gaz naturel liquéfié, avertit un ambassadeur américain.

Richard Morningstar, ancien ambassadeur américain auprès de l’Azerbaïdjan et de l’UE, estime que le projet Nord Stream 2, soutenu par l’Allemagne, mais dénoncé par d’autres États …

Le ministre estime aussi que la Commission devrait négocier directement avec la Russie. L’exécutif européen a également exprimé des inquiétudes quant au projet et a requis un mandat de négociation au nom des 28 pour déterminer le cadre légal que prendrait le projet.

Il n’est cependant pas certain que les États membres lui donnent ce mandat. Sven Mikser a indiqué que Tallinn comptait profiter de sa présidence européenne pour « atteindre le consensus nécessaire » à ce sujet.

L'Europe centrale fait bloc contre le projet Nord Stream 2

Exclusif. Plusieurs pays européens souhaitent bloquer l’extension du gazoduc Nord Stream 2 sur la base d’arguments juridiques. Une approche qui sera discutée lors du sommet européen des 17 et 18 décembre.

Le gouvernement allemand est favorable à l’installation du gazoduc, qui passera par la mer baltique pour relier l’Allemagne à la Russie, comme le gazoduc existant de Nord Stream. Sigmar Gabriel, le ministre allemand aux Affaires étrangères est en effet l’un des plus grands défenseurs du projet.

En juin, Sigmar Gabriel et le chancelier autrichien, Christian Kern, ont critiqué une décision du Sénat américain de renforcer les sanctions contre la Russie. Selon eux, cette décision affecterait en effet les entreprises européennes, les poussant à se tourner vers des fournisseurs américains.

Poutine « Rationnel et calculateur »

Gerhard Schröder, ancien chancelier allemand, dirige le conseil d’administration de Nord Stream 2 depuis un an. Le projet appartient toutefois entièrement à Gazprom, le fournisseur d’État russe.

Sven Mikser encourage les États membres à rester unis dans leurs relations avec la Russie. « Nous avons fait preuve de consensus en ce qui concerne les sanctions, nous devrions continuer ». Tant que « Moscou enfreint les principes fondamentaux du droit international et ne respecte pas ses engagements », les sanctions ne devraient selon lui pas être affaiblies.

Il rappelle que la Russie avait utilisé « la violence militaire pour atteindre ses objectifs politiques à deux reprises ces dix dernières années » et qu’il ne faut donc pas baisser la garde, parce que Vladimir Poutine est « rationnel et calculateur ».

« La CJUE devrait donner son avis sur Nord Stream 2 »

Autrefois, la législation européenne s’appliquait aux gazoducs arrivant sur le territoire européen depuis l’extérieur. Cela pourrait aussi être le cas pour Nord Stream 2, a déclaré le spécialiste Sijbren de Jong à EurActiv Slovaquie.