La BEI investit 1,5 milliard d’euros dans l’énergie fossile

[Armando Babami/ EPA]

La Banque européenne d’investissement a approuvé son plus grand prêt jamais accordé dans l’énergie, pour un gazoduc. Le projet de 1,5 milliard d’euros doit transporter du gaz de la mer Caspienne à la Méditerranée.

Le conseil des gouverneurs de la Banque européenne d’investissement (BEI) a mis sur la table 6,5 milliards d’euros sur des projets dans les secteurs de l’énergie et des transports, le 6 février. Mais tous les regards étaient tournés sur la décision tant attendue sur le projet TAP, pour Trans-Adriatic Pipeline.

Un choix devait effectivement être fait en décembre, mais la banque luxembourgeoise l’a reporté, invoquant la nécessité d’examiner le projet de plus près. Le financement est en attente depuis deux ans.

Le gazoduc TAP constituera le tronçon européen du corridor sud pour le gaz, un projet d’infrastructure à grande échelle pour les combustibles fossiles qui traversera la plaine d’Anatolie à partir de l’Azerbaïdjan, avant de traverser la Grèce septentrionale et l’Albanie , puis d’atterrir dans le sud de l’Italie.

Andrew McDowell, le vice-président de la BEI, a déclaré à Reuters que le projet TAP aiderait à compenser la baisse de la production européenne, en fournissant une source diversifiée de gaz et en remplaçant la production d’électricité à partir de charbon en Europe centrale et du Sud-Est.

Des estimations suggèrent que le gazoduc apporterait 10 milliards de mètres cubes de gaz du gisement azerbaïdjanais Shah Deniz 2, mais des inquiétudes planent déjà sur les déclarations du géant énergétique russe, Gazprom, qui a suggéré qu’il pourrait lui aussi fournir son gaz par l’intermédiaire du TAP.

L’opposition au projet est féroce puisque les activistes soulignent que les travaux de construction ont déjà un impact sur les communautés locales et que le projet de gazoduc est incompatible avec les objectifs de l’accord de Paris sur le climat.

Le réseau d’ONG CEE Bankwatch a affirmé dans une étude récente qu’aucune étude d’impact climatique n’avait été réalisée sur le corridor gazier par aucun de ses investisseurs et a prévenu que le projet pourrait être aussi néfaste pour le climat que les centrales à charbon, en raison des fuites de méthane et des émissions de carbone.

Colin Roche, des Amis de la Terre Europe, a averti que la BEI « enferm[ait] sans vergogne l’Europe dans des décennies de dépendance aux combustibles fossiles ».

L’eurodéputé de la gauche radicale (GUE/NGL), Xabier Benito, a déclaré sur Twitter que cette décision était « une mauvaise nouvelle pour le climat » et s’est engagé à profiter de la session plénière à Strasbourg pour s’adresser au président de la BEI, et inciter l’institution à ne plus investir d’argent dans les combustibles fossiles.

La BEI a également débloqué des fonds importants dans d’autres domaines, notamment dans le financement d’initiatives liées aux obligations vertes et de projets liés aux énergies renouvelables, tels qu’un nouveau parc éolien en Autriche et une centrale hydroélectrique en Géorgie.

D’autres mesures concernent les financements intelligents qui visent à améliorer l’efficacité énergétique et à lutter contre la pauvreté énergétique.

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De la mauvaise énergie ?

Le TAP est l’un des projets d’intérêt commun (PIC) de la Commission européenne, des projets énergétiques sélectionnés pour bénéficier d’un traitement préférentiel, puisque considérés comme conformes aux objectifs de l’UE en matière d’énergie et de climat.

Bon nombre de ces projets sont des interconnexions électriques et des gazoducs. La position du TAP sur la liste a été justifiée par son rôle de projet de transition pour sortir des combustibles fossiles les plus polluants, tout en contribuant à diversifier l’approvisionnement énergétique du bloc et à réduire la dépendance de l’Europe vis-à-vis de la Russie.

La liste des PIC a toutefois été critiquée depuis sa publication par l’exécutif de l’UE à la fin de l’année dernière et un groupe multipartite de députés européens a formulé une objection formelle à son encontre en janvier. Cela signifie que, pour la première fois, la liste devra être soumise à un vote, prévu lors de la prochaine réunion de la commission énergie fin février.

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