Le marché européen du carbone, « première victime » de l’effondrement de la demande d’électricité

Depuis l’instauration des mesures de confinement, tous les États membres ont vu la demande en électricité baisser de 2 à 7 % semaine après semaine, selon une nouvelle étude. Au risque de voir le marché européen du carbone s’effondrer.

L’Italie, le premier pays européen à avoir adopté des mesures de confinement pour contenir la propagation du coronavirus, est l’État membre qui a connu la plus forte baisse de la demande, indiquent les recherches d’Ember publiées lundi 23 mars.

Dave Jones, un analyste en électricité pour le groupe de réflexion, précise que l’Italie et l’Espagne, voire la France aussi, ont été deux fois plus touchées que les autres pays.

Il ajoute que pour l’instant, la demande en électricité britannique est celle qui a été le moins affectée, en raison de la réponse tardive du gouvernement à la crise sanitaire.

« On constate des chutes drastiques de la demande en électricité, alors que les changements liés aux ajustements de température sont généralement faibles », commente l’analyste.

Une baisse de 20 % en Italie depuis le début du mois de mars

En Italie, la baisse de la demande en électricité a franchi la barre des 20 % ces deux dernières semaines. L’impact des mesures de confinement s’est rapidement fait sentir dans le pays, qui a enregistré un ralentissement de la demande dès le début du mois de mars, explique Ember.

Et le renforcement de ces mesures — à savoir la fermeture des usines et l’arrêt de la production de biens « non-essentiels » — annoncé par le gouvernement italien dimanche 22 mars risque d’affaiblir encore un peu plus la demande.

Cela signifie que « d’autres industries et services seront à l’arrêt, et [la baisse de] la demande en électricité pourrait même dépasser les 20 % », souligne Dave Jones.

Seule lueur d’espoir, cette diminution a permis de faire plonger les émissions de CO2, a rapporté la semaine dernière le groupe de réflexion allemand Agora Energiewende.

Selon les projections du groupe de réflexion, l’industrie allemande émettrait à elle seule 10 à 25 millions de tonnes de CO2 de moins que si les choses suivaient leur cours normal. L’Allemagne serait ainsi en mesure d’atteindre son objectif climatique pour 2020, et pourrait même le dépasser.

L'Allemagne pourrait émettre 100 millions de tonnes de CO2 en moins

Selon les premières projections, l’Allemagne pourrait émettre entre 50 et 120 millions de tonnes de CO2 en moins cette année, ce qui pourrait même l’amener à dépasser son objectif climatique. Un article d’Euractiv Allemagne.

Le marché du carbone, « première victime » de la crise

Mais la baisse du prix de l’électricité menace aussi le marché du carbone européen, qui risque de devenir « la première victime » de la diminution de la demande, en raison du surplus de quotas d’émission de CO2, déclare Máximo Miccinilli du « Centre on Regulation in Europe » (CERRE), un autre groupe de réflexion établi à Bruxelles.

Dans une note d’information, il indique que « le système d’échange de quotas d’émission de l’UE (SEQE-UE) est sans nul doute l’instrument de politique climatique le plus exposé au choc du COVID-19 ».

« L’incertitude et l’instabilité du système pourraient entraver les plans d’abandon progressif du charbon. Cela risque aussi de réduire les recettes publiques provenant des ventes [de quotas démissions] et de ralentir les investissements [dans des projets] faibles en carbone », écrit Máximo Miccinilli.

Selon les chiffres d’Ember, le prix de la tonne de CO2 s’est effondré à 15,45 € lundi 23 mars, alors qu’il s’élevait à environ 23 € au début du mois — et Máximo Miccinilli ajoute que la demande ne risque pas de s’accroître de sitôt. À cause de l’ incertitude économique prolongée provoquée par la pandémie, « le prix du CO2 ne remontera guère en 2020 », prévoit le directeur à l’énergie du CERRE.

Il invite la Commission européenne à instaurer d’urgence des mesures pour éviter l’effondrement du marché du carbone et à mettre de nouvelles propositions sur la table pour stabiliser les prix des crédits d’émissions dans le cadre de sa réponse économique au coronavirus.

Il affirme que Bruxelles « doit envisager une fourchette de prix ou, tout du moins, des prix plancher pour le carbone qui garantiront la cohérence, partout en Europe, de la quatrième phase du SEQE », qui commencera en 2021 et prendra fin en 2030.

Toutefois, la Commission européenne juge qu’il est encore trop tôt pour discuter de plans de relance économique. Pour l’instant, la principale priorité reste la crise sanitaire, et les mesures de relance ne seront envisagées qu’à partir du moment où la crise sera stabilisée, a affirmé un fonctionnaire européen à Euractiv.

Les eurodéputés réclament un plan d’urgence pour la PAC

Les membres du Parlement européen ont demandé à l’exécutif de l’UE de préparer une stratégie permettant d’anticiper les difficultés qui pourraient survenir dans la mise en œuvre de la politique agricole commune (PAC) en raison de l’épidémie de coronavirus.

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