La Commission européenne, critiquée pour son rapport sur l’énergie nucléaire

shutterstock_162128453 [symbiot/ Shutterstock]

La Commission européenne examine l’impact environnemental de l’énergie nucléaire par l’intermédiaire du Centre commun de recherche (JRC). Une procédure qui suscite de vives critiques. Un article d’Euractiv Allemagne.

La taxonomie européenne, un système de classification à l’échelle de l’UE pour les investissements durables qui entrera en application à partir de 2021, a longtemps été la source de désaccords parmi les États membres. En décembre de l’année dernière, les leaders européens s’étaient enfin mis d’accord sur un compromis visant à autoriser l’utilisation du gaz naturel et de l’énergie nucléaire comme « technologies de transition ». Néanmoins, les débats en la matière sont toujours d’actualité, comme le prouve la lettre d’une députée allemande à l’intention de la Commission européenne.

La missive, rédigée par la députée allemande du Bundestag Sylvia Kotting-Uhl (Verts), est non seulement adressée à la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen et à son vice-président Frans Timmermans, mais également à Svenja Schulze et Anja Karliczek, ministres allemandes de l’Environnement de l’Éducation. Dans cette lettre, Mme Kotting-Uhl exprime son mécontentement concernant une décision de l’exécutif européen demandant au Centre commun de recherche (JRC) d’examiner l’impact environnemental de l’énergie nucléaire. Selon la députée allemande, cette démarche est « absurde », car le JRC est le fruit du programme « Euratom » de l’UE et il continue à être financé par celui-ci. Le centre n’est donc pas impartial et « n’est pas en mesure de rendre une analyse objective. »

Accord postposé

La décision de la Commission européenne faisait suite au compromis difficilement trouvé par les chefs d’État et de gouvernement européens en décembre dernier. À l’époque, la France et le Royaume-Uni, en particulier, s’étaient tous deux prononcés pour que l’énergie nucléaire soit classée comme « verte », afin que les investissements dans le secteur soient toujours autorisés. Même le groupe d’experts ayant travaillé à la proposition de la taxonomie européenne était resté évasif à ce sujet. Il ne fait néanmoins aucun doute que l’énergie nucléaire contribue grandement à la réduction des émissions de gaz à effet de serre, indique le rapport final. Toutefois, au vu des déchets nucléaires qui en émanent, le sujet demeure complexe et nécessite « une analyse technique plus approfondie ».

Finalement, les leaders européens se sont tenus à leur accord visant à adopter la taxonomie et à demander à la Commission européenne d’examiner dans quelle mesure l’énergie nucléaire était perçue comme nuisible ou pas. Les résultats devraient être publiés dans un rapport au début de l’année prochaine. Selon les conclusions tirées, la Commission émettra des actes délégués d’ici à la fin 2021 afin d’établir des critères concrets sur la taxonomie.

Aux yeux de Mme Kotting-Uhl, il est impensable de classer l’énergie nucléaire comme un investissement durable sous la taxonomie européenne : « Personne ne peut ignorer le fait que le combustible irradié, mais aussi son recyclage, produit des dizaines de milliers de tonnes de déchets radioactifs à travers l’Europe. Ces déchets doivent ensuite être stockés pour une durée impossible à maîtriser », écrit-elle. Si l’énergie atomique venait à être classée « verte » selon le principe d’innocuité (« do no significant harm ») de la protection climatique, la règle suprême de la taxonomie, « alors ce n’est clairement pas un critère pertinent », a ajouté la députée.

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Le JRC souligne son impartialité

Le JRC se décrit lui-même comme un groupe scientifique neutre menant des analyses dans le domaine de la protection de l’environnement et de la santé. Dans les faits, il a été fondé à la fin des années 50 par le traité de la Communauté européenne de l’énergie atomique (Euratom) dans le but d’effectuer des recherches sur de meilleurs types de réacteurs. Jusqu’à présent, le travail du centre sur la sûreté nucléaire demeure un point central de son programme.

Le centre soutient par ailleurs qu’il ne dépend pas d’intérêts privés ou nationaux. De plus, l’analyse qu’il poursuivra à la demande de la Commission européenne « sera régie par les principes de neutralité, d’indépendance et d’intégrité scientifique ». Par ailleurs, cet examen sera non seulement mené par des experts internes, mais aussi par des scientifiques spécialisés dans le domaine de l’énergie nucléaire, de la radioprotection et de la gestion des déchets, a rédigé une porte-parole.

Toutefois, pour Mme Kotting-Uhl : « Au vu de son histoire, il est aberrant de considérer l’énergie nucléaire comme durable. » En outre, chaque État membre de l’UE peut, de son propre chef, investir dans l’énergie nucléaire – seule l’UE ne doit pas la promouvoir activement.

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