Les États membres se braquent contre l’objectif d’interconnexion des réseaux électriques

Exclusif. L’objectif phare de relier 15 % des réseaux électriques d’ici à 2030 pourrait être mis au placard, un certain nombre d’États s’opposant à une approche coercitive en matière d’énergie.

Les pays européens s’efforcent d’atteindre un premier objectif visant à relier au moins 10 % des réseaux électriques d’ici à 2020, dans le cadre de l’Union de l’énergie.

Cet objectif a été revu à la hausse l’année dernière, à 15 %, afin d’atteindre les objectifs de l’UE pour 2030 en matière d’énergies renouvelables et de changement climatique. Désormais, les États membres de l’UE envisagent pourtant d’éliminer toute référence à l’interconnexion des réseaux électriques des documents de politique européenne.

Le débat sur l’interconnexion a émergé dans le cadre de négociations sur les propositions de la Commission européenne pour le marché de l’électricité, qui font elles-mêmes partie d’un ensemble de lois colossal sur l’énergie propre, proposé l’année dernière.

« Pour ce qui est de la directive, les problèmes non résolus sont la règlementation des prix et les interconnexions »,  a déclaré un responsable estonien, pays qui détient actuellement la présidence tournante de l’UE.

« Sur la question des interconnexions, des questions restent en suspens sur les dérogations pour les lignes allant et venant des pays tiers, mais aussi sur l’objectif d’interconnexion intraeuropéenne », a-t-il précisé.

Lorsqu’Euractiv a demandé au responsable estonien de détailler le niveau d’interconnexion intraeuropéenne actuellement débattu, il a répondu : « on ne s’interroge pas vraiment sur un chiffre, mais plutôt sur le maintien de la référence aux objectifs d’interconnexion dans les documents de la Commission ».

L'Union de l'énergie vise une interconnexion de 10 % pour l'électricité

L’Union de l’Energie vise un objectif de 10 % d’interconnexion pour les réseaux électriques. Un voeu pieux qui va parfois à l’encontre des stratégies nationales.

Les responsables européens ne savent pas si l’objectif sera maintenu et reconnaissent que la discussion sur les interconnexions a été « clivante » et pourrait aller dans un sens ou dans l’autre lors d’une réunion des ministres de l’Énergie le 18 décembre.

La remise en cause de l’objectif d’interconnexion est suffisante pour inquiéter les défenseurs des énergies renouvelables. Pour Joël Meggelaars, responsable du plaidoyer chez WindEurope, l’investissement dans les capacités de transmission et l’interconnexion est essentiel pour s’assurer que l’Europe exploite pleinement ses ressources éoliennes.

« Abandonner la référence à l’objectif de 15 % d’interconnexion  est un mauvais signe », a déclaré Joël Meggelaars. « L’électricité est la dernière matière qui n’est pas commercialisée librement en Europe. Des retards existent à cause d’infrastructures de réseaux et d’interconnexions inadéquats entre les pays. Les États membres ne profitent pas du potentiel que pourrait leur offrir un marché de l’électricité commun et interconnecté. »

Le manque d’interconnecteurs a permis aux pays de protéger leur marché de l’électricité de la concurrence. Pendant des années, la France a tenté de gagner du temps jusqu’à accepter de lier son réseau à celui de l’Espagne. Les capacités d’interconnexion électrique entre les deux pays devraient doubler lorsque le projet de câble dans le Golfe de Gascogne sera finalisé en 2025.

Les pays européens trainent cependant encore des pieds pour atteindre l’objectif de 10 % d’interconnexion pour 2020.

Selon la Commission, onze États membres se trouvent en dessous de l’objectif de 10 % en 2017 : la Bulgarie, Chypre, l’Allemagne, la France, l’Irlande, l’Italie, la Pologne, le Portugal, la Roumanie, l’Espagne, et le Royaume-Uni.

Sept États membres – la Roumanie, l’Allemagne, la France, l’Italie, la Bulgarie, le Portugal et l’Irlande – sont en train de mettre en œuvre des projets d’intérêt commun (PIC)qui devraient leur permettre d’atteindre cet objectif d’ici à 2020, a assuré la Commission dans sa dernière communication sur le renforcement des réseaux énergétiques européens, adoptée en novembre.

Quatre États membres – Chypre, la Pologne, l’Espagne et le Royaume-Uni – risquent de ne pas réussir à atteindre l’objectif d’interconnexion à temps.

Selon Joël Meggelaars, de WindEurope, il faut travailler sur « l’avancement du réseau allemand nord-sud, la synchronisation des réseaux électriques des pays baltes avec l’Europe continentale, et la connexion des fermes éoliennes offshore de la Mer du Nord. »

Pour rendre l’objectif de 15 % réalisable, la Commission européenne a décidé de mettre en place un groupe d’experts, qui a soumis un rapport en novembre.

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