L’UE se dirige vers un transport européen sans huile de palme

Les eurodéputés envisagent une élimination totale de l’huile de palme dans les carburants pour le transport d’ici à 2021. Une proposition qui a obtenu un large soutien avant le vote en plénière la semaine prochaine.

Le Parlement affirme clairement que « l’utilisation de l’huile de palme doit être réduite à zéro d’ici à 2021 », a déclaré Bas Eickout, eurodéputé des Verts au Parlement européen.

« Toutes les propositions qui ont émané des grands groupes politiques vont dans cette direction », a déclaré l’eurodéputé néerlandais, le 9 janvier, en vue d’un vote en plénière sur la directive énergies renouvelables attendu la semaine prochaine au Parlement.

« Il semblerait donc que la question politique de l’huile de palme obtiendra une majorité claire», a ajouté Bas Eickout, qui estime que le débat « va dans la bonne direction ».

D’autres groupes politiques ont confirmé qu’une interdiction totale de l’huile de palme était en effet étudiée dans le cadre du vote sur la directive énergies renouvelables.

« Le PPE est prêt à accepter la disposition selon laquelle l’huile de palme sera réduite à 0 % d’ici à 2021 », a déclaré Lars Ole Løcke, porte-parole du groupe de centre droit, le plus grand du Parlement.

« Pour ce qui est de l’huile de palme, nous soutenons également une interdiction totale d’ici à 2021 », a aussi confirmé une source des socialistes et démocrates (S&D), le second plus grand groupe du Parlement, qui se réunira le 10 janvier pour affiner son positionnement avant le vote en plénière.

Si elle est confirmée, l’interdiction serait une victoire pour les défenseurs de l’environnement qui ont mis en garde contre les dégâts causés par l’huile de palme depuis des années. Une étude financée par l’UE et publiée en 2016 avec beaucoup de retard révélait que le biodiesel produit à partir de l’huile de palme était trois fois plus polluant que le diesel traditionnel.

En réponse à cela, les eurodéputés ont voté une résolution l’année dernière, appelant la Commission européenne à supprimer progressivement l’utilisation des huiles végétales dans les biocarburants d’ici à 2020. Ils ont également réclamé un système de certification unique pour s’assurer que seule de l’huile de palme produite de manière durable entre sur le marché européen.

La moitié du biodiesel européen fabriqué à partir de produits importés

Environ 53 % du biodiesel européen serait fabriqué à partir de produits importés selon une nouvelle étude. Et près de la moitié de l’huile de palme importée serait brulée dans les moteurs de voiture, assure l’ONG Transport & Environment.

Cependant, la proposition d’interdiction de l’huile de palme fait encore face à des obstacles, à commencer par un accord politique entre les 28 États membres, qui sera nécessaire pour finaliser l’adoption de la révision de la directive énergies renouvelables.

Certains pays, comme la France, sont connus pour être en faveur d’une interdiction et ont déjà pris des mesures pour limiter la part de l’huile de palme dans la production de biocarburants.

L’obstacle ultime pourrait prendre la forme d’un recours juridique déposé auprès de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) par les pays producteurs comme la Malaisie ou l’Indonésie, qui représentent ensemble 85 % de la production mondiale et ont uni leurs forces pour faire campagne contre l’interdiction européenne de l’huile de palme.

Pour l’instant, l’objectif est cependant « d’obtenir une adoption politique » d’abord au Parlement européen puis de « s’assurer qu’elle soit juridiquement contraignante », a expliqué Bas Eickout.

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Poids des producteurs européens d’éthanol

La campagne pour interdire l’huile de palme dans les transports a été renforcée par l’intervention des producteurs européens d’éthanol, qui ont appelé les responsables de l’UE à différencier les biocarburants selon leurs émissions de gaz à effet de serre et leur critère de durabilité.

L’éthanol émet 64 % moins de gaz à effet de serre que les combustibles fossiles et est d’origine presque 100 % locale, selon ePURE, l’association de l’industrie européenne de l’éthanol. L’éthanol « n’est pas responsable des inquiétudes liées à la culture de palmiers à huile », a déclaré le secrétaire général d’ePURE, Emmanuel Desplechin.

« Le Parlement doit clarifier le fait que tous les biocarburants ne sont pas égaux », assure-t-il. « Il est temps que le Parlement européen transforme sa résolution sur l’huile de palme adoptée au printemps dernier en loi et arrête de promouvoir l’utilisation de l’huile de palme et de ses dérivés dans les biocarburants. »

Au lieu de supprimer tous les biocarburants issus des cultures vivrières, Emmanuel Desplechin considère que l’Europe devrait se débarrasser des biocarburants qui causent la déforestation, comme l’huile de palme, et soutenir des biocarburants produits localement comme l’éthanol, qui selon lui sont produits de manière durable et n’entrent pas en conflit avec les cultures vivrières.

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Inquiétudes autour de la biomasse

Des inquiétudes persistent toutefois sur le fait que la politique de l’UE en matière de bioénergie mène quand même à la déforestation – surtout pour ce qui est de la « biomasse solide », parfois brulée pour générer de l’électricité.

La Commission européenne a bien proposé des critères de durabilité pour la biomasse, mais Bas Eickout affirme que ceux-ci sont trop faibles pour faire une différence. Des granulés de bois sont ainsi importés du Canada et des États-Unis pour être brulés en Europe dans des centrales électriques.

« L’utilisation des déchets et des résidus du bois est un moyen très utile de réduire le CO2 en remplaçant les combustibles fossiles sans trop réduire les capacités de stockage du carbone des forêts », a déclaré Jean-Pascal van Ypersele, scientifique ayant vice-présidé le groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), de 2008 à 2015.

Il rappelle toutefois que brûler des arbres entiers pour produire de l’énergie était contre-productif, car cela émet du dioxyde de carbone dans l’atmosphère au lieu de garder le CO2 stocké.

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L’ancienne responsable de l’ONU pour le climat, Christina Figueres, appelle l’UE à prendre des mesures contre la déforestation dans l’hémisphère sud en réduisant les émissions de biens agricoles importés comme le bœuf, le soja et l’huile de palme.

Jean-Pascal Van Ypersele fait partie des signataires d’une lettre signée par plus de 600 scientifiques appelant les eurodéputés à « amender la directive actuelle pour éviter de poursuivre les dégâts causés aux forêts du monde entier et l’accélération du changement climatique ».

« Même si on laisse les forêts repousser, l’utilisation du bois récolté pour la combustion augmentera le taux de carbone dans l’atmosphère et entrainera un réchauffement pour des années et des siècles », écrivent-ils dans la lettre.

« Nous demandons très simplement de ne pas utiliser des arbres en entier », a expliqué Bas Eickout, décrivant la proposition des Verts pour renforcer les critères de durabilité de l’UE pour la biomasse. Dans les critères proposés par les verts, les producteurs devront prouver qu’ils n’ont pas utilisé des arbres entiers pour produire des granulés, afin qu’ils soient classés comme énergies renouvelables dans la nouvelle directive.