L’UE tend la main aux régions dépendantes du charbon

La Commission travaille sur plusieurs initiatives pour soutenir les régions minières spécialisées productrices de charbon durant la transition vers une économie à faibles émissions de carbone. Un article d’Euractiv République tchèque.

L’époque du charbon pourrait toucher à sa fin en Europe, mais il faudra quelques dizaines d’années de plus pour que l’ensemble des pays européens renonce complètement à son utilisation, ont déclaré des sociétés minières lors d’une table ronde.

« La France et la Belgique sont sorties du charbon dans les années 1950 et 1960. La République tchèque devrait en sortir vers le milieu du siècle et la Pologne probablement à la fin du siècle », a commenté Vladimír Budinský, vice-président de l’Association européenne du charbon et du lignite (Eurocoal).

« L’industrie du charbon respecte les objectifs européens en matière de climat et d’énergie et la volonté de transformer le secteur de l’énergie », a-t-il ajouté, soulignant aussi que l’Union devrait prendre en compte les conditions spécifiques de chaque État membre.

L'Europe doit renoncer au charbon d'ici à 2030 pour respecter l'Accord de Paris

Toutes les centrales électriques à charbon de l’UE devront fermer d’ici à 2030 pour que l’Union puisse respecter ses engagements pris dans le cadre de l’accord de Paris sur la lutte contre le changement climatique, estime dans un rapport l’institut Climate Analytics.

Milliers de travailleurs

Le débat s’est tenu à Ústí nad Labem, au nord-ouest de la République tchèque, qui est la principale région d’extraction de lignite du pays, car elle abrite plusieurs centrales.

« D’ici à 2040, seule la centrale à charbon supercritique [dont la température dépasse 565 degrés] de Ledvice opèrera dans la région, étant donné la loi actuelle et la durée de vie des centrales existantes », a déclaré un conseiller du ministre tchèque de l’Industrie, Vladimír Vlk.

Aujourd’hui, 48 % de l’électricité du pays provient du charbon. « Il n’est pas possible de sortir du charbon tout d’un coup, car cela provoquerait une rupture », a-t-il souligné.

En 2015, près de 8 000 travaillaient dans l’industrie du lignite en République tchèque, selon les données d’Euracoal. En Pologne ce chiffre était de 9 500, de 10 600 en Roumanie, 11 700 en Bulgarie et près de 15 500 en Allemagne.

C’est pour cela, entre autres, que les régions minières doivent être soutenues pour faire face à la transition vers une économie à faibles émissions.

Transition

L’année dernière, le Comité économique et social européen (CESE) a présenté un rapport intitulé « le charbon indigène dans la transition énergétique de l’UE », préparé par sa commission consultative sur les mutations industrielles (CCMI).

« La commission a attiré l’attention sur les conséquences de la transition énergétique sur les régions extractrices de charbon et sur la nécessité de les soutenir dans le contexte des objectifs climatiques et énergétiques de l’UE », a déclaré la corapporteure du rapport, Renata Eisenvortová.

Seul le secteur du charbon soutient la sortie de l’accord de Paris

L’annonce de Donald Trump de retirer les États-Unis de l’Accord de Paris fait l’objet d’une réprobation quasi-totale du côté des entreprises américaines. Seul à se réjouir ouvertement, le secteur charbonnier. Un article de notre partenaire, le Journal de l’Environnement.

Une discussion s’en est ensuivie avec la Commission européenne, qui préparait alors un énorme paquet sur l’énergie. Lorsqu’elle a présenté son paquet hiver pour une énergie propre en novembre 2016, la Commission s’est engagée à apporter un soutien sur mesure aux régions vivant d’une industrie du charbon intensive.

L’initiative est en train d’être élaborée par les DG responsables du développement régional, de l’emploi, de l’énergie, du transport et aussi de la recherche et du développement. Le résultat de leur travail devrait être présenté cet automne.

« Nous travaillons sur trois projets qui se complètent les uns les autres », a déclaré Václav Štěrba, du service de la Commission sur l’efficacité des ressources.

La Commission prévoir aussi de mettre sur pied des équipes d’experts qui pourront aider à résoudre des problèmes sur le terrain et à s’adresser aux parties prenantes dans chaque région.

Nous voulons aussi rédiger un document de fond pour donner aux représentants locaux et régionaux une vue d’ensemble des instruments et des fonds qui sont à leur disposition dans ce domaine. Il devrait être prêt dans les prochains mois », a ajouté Václav Štěrba.

Encore plusieurs décennies au charbon

Actuellement, plusieurs fonds sont à la disposition des régions désavantagées. Le « fonds d’ajustement à la mondialisation (FEM) apporte un soutien aux personnes qui perdent leur emploi des suites de changements structurels majeurs », a déclaré l’eurodéputé tchèque Stanislav Polčák (PPE). « Pour la période 2014-2020, le FEM avait un budget annuel de 150 millions d’euros », a-t-il poursuivi.

Par ailleurs, du Fonds social européen (FSE) pour la même période, au moins 1,1 milliard devrait être dédié à l’amélioration des systèmes d’éducation et de formation, nécessaires pour l’adaptation des compétences et la création de nouveaux emplois dans les secteurs de l’énergie et de l’environnement.

Selon Renata Eisenvortová, l’initiative de la Commission européenne ne devrait pas seulement se concentrer sur les aspects sociaux et financiers, mais aussi sur la recherche, les innovations et le développement de nouvelles technologies, dont des technologies propres dans le domaine du charbon.