L’UE salue l’accord pour la construction d’un gazoduc en Méditerranée orientale

Le Premier ministre grec Kyriakos Mitsotakis (au centre), le président chypriote Nicos Anastasiades (à g.) et le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou (à d.) lors de la signature de l'accord EastMed à Athènes le 2 janvier 2020. [EPA-EFE/YANNIS KOLESIDIS]

L’accord entre la Grèce, Chypre et Israël pour construire le gazoduc EastMed constitue un « développement bienvenu » selon l’exécutif européen. Qui insiste toutefois sur la nécessité d’étudier toutes les options sur la table.

« L’accord est un développement bienvenu. Le pipeline doit être considéré comme une option pour approvisionner l’UE en gaz provenant de la Méditerranée orientale, de même que son acheminement vers l’UE par des navires-citernes sous forme de gaz naturel liquéfié (GNL). Il est important d’examiner plus avant les coûts et les avantages des deux options principales », a déclaré hier un porte-parole de l’UE à la chaîne de télévision Greek One TV.

Le fonctionnaire de l’UE a ajouté qu’à ce stade, la Commission ne s’était pas engagée pleinement en faveur du gazoduc, mais seulement pour une étude explorant davantage sa faisabilité.

« La diversification de l’approvisionnement en gaz est importante pour la sécurité énergétique de l’UE, et le recours aux ressources  gazières de la Méditerranée orientale y contribue. Dans ce contexte, le pipeline EastMed constitue une option pour acheminer ce gaz sur le continent », a poursuivi le porte-parole de l’UE.

Le gaz, énergie de transition ou fausse solution pour le climat?

Le gaz naturel a-t-il un rôle à jouer dans la transition énergétique? Moins polluant à l’usage que les autres énergies fossiles, il est toutefois de plus en plus critiqué par les ONG, et aussi désormais les investisseurs.

Jeudi 2 janvier, Chypre, la Grèce et Israël ont signé à Athènes un accord « historique » pour la construction du gazoduc de la Méditerranée orientale (EastMed), considéré comme un projet d’infrastructure énergétique d’intérêt commun en Europe.

Celui-ci doit permettre de transporter entre 9 et 12 milliards de mètres cubes de gaz par an des réserves de gaz offshore situées entre Israël et Chypre vers la Grèce, puis vers l’Italie et d’autres pays du sud-est de l’Europe.

Bien que le ministre italien du Développement économique, Stefano Patuanelli, ait envoyé une lettre à son homologue grec Kostis Hatzidakis et ait exprimé son soutien au projet, Rome n’était pas représentée lors de la signature.

La Stampa a révélé plus tôt cette semaine que le Parti démocrate et son partenaire de coalition, le Mouvement Cinq étoiles, sont divisés à propos des pipelines EastMed et trans-adriatique (TAP).

Les États-Unis soutiennent un nouvel équilibre géopolitique

L’accord sur le gazoduc EastMed intervient dans un contexte de tensions croissantes entre la Grèce, Chypre et la Turquie, suite à la découverte de réserves d’hydrocarbures en Méditerranée orientale.

La signature de l’accord sur le pipeline Eastmed a été accélérée après qu’un protocole d’accord délimitant les zones maritimes de la région a récemment été conclu entre la Turquie et la Libye. Le document a suscité une vive réaction de l’UE, car il ne tient pas compte de la Crète.

Les analystes suggèrent que la signature de l’accord EastMed annule en pratique le protocole d’accord entre la Turquie et la Libye.

Le Premier ministre grec, Kyriákos Mitsotákis, a cependant déclaré que le pipeline EastMed ne constituait une menace pour personne.

« C’est un pipeline pour la paix et la coopération entre les peuples de la région », a déclaré le leader conservateur, ajoutant qu’il résultait d’un nouveau partenariat géopolitique entre la Grèce, Chypre et Israël, méthodiquement édifié au cours des dernières années.

Le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou a invité d’autres pays, en particulier l’Italie et l’Égypte, à se joindre à l’initiative en soulignant que le projet contribuerait à stabiliser la région au sens large.

« Nos pays ont fait l’expérience d’une anomalie historique. A Athènes et à Jérusalem, nous avons jeté les bases de la culture occidentale. La Grèce, Israël et Chypre au milieu, ont créé les valeurs qui ont prévalu dans l’humanité. Mais à l’ère moderne, les liens entre nos pays se sont relâchés. Nous avons cependant remédié à cela », a-t-il ajouté.

Le président chypriote Nicos Anastasiades a pour sa part souligné le soutien de l’UE et de Washington au projet.

L'Europe plus que jamais tributaire du gaz russe

L’Europe n’a jamais consommé autant de gaz russe, malgré la volonté affichée depuis des années par Bruxelles de réduire sa dépendance à cette source d’approvisionnement, et la tendance ne semble pas près de s’inverser.

 

Le mois dernier, les États-Unis ont adopté l’« Eastern Mediterranean Security and Energy Partnership Act » (EastMed Act), qui place la Grèce, Chypre et Israël au cœur de la nouvelle stratégie américaine dans la région de la Méditerranée orientale.

« Les activités illégales de la Turquie ont contribué à la nécessité d’adopter une stratégie alternative », a indiqué le sénateur américain Bob Menendez à l’agence de presse Athens News Agency.

La Turquie prédit l’échec d’EastMed

Contrariée par l’accord EastMed, Ankara a affirmé qu’il était voué à l’échec.

« Tout projet ignorant la Turquie, qui possède le plus long littoral de la Méditerranée orientale, et les Chypriotes turcs, qui disposent de droits égaux sur les ressources naturelles de l’île de Chypre, ne peut réussir. Nous portons une fois de plus ce fait à l’attention de la communauté internationale », a déclaré Hami Aksoy, porte-parole du ministère turc des Affaires étrangères.

« La Turquie est la voie la plus commercialement viable et la plus sûre pour l’utilisation des ressources naturelles en Méditerranée orientale et leur transfert vers les marchés de consommation en Europe, y compris la Turquie », a-t-il ajouté.

« Nous rappelons aux promoteurs du projet que les plans sordides de ce type continueront à échouer à l’avenir, comme ils l’ont fait dans le passé », a-t-il conclu.

Parallèlement, quelques heures après que le parlement turc a approuvé un projet de loi permettant au gouvernement d’envoyer des troupes en Libye, le président américain Donald Trump a mis en garde son homologue turc Recep Tayyip Erdogan contre une telle décision.

« Les dirigeants ont discuté de questions bilatérales et régionales. Le président Trump a souligné que l’ingérence étrangère compliquait la situation en Libye », a indiqué le porte-parole adjoint de la Maison-Blanche, Hogan Gidley, dans un communiqué.

Subscribe to our newsletters

Subscribe
CONTRIBUER