Pourquoi les objectifs climat supposent d’électrifier l’UE

Le Green Deal pour l’UE qui doit être révélé au début de l’année 2020 suivra une stratégie visant à augmenter la part d’électricité dans le bouquet énergétique de l’UE.

« Les premières évaluations nous montrent que nous devons doubler la part d’électricité dans la consommation énergétique européenne d’ici à 2050 », a annoncé Ditte Juul-Jørgensen, cheffe de la direction de l’énergie (DG Énergie), lors d’un évènement organisé par Electrification Alliance, un consortium industriel.

Aux yeux de la Commission européenne, cette transition est cruciale pour atteindre l’objectif de zéro émission nette d’ici à 2050. Cette stratégie prévoit que 53 % des besoins énergétiques du bloc devraient être couverts par de l’électricité provenant de sources renouvelables et nucléaires d’ici le milieu du siècle.

Les États membres de l’UE s’accorderont peut-être sur cet objectif climatique lors du prochain sommet européen qui aura lieu le 12 décembre. La Pologne et ses alliés d’Europe de l’Est, qui s’y étaient opposés jusqu’à présent, reverront peut-être leur position en échange de financements par le biais d’un fonds de transition énergétique équitable. Le Green Deal pour l’UE, qui devrait voir le jour en mars, permettrait de mettre en place un programme afin de remplir cet objectif.

Le secteur de l’intégration et le gaz

Mme Juul-Jørgensen, dont les propos sont très attentivement suivis par Bruxelles qui cherche à déceler les orientations politiques de la prochaine Commission, a déclaré que des combustibles fossiles propres auront un rôle à jouer dans la production de cette électricité à moyen terme.

« Nous devons faire la distinction entre les différents combustibles fossiles », a-t-elle ajouté. « Ils ont tous une empreinte carbone considérable, mais si vous comparez les émissions de gaz à effet de serre des différents types de combustibles, des divergences émergent. Les taux d’émissions émanant du gaz sont inférieurs à ceux du charbon, si nous avons maîtrisons les fuites de méthane. »

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L’intégration est l’un des principaux secteurs sur lequel il faudra se concentrer pour parvenir à cette hausse de la part de l’électricité dans le mix énergétique, a poursuivi Mme Juul-Jørgensen. « Depuis le début de ma mandature, le 1er août, tout le monde me parle du secteur d’intégration et du raccordement comme solution pour amorcer la transition verte. »

Lors de l’évènement, les neuf organisations d’Electrification Alliance ont signé une déclaration appelant la Commission européenne à revoir son régime de taxation énergétique qui, selon ses détracteurs, subventionne les combustibles fossiles et pénalise l’électricité.

Parmi leurs revendications figurent aussi : l’investissement dans des réseaux électriques intelligents, l’intégration de l’électrification directe dans le secteur du chauffage, de refroidissement, des transports et l’augmentation — à 120 milliards d’euros — des financements de la recherche et l’innovation européennes dans le prochain budget à long terme de l’UE, comme exigé par le Parlement européen. La Commission a proposé 98 milliards d’euros en réponse à ces requêtes.

« L’électrification doit être la solution majeure à adopter vers une transition énergétique propre — et les entreprises européennes doivent être prêtes à montrer l’exemple », a affirmé Laurence Tubiana, PDG de la European Climate Foundation, l’un des signataires.

« L’électrification, de pair avec le Green Deal pour l’Europe, est une chance unique d’élever l’UE au rang de leader sur l’action climatique et la “décarbonisation” ».

Financement

Aux yeux de Ditte Juul-Jørgensenn, le financement reste l’obstacle principal de l’électrification. La Commission européenne a identifié deux moyens pour financer la transition énergétique : 25 % du budget 2021-2027 de l’UE et les prêts de la Banque européenne d’investissement (BEI).

Des négociations sont actuellement en cours pour donner à la BEI une compétence en la matière ou l’équiper avec un instrument de financement. Mme Juul-Jørgensen a indiqué que le Conseil européen s’était entendu pour dédier 25 % du prochain budget de l’UE au climat, mais que des différends persistaient quant à la taxonomie à utiliser pour définir ce qui y serait alloué.

« Pour la politique énergétique, c’est plus simple : nous calculons les émissions que nous émettons », a-t-elle soutenu. « Il y a une différence entre une usine à charbon et un parc éolien. Mais, pour mes collègues dans les directions générales, comme celles de l’agriculture ou de l’industrie, les avantages sont souvent indirects ».

« Il faudra s’assurer que nous sommes bien dans la bonne direction, mais nos objectifs principaux permettront d’éclaircir la situation. »

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