Le commissaire européen à l’énergie veut la fin du gaz

Le commissaire au climat prévient l'industrie gazière que le temps lui est compté. [EPA-EFE/STEPHANIE LECOCQ]

Le commissaire au climat et à l’énergie a délivré un message clair à l’industrie du gaz : on ne saura bientôt plus que faire de vos infrastructures. Le secteur réfute énergiquement.

La Commission a révélé sa stratégie climatique pour 2050, indiquant que l’électricité issue de sources renouvelables, comme le solaire ou l’éolien, associée à du nucléaire, sera le moteur d’un système énergétique décarboné d’ici la moitié du siècle.

« En 2050, nous aurons complètement décarboné l’Union européenne », assure le commissaire au climat et à l’énergie, Miguel Arias Cañete. « Le rôle du gaz ne sera plus le même. »

Les énergies fossiles « pourraient toujours être nécessaires » dans certaines industries, a admis le commissaire, en référence aux secteurs des plastiques et de la pétrochimie, pour lesquels il n’existe pas d’alternative viable, mais pas dans le secteur routier, où l’électricité devrait les remplacer.

« Seuls les e-gaz, P2X et l’hydrogène resteront présents », répond le commissaire à une question d’Euractiv sur le rôle du gaz dans l’avenir énergétique de l’Union. « C’est pourquoi nous devons être très intelligents dans la gestion des investissements dans les infrastructures, afin d’éviter de se retrouver avec des actifs échoués. »

C’est aussi pour cette raison que les investissements européens se concentrent à présent surtout sur des projets liés à l’électricité, et plus vraiment sur les gazoducs, explique-t-il.

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« Nous laisserons l’Union européenne avec une vision pour l’avenir », a déclaré le commissaire, à notre partenaire, Climate Home News, alors qu’il s’apprête à lutter pour un objectif zéro émission de l’UE en 2050.

Dépendance à l’importation

L’avertissement de Miguel Arias Cañete pourrait viser le projet de gazoduc Nord Stream II, auquel s’oppose depuis longtemps la Commission européenne, qui estime que ce projet accroitrait la dépendance européenne au gaz russe. Le projet prévoit aussi le contournement de l’Ukraine, alors que l’UE souhaite sauvegarder son rôle comme pays de transit.

Étant donné le contexte de décarbonation générale dans lequel le commentaire a été fait, il s’applique probablement aussi à l’ensemble des projets de gazoduc amenant du gaz dans l’UE.

Dans sa stratégie de long terme, la Commission souligne que la réduction de sa dépendance aux importations d’énergies fossiles, principalement de gaz et de pétrole, permettrait d’alléger la facture d’importation de 2 000 ou 3 000 milliards entre 2031 et 2050. L’UE pourrait alors utiliser ces ressources pour moderniser son économie et cela « aurait une influence positive sur la position géopolitique et commerciale » du bloc.

Une politique saluée par les groupes de protection de l’environnement. « Il est indispensable de s’assurer qu’on évite les actifs échoués », estime Jonathan Gaventa, du groupe de réflexion E3G, qui souligne que le réseau gazier est « surdimensionné » presque partout en Europe.

Dans deux des huit scénarios pour 2050 proposés par la Commission européenne la consommation de gaz naturel est réduite à moins de 20 % de la consommation enregistrée en 2015, fait également remarquer Lisa Fischer, d’E3G.

La stratégie reconnait plus généralement que le gaz en tant que vecteur énergétique a un rôle très incertain à l’avenir. Le texte mentionne même les nouveaux gaz, comme les e-carburants et l’hydrogène, poursuit-elle. « Il est clair que le rôle du gaz décline énormément dans les deux scénarios visant un réchauffement maximum de 1,5°C. Aucun scénario ne prévoit une quelconque croissance du secteur. »

Selon Lisa Fischer, la transition d’un système gazier fondé sur l’importation à un modèle plus réduit passe par un mélange d’hydrogène et de méthane, qui sont en grande partie produits au niveau local.

Un fait qui n’est cependant pas intégré à la proposition de budget à long terme (2021-2027). « Les priorités infrastructurelles actuelles continuent d’enfermer l’UE dans son système actuel et entravent la transition, au lieu de l’aider », dénonce-t-elle.

Hydrogène

Le gaz est en effet encore omniprésent dans le document de vision pour 2050 de la Commission. Celle-ci explique cependant qu’il sera surtout un renfort dans le processus d’électrification de l’économie « via la production d’e-carburants », comme l’e-hydrogène.

L’hydrogène « deviendra probablement plus proéminent dans un système complètement décarboné », assure l’exécutif, qu’il soit le produit de l’électrolyse de l’eau ou du gaz naturel d’origine fossile, combiné à des technologies de capture et de stockage du CO2, afin d’atténuer son impact.

Ce n’est cependant pas une solution idéale. Si ces technologies deviennent plus attrayantes grâce à l’abondance d’électricité renouvelable, « l’inconvénient est que leur production nécessite énormément d’énergie », note la Commission. De plus, il faudra des années pour que ces solutions soient commercialisables. D’ici là, l’avenir du secteur gazier reste un grand point d’interrogation.

Jusqu’à présent, le gaz naturel était perçu comme l’énergie ayant permis l’élimination du charbon, le combustible fossile le plus polluant, dans le nombreux cas. Pour atteindre les objectifs de décarbonation à long terme au-delà de 2030, il faudra cependant éliminer progressivement le gaz d’origine fossile ou éliminer d’une manière ou d’une autre les émissions de CO2 qui y sont associées.

« Il ne sera pas possible de présenter le gaz comme un combustible propre au-delà de 2030 si l’on ne parvient pas à capturer et à stocker le carbone à grande échelle », confirme Jonathan Stern, de l’Oxford Institute of Energy Studies. « Et même dans les années 2020, il y aura probablement des pressions pour éliminer progressivement le gaz. »

Comme on pouvait s’y attendre, l’industrie gazière n’est pas de cet avis.

Depuis 1990, le gaz naturel est un facteur clé de réduction des émissions liées à l’énergie, et il « a encore beaucoup à offrir », affirme l’association professionnelle Eurogas. La combustion du gaz émet deux fois moins de CO2 que celle du charbon et « permet une décarbonation importante et immédiate », facilitant ainsi la réalisation de l’objectif alternatif d’un réchauffement maximum de 2°C de l’accord de Paris.

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Couplage sectoriel

Eurogas, s’efforce désormais de présenter le gaz comme une énergie pont fiable pour le secteur électrique, notamment via l’utilisation de gaz renouvelables, comme ceux qui sont produits par les déchets ou le fumier.

« Comme le souligne la vision de la Commission, le gaz naturel peut être décarboné en utilisant des techniques de capture et stockage ou de capture et utilisation. On pourrait alors se reposer sur une source importante d’hydrogène à utiliser dans divers secteurs, de l’industrie au transport ou au chauffage », assure la secrétaire générale de l’organisation, Beate Raabe.

Eurogas appelle à une « stratégie détaillée » précisant la vision pour 2050 de la Commission. Cette stratégie devrait inclure une feuille de route d’application considérant le secteur de l’énergie dans son ensemble, industrie, chauffage et mobilité réunis dans le cadre d’un couplage.

« Une combinaison intelligente des systèmes de chauffage, du gaz et de l’électricité permettrait d’atteindre des objectifs rapidement, d’augmenter la part des renouvelables, de limiter les prix et d’améliorer la sécurité de l’approvisionnement », assure l’organisation.

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