Face à la flambée des prix de l’énergie, l’UE propose des solutions durables

Kadri Simson lors d'un dialogue citoyen organisé dans le cadre de la conférence sur l'avenir de l'Europe. [European Union, 2021. Source: EC - Audiovisual Service]

La Commission européenne surveille de « très près » l’évolution des prix de l’électricité, a déclaré la commissaire européenne à l’énergie, Kadri Simson. Elle affirme que l’investissement dans les économies d’énergie et les énergies renouvelables est une solution durable à envisager au niveau européen.

« La hausse du prix de l’électricité est principalement liée à la demande mondiale » d’énergie, et au prix du gaz qui augmente régulièrement depuis janvier, a déclaré Mme Simson le vendredi 17 septembre.

Les pays de l’UE ont réagi séparément, puisque « les régimes sociaux destinés à soutenir les plus vulnérables sont propres à chaque État membre », a-t-elle expliqué lors d’une conférence de presse tenue au réacteur de fusion expérimental ITER, dans le sud de la France.

Lorsqu’il s’agit de questions sociales ou fiscales, qui peuvent réduire les factures des consommateurs, l’Union européenne est en réalité impuissante, a-t-elle semblé admettre.

En Espagne, le gouvernement a instauré une taxe temporaire sur les bénéfices exceptionnels des entreprises du secteur de l’énergie, qui pourrait rapporter 2,6 milliards d’euros jusqu’à la fin du mois de mars, date de fin du contrat. Par ailleurs, une taxe spéciale sur l’électricité passera de 5,1 % à 0,5 % (le minimum autorisé par la législation européenne) jusqu’à la fin de l’année.

En France, un montant supplémentaire de 100 euros sera versé aux ménages les plus pauvres qui bénéficient déjà de chèques énergie.

Sur le plan européen, « plusieurs solutions sont envisageables à moyen et long terme », a expliqué Mme Simson. La première d’entre elles consiste à réduire la dépendance du secteur de l’électricité à l’égard du gaz et du charbon, dont les prix ont explosé ces derniers mois.

« Le prix associé à la production des énergies renouvelables est toujours plus avantageux  », a déclaré Mme Simson. « Les investissements dans les énergies renouvelables permettront donc de stabiliser les prix à l’avenir », a-t-elle ajouté. Elle fait ainsi référence aux déclarations faites plus tôt dans la semaine par Frans Timmermans, vice-président de la Commission et responsable en charge du climat.

L’intégration des marchés de l’électricité au niveau européen, associé aux investissements dans le secteur de l’efficacité énergétique, comme l’isolation des bâtiments, seraient des solutions viables à long terme, a ajouté Mme Simson.

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Les taxes : une prérogative nationale

Toutefois, la fiscalité relève de la compétence des différents pays de l’UE.

« Le marché de l’électricité représente environ un tiers de la facture » payée par les ménages, a expliqué Mme Simson. « À cela s’ajoutera une composante réseau, des prélèvements et des taxes. Cela aura un impact conséquent puisque ces derniers diffèrent en fonction de chaque État membre.»

En Espagne, le gouvernement dirigé par les socialistes a estimé avoir un  « devoir moral » envers les ménages les plus pauvres du pays. Il va intervenir afin de réduire leurs factures énergétiques. Cependant, la nouvelle taxe sur les bénéfices exceptionnels pour les compagnies productrices d’électricité a mal été accueillie par les producteurs. Ils ont déclaré que cette taxe créait un climat d’incertitude juridique.

« Est-il souhaitable de détruire l’économie de marché ? Nous devons prendre conscience de l’impact négatif et conséquent de cette intervention sur le marché espagnol », a déclaré Kristian Ruby, secrétaire général d’Eurelectric, l’association européenne des producteurs d’électricité.

Selon M. Ruby, certains producteurs d’électricité en Espagne ont vendu leur électricité 28 euros par mégawattheure (MWh) dans le cadre d’un contrat d’achat d’électricité qui s’étend sur une période de 10 ans. « Ils sont désormais obligés de vendre l’électricité au prix 28 €, tout en cédant en même temps 50 € à l’État. C’est considérable ! » a déclaré M. Ruby à EURACTIV.

Selon lui, les investisseurs n’auront plus entièrement confiance dans le marché espagnol de l’électricité, et réduiront donc leurs investissements alors que des milliards d’euros sont nécessaires afin de favoriser la transition vers les énergies renouvelables.

« Cela signifie que le coût du capital augmente, et que le coût de la transition énergétique devient par conséquent onéreux ».

Selon M. Ruby, il est préférable de réduire les taxes ou de copier le modèle français qui consiste à distribuer des chèques énergie pour les ménages les plus pauvres. Soutenir les familles vulnérables « est une solution bien plus satisfaisante que les interventions arbitraires et illégales auxquelles nous assistons en Espagne », a-t-il déclaré.

« Nous préférons également réduire fondamentalement les taxes sur la facture d’électricité », a déclaré M. Ruby. « Les taxes représentent entre un tiers et 40 % d’une facture de détail. Ainsi, en supprimant un tiers de la facture, vous faites une énorme différence pour le client », a ajouté M. Ruby.

Afin d’atténuer l’impact sur les consommateurs, les pays de l’UE peuvent également utiliser leurs plans nationaux de relance et de résilience élaborés en réponse à la pandémie du coronavirus, a souligné Mme Simson.

Grâce aux fonds mis à disposition qui s’élèvent à 750 milliards d’euros dans le cadre du plan de relance de l’UE, les états membres pourront cofinancer les « investissements nécessaires pour rendre les foyers plus économiques sur le plan énergétique afin de réduire considérablement les coûts de chauffage », a déclaré Mme Simson.

« En consommant moins d’énergie, ils atteindront à la fois les objectifs climatiques et aideront les consommateurs », a-t-elle ajouté.

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