Filière Hydrogène : la France oscille entre échelle régionale et prisme européen

Les acteurs français de la filière hydrogène imaginent des projets locaux et transfrontaliers. Par exemple entre la Lorraine et la Sarre ou l'Occitanie et l'Espagne. [petrmalinak / shutterstock]

Alors que l’UE entame la révision de sa directive sur les énergies renouvelables, les acteurs français de l’hydrogène envisagent l’avenir de la filière d’abord à l’échelle locale, tout en comptant sur le soutien de l’Europe.

« Nous devons accélérer en mettant en place des écosystèmes régionaux » estime Philippe Boucly, président de France Hydrogène, l’association française réunissant les acteurs de la filière, qui sont réunis à l’occasion d’un événement professionnel à Paris les 29 et 30 novembre.

« Il faut faire le deuil d’un système centralisé et d’un modèle économique qui viendrait de Bruxelles ou de Paris, au profit de modèles locaux, de stratégies locales » selon Ivan Faucheux, commissaire référent du Comité de prospective à la Commission de régulation de l’énergie (CRE).

Mais si l’échelle locale semble la plus adéquate pour les acteurs français, ils n’excluent pas pour autant l’Europe, bien au contraire. Philippe Boucly a souligné par exemple l’importance des connexions transfrontalières possibles entre la Lorraine et la Sarre ou l’Occitanie et l’Espagne. Il prédit même l’avènement d’une « dorsale européenne de l’hydrogène ».

« A terme, nous nous raccorderons à un système européen » assure-t-il.

Hydrogène : un marché naissant qui a besoin d’une énergie nucléaire à faible teneur en carbone

Alors que l’Europe redécouvre les mérites de l’énergie nucléaire, les décideurs politiques de Bruxelles cherchent désormais à tirer parti de la production ininterrompue d’énergie atomique pour accélérer la production d’hydrogène à faible émission de carbone.

Simplifier la nomenclature, rationaliser les calculs

La taxonomie européenne sur la finance verte sera par ailleurs stratégique pour la filière. « La France a une action à mener pour que l’hydrogène produit à partir d’électricité bas carbone soit reconnu » a souligné Philippe Boucly. Pour le pays, l’enjeu est l’utilisation de l’énergie nucléaire par les acteurs de la filière.

Présente à l’événement Horizons Hydrogène, l’Union française de l’électricité (UFE) a mis en avant certaines recommandations issues d’un rapport sur l’hydrogène décarboné qu’elle a récemment publié.

Concernant le calcul des émissions de gaz à effet de serre, qui déterminent quel type d’hydrogène peut entrer dans la catégorie bas carbone, on peut y lire notamment que « seule la teneur en émissions de gaz à effet de serre en analyse de cycle de vie pour produire un kilogramme d’hydrogène fait sens d’un point de vue climatique ». 

L’UFE recommande dès lors aux décideurs « de définir au plus vite, dans le cadre de l’application de l’ordonnance du 17 février 2021 [prévue par la loi énergie-climat], un seuil pour l’hydrogène bas-carbone, produit à partir de renouvelables, de nucléaire ou autre, qui soit compatible avec les seuils définis au niveau de la taxonomie, c’est-à-dire de 3,3  kgCO2eq/kgH2 selon les calculs effectués à partir des données de la Base Carbone de l’Ademe ».

Une base de données européenne unique pour certifier la teneur en carbone de l’hydrogène et des carburants à faible teneur en carbone

La Commission européenne prépare une base de données européenne afin de certifier de manière harmonisée l’empreinte carbone de l’hydrogène et d’autres carburants à faible teneur en carbone.

Lionel Prevors, chef de projet Hydrogène à la direction générale de l’énergie et du climat (ministère de la transition écologique) a rappelé lors de l’événement que « l’objectif prioritaire » était d’atteindre la neutralité carbone en 2050.

« Tous les moyens pour y arriver comptent, dès lors qu’ils respectent la taxonomie, » a-t-il déclaré, avant de prévenir : « si on a des mécanismes d’ajustement aux frontières, il est important de s’assurer que l’hydrogène importé respecte la taxonomie, et ce, tout au long du cycle de vie. »

En France comme en Europe, la filière hydrogène est en train de se structurer. « L’hydrogène va devenir une marchandise et aura le même traitement que le gaz naturel et l’électricité » prédit Philippe Boucly.

La nouvelle directive européenne sur les énergies renouvelables devrait à cet égard clarifier certaines zones d’ombre et permettre aux industriels d’avancer. Elle devrait notamment définir « dans quelle mesure l’hydrogène peut être considéré comme renouvelable s’il utilise l’électricité du réseau » indique Pierre Loaec, chargé de mission Energies renouvelables à la Commission européenne (DG ENER). 

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