Flottes de taxis à hydrogène : entre freins et ambitions

Hype projette, d’ici 2024, de disposer d’une flotte de 10 000 véhicules à hydorgène dans la région Ile-de-France. [Hype]

L’avenir de l’hydrogène est-il dans les flottes automobiles ? C’est ce que laisse augurer la “success story” de Hype, qui contribue au déploiement de taxis à hydrogène depuis 2015 à Paris. L’entreprise française prévoit d’essaimer en Europe, sur un marché devenant peu à peu concurrentiel.

Le secteur du transport représentait 31 % des émissions françaises de gaz à effet de serre en 2019. Le gouvernement souhaite réduire cette part grâce, notamment, au déploiement de l’hydrogène décarboné dans la mobilité. 

En dehors du transport lourd, l’une des pistes les plus prometteuses est celle des flottes de véhicules, à commencer par les taxis. « L’hydrogène apporte une vraie efficacité opérationnelle pour des usages intensifs aléatoires comme le taxi » souligne Mathieu Gardies, le p-dg de Hype, dans un entretien accordé à EURACTIV. 

En 2015, il lance son activité à Paris, développant une flotte de taxis alimentés par une pile à combustible fonctionnant à l’hydrogène. Côté performances, ces taxis n’ont rien à envier aux thermiques. Le plein s’effectue en 5 minutes et l’autonomie des véhicules est de 500 à 700 km.

Pour faire le plein d’hydrogène, il installe justement une station au coeur de la capitale. L’hydrogène utilisé est alors “bleu”, c’est-à-dire que sa fabrication émet du dioxyde de carbone, mais celui-ci est capté, stocké et réutilisé. Aujourd’hui, « toutes les capacités de production dans lesquelles nous investissons sont des productions d’hydrogène vert » généré par électrolyse de l’eau à partir d’énergie renouvelable, indique Mathieu Gardies. 

Dans la région Ile-de-France, d’ici juin 2023, Hype devrait commander à ses partenaires une douzaine de stations, d’une capacité d’1 tonne / jour d’hydrogène vert produit localement. Quant à la flotte de taxis, elle devrait dépasser en 2022 les 700 véhicules à hydrogène. 

Une station tous les 150 km en Europe

Le développement de Hype s’inscrit dans un contexte favorable aux véhicules à faible émission. En France, en complément de la Stratégie nationale pour un hydrogène décarboné, la Loi d’orientation des mobilités a rendu obligatoire, par décret, le renouvellement des flottes de plus de 100 unités avec un quota de véhicules à faible émission – 10 % de la flotte d’ici 2025, 35 % d’ici 2029 –, que ce soit par de l’électrique ou de l’hydrogène. Les flottes de taxis et de VTC sont particulièrement ciblées.

Au niveau européen, la proposition de règlement sur le déploiement d’une infrastructure pour carburants alternatifs est aussi encourageante. Elle vise à imposer la création de stations à hydrogène tous les 150 km, d’ici 2025, sur les grands axes européens.

Ces incitations législatives encouragent les projets de flottes de taxis à hydrogène, qui essaiment partout en Europe. Le Partenariat pour l’hydrogène propre – formé par la Commission européenne, les industries des piles à combustible et de l’hydrogène et une communauté de chercheurs –, a par exemple lancé plusieurs initiatives, comme Zefer, un projet de déploiement de 180 véhicules électriques à piles à combustible à Paris, Londres et Copenhague.

« L’hydrogène est le carburant idéal pour les taxis en raison de la longue autonomie, de l’utilisation intensive et du court temps de recharge » estime ainsi Bart Biebuyck, le directeur exécutif du Partenariat.

D’autres flottes de taxis à hydrogène ont été lancés en Europe. Lionel Boillot, chef de projet au Partenariat pour l’hydrogène propre, cite par exemple Green Tomato Cars qui opère une flotte de 50 véhicules à Londres, ainsi que Drivr à Copenhague qui gère une flotte de 100 taxis à hydrogène.

Le point clé de la réussite de ces projets est, selon lui, la « concomitance entre le déploiement de l’infrastructure hydrogène et des véhicules  »

L’UE dévoile un plan de 300 millions d’euros pour financer la recherche sur l’hydrogène

Le Partenariat pour l’hydrogène propre de l’UE, une entreprise publique-privée, a lancé son premier appel à propositions sur 41 sujets de recherche liés à l’hydrogène. Une grande partie du financement sera consacrée à la production et au stockage de l’hydrogène.

Des constructeurs à la traîne

Peut-on alors s’attendre à un essor des taxis à hydrogène en Europe ? Et plus largement des flottes à hydrogène, avec une mutualisation des stations ? 

Plusieurs freins s’y opposent. Tout d’abord, les limites administratives : « Les délais d’accords, surtout pour l’infrastructure des stations de recharge en hydrogène, peuvent prendre parfois jusqu’à deux ans. C’est très variable selon les pays et ça retarde énormément le déploiement » souligne Lionel Boillot.

Pour pallier ce problème, le Partenariat pour l’hydrogène propre a élaboré une liste de recommandations afin d’homogénéiser les procédures.

Autre point faible pour la chaîne de valeur : le manque de véhicules. Peu de constructeurs automobiles se sont, pour l’instant, lancés sur le créneau des voitures hydrogène “à passagers”. A Paris, Mathieu Gardies de Hype s’appuie sur Toyota et son modèle Mirai, tandis que Hyundai, Stellantis ou Renault investissent timidement le marché, avec quelques centaines de véhicules construits par an.

Pour les grands constructeurs automobiles, c’est en effet le véhicule électrique qui fait l’objet de toutes lest attentions et qui est appelé à rafler la mise auprès du grand public. Chez Renault, Peugeot, Fiat et Ford par exemple, on vise le 100% électrique dès 2030, alors que Volkswagen envisage de convertir l’entièreté de sa production en 2035.

« L’offre est particulièrement réduite » observe Philippe Boucly, le président de l’association France Hydrogène, prenant pour exemple Stellantis et ses 1 000 à  2 000 voitures à hydrogène construites par an.

Du côté des véhicules utilitaires, il mentionne également comme frein le prix d’acquisition très élevé. « Il y a une masse critique minimale à avoir chez les constructeurs pour faire baisser les prix (…), et c’est sur cette montée en puissance que nous butons actuellement » ajoute Philippe Boucly. 

10 000 taxis hydrogène en 2024 en Ile-de-France

Les freins n’empêchent pas les ambitions. Hype projette ainsi, d’ici 2024, de disposer d’une flotte de 10 000 véhicules dans la région Ile-de-France. Sur ce territoire, l’entreprise souhaite également déployer un réseau de distribution d’hydrogène d’au moins une vingtaine de stations d’1 tonne/ jour, ainsi que 6 stations de plus petite capacité, alimentées par de l’hydrogène vert produit localement. Les stations seront ouvertes à tous les usages – pas uniquement aux taxis mais également aux artisans, aux logisticiens, etc.

L’année 2024 n’a pas été choisie au hasard. Mathieu Gardies mise en effet beaucoup sur l’effet “Jeux Olympiques” à Paris : « Les manifestations sportives sont un peu les seules échéances autour desquelles on parvient à aligner les politiques et les industriels. » 

Fort de cette visibilité apportée par l’événement, le p-dg espère être implanté, en 2025, dans une quinzaine de métropoles en France et à l’international, avec 40 000 véhicules en usage taxi et près de 100 stations d’1 tonne/ jour. En Europe, il cible notamment l’Italie, l’Espagne et le Portugal.

Hype ne devrait pas être la seule entreprise en croissance sur le créneau des véhicules légers à hydrogène. Pour la période 2021-2027, l’UE soutient en effet le Partenariat pour l’hydrogène propre à hauteur d’1 milliard d’euros afin, notamment, d’accélérer le développement des applications de l’hydrogène propre, dont l’usage “taxi” fait partie.

EDF lance un plan d'hydrogène décarboné

Poursuivant la diversification de ses activités, le groupe EDF lance un plan Hydrogène afin de développer 3 GW d’hydrogène électrolytique dans le monde.

[Edité par Frédéric Simon]

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