Paris pour une taxe CO2 aux frontières de l’UE

Paris appelle à la création d’une taxe carbone aux frontières de l’UE pour les pays qui ne respectent pas l’Accord de Paris. Une idée qui cible directement les États-Unis.

La transition vers une économie à faibles émissions de carbone doit être soutenue par des réformes du marché financier pour diriger les investissements vers des technologies propres, a déclaré Emmanuel Macron lors d’une conférence de la Commission européenne sur la finance durable à Bruxelles.

Avec son système d’échange de quotas d’émission, l’Europe a créé le plus grand marché du carbone au monde, mais le prix des quotas de CO2 est actuellement trop bas pour réellement inciter les investisseurs à se tourner vers les technologies propres.

La France a rempli sa part du marché en établissant un prix minimum pour le carbone à 44 € la tonne sur son territoire cette année. Un prix plancher qui sera élevé à 84 € la tonne à partir de 2022. « Ce n’est toujours pas suffisant », a déclaré le président français, appelant à une action européenne plus déterminée.

« C’est pourquoi au niveau européen, nous avons besoin d’un prix plancher européen du carbone », a souligné Emmanuel Macron, expliquant qu’il s’agit là « du seul moyen » d’atteindre l’objectif à long terme de l’Europe de devenir neutre en carbone.

« Je sais que ça n’est pas facile. Partout, nous ferons face à des résistances », a-t-il reconnu, tout en ajoutant qu’il défendrait l’idée au sommet européen de juin.

« Ce sera aussi le seul moyen de créer de nouvelles opportunités en termes économiques, car nous accélérons l’investissement dans d’autres secteurs créateurs d’emplois, qui permettront l’émergence d’une énergie non seulement plus décarbonée, mais plus décentralisée et plus intensive en emplois directs. »

Le Royaume-Uni, un exemple

Le Royaume-Uni a donné l’exemple dans l’Union européenne, en introduisant un prix plancher du carbone en 2013. L’idée est toutefois controversée en Pologne, pays fortement dépendant du charbon, et dans d’autres pays d’Europe centrale et de l’Est, qui risquent d’être sévèrement touchés par la mesure.

Les législateurs britanniques demandent un prix plancher européen pour le carbone

Nous avons besoin de plafonds plus stricts sur les émissions de gaz à effet de serre et d'un prix plancher pour créer des investissements verts, a affirmé une commission parlementaire influente hier (8 février), appelant le gouvernement à intervenir.

S’il est adopté, un prix plancher européen du carbone devrait être accompagné par des politiques sociales pour les régions en transition où des emplois sont détruits, a reconnu Emmanuel Macron.

Il sera aussi complété par « un mécanisme d’ajustement aux frontières pour ne pas pénaliser nos entreprises par notre engagement climatique », a ajouté le président.

Taxation aux frontières

« Ce qui veut dire que nous devons aussi mettre en place une taxation aux frontières lorsque nous aurons des acteurs qui décident de ne pas suivre les mêmes choix environnementaux », a-t-il déclaré, sans explicitement mentionner les États-Unis qui ont annoncé leur retrait de l’accord de Paris l’année dernière.

La taxe CO2 aux frontières est une idée française de longue date qui a pour la première fois été émise il y a dix ans, et a été reprise par la Commission européenne avant le sommet de l’ONU pour le climat en 2009 à Copenhague.

Seule l’Italie avait officiellement soutenu le projet alors que l’Allemagne, qui l’avait soutenu au début, a  ensuite montré des réticences. Berlin craignait qu’elle ne déclenche une guerre commerciale néfaste pour son économie dépendante des exportations. À l’époque, un ministre allemand avait même qualifié l’idée d’« éco-impérialisme ».

L'idée de Nicolas Sarkozy sur une taxe carbone à nouveau sur la table en France

 
Arnaud Montebourg, le nouveau ministre français du redressement productif qui s'est bâti une réputation pour ses attaques contre la mondialisation, a promis de remettre sur la table le projet de Nicolas Sarkozy pour une taxe carbone aux frontières de l'UE. Cette idée avait précédemment été qualifiée de protectionniste et donc rejetée par les partenaires européens de la France.

Emmanuel Macron semble croire que l’accord de Paris rend l’idée d’une taxe carbone aux frontières plus palpable, et propose que les bénéfices générés servent à financer le budget européen après le Brexit.

La politique commerciale de l’Europe doit être cohérente avec ses choix environnementaux, soutient le président. « Pourquoi irions-nous signer des accords commerciaux avec des puissances qui déclarent ne pas vouloir mettre en œuvre l’accord de Paris ? »

« Nous devons avoir un leadership climatique assumé », a déclaré Emmanuel Macron, appelant l’UE à abandonner « la politique du faible » qui consiste à imposer des contraintes environnementales strictes à ses entreprises sans exiger la même chose de ses partenaires commerciaux.

>> Lire la transcription complète du discours ici

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