Friction sur les prix des certificats d’économie d’énergie en France

Les certificats d'économie d'énergie financent notamment les combles à un euro. Shutterstock

Le recours aux certificats d’économie d’énergie est censé répondre au retard de la France en la matière. Mais la demande nettement plus forte que l’offre se traduit par une envolée des prix qui ont plus que doublé en un an.

L’isolation des combles à un euro, c’est eux. Le financement des chaudières basse consommation, c’est aussi eux.

Les certificats d’économie d’énergie permettent aux distributeurs d’énergie et de carburants de financer les économies d’énergie d’autres acteurs, dont les agriculteurs, l’industrie et les particuliers. Ces obligés ont été contraints par la loi de susciter des économies d’énergie par tous les moyens – et ils ne manquent pas. Depuis 2018, les secteurs d’économie d’énergie éligibles aux CEE ont été démultipliés, et plus de souplesse a été introduite.

Si bien que 200 procédés sont aujourd’hui envisageables en France, des chaudières à condensation pour les serres horticoles aux frigos basse consommation en passant par les chauffe-eaux solaires collectifs, les incitations à rouler à vélo et la formation de chauffeurs routiers au transport économe.

Si d’autres pays, comme l’Italie, la Pologne ou le Royaume-Uni ont aussi fait ce choix de certificats, quand l’Allemagne le refusait, c’est en France que le mécanisme des CEE s’est le plus développé récemment.

Ce qui n’empêche pas la France d’être en retard pour son objectif de 20 % d’économie d’énergie d’ici à 2020, fixé par une directive de 2012. Car en développant le mécanisme à marche forcée, l’Hexagone essuie aussi les plâtres.

Si Total veut isoler des toitures, mais ne trouve plus de toits à isoler pour réaliser toutes les économies d’énergie qui lui sont demandées, il doit se tourner vers le marché pour se mettre en conformité.

Or le coût des CEE explose : en un an, le cours des CEE a plus que doublé, passant de 4,18 euros par Megawattheure économisé à 9,14 euros lors de la cotation d’avril sur Powernext. Une emballée qui s’explique ainsi : beaucoup de demande, en raison de la pression mise sur les distributeurs d’énergie par le gouvernement, et une offre limitée. Sur trois ans, les cours ont quintuplé.

Explosion subite de la demande

Lancés en 2006, le mécanisme des certificats d’économies d’énergie est entré dans sa « quatrième période » en 2018. Le gouvernement a sérieusement rehaussé les objectifs à cette occasion : les économies d’énergie doivent atteindre 1600 Twh cumac (ou énergie cumulées et actualisées) sur la période, contre seulement 54 lors de la première période, entre 2006 et 2009.

Le gouvernement dévoile la programmation pluriannuelle de l’énergie

Après bien des retards, le gouvernement français a rendu public son projet de programmation pluriannuelle de l’énergie. Relativement audacieuse, cette politique décennale souffre pourtant de nombreux défauts. Irréparables? Un article de notre partenaire, le Journal de l’environnement.

Problème, ces certificats dépendent de projets concrets, souvent longs à mettre en œuvre pour les plus gros projets qui concernent des sites industriels. Les plus courts, ceux des particuliers, génèrent peu d’économies d’énergie.

Or pour les associations de consommateurs, cette flambée des prix se retrouve aussi dans les prix de l’énergie : les distributeurs d’énergie répercuteraient selon eux le coût de ces CEE dans leurs prix de vente, le dispositif coûtant au final entre 100 et 150 euros par ménage et par an selon le ministre de la transition écologique, François de Rugy. La hausse des prix de l’électricité prévue pour le mois de juin serait liée pour certains à l’effet inflationniste des certificats ; mais leur principe redistributif, qui permet de soutenir les ménages les plus précaires, fait largement consensus.

L’UE revoit ses objectifs énergétiques à la baisse à l’aune du Brexit

Le 30 janvier, la Commission européenne a revu à la baisse ses objectifs de consommation énergétique pour l’année 2030 afin de prendre en compte le départ du Royaume-Uni.

Un atelier sur les certificats d'économie d'énergie organisé par eceee, en partenariat avec GEO PLC et avec  le soutien de RAP (Regulatory Assistance Project) a eu lieu le 25 avril à Paris.

 

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