Fronde contre l’Allemagne sur le projet de gazoduc dans la Baltique

La construction du gazoduc russo-allemand en mer Baltique continue à irriter les pays baltes et la Pologne. Se sentant lésés par le projet, ces pays viennent d’adresser une lettre à la Commission européenne afin de demander une modification de l’itinéraire du gazoduc.

En bref  :

Alors que les négociations entre l’Union européenne et la Russie sur le nouveau partenariat énergétique semblent bloquées, les trois pays baltes (Lituanie, Lettonie, Estonie) et la Pologne ont écrit à la Commission européenne pour dénoncer le projet russo-allemand de gazoduc dans la Baltique.

« Le texte du document a été accepté en principe, il sera signé et envoyé à la Commission européenne cette semaine », a déclaré le ministre lituanien de l’économie, Vytas Navickas. Les quatre gouvernements demandent à la Commission d’étudier de nouvelles possibilités de tracé pour le gazoduc.

Après accord, la Russie et l’Allemagne ont débuté en 2005 (côté russe) la construction d’un gazoduc dans la mer Baltique. Ce projet va permettre à l’Allemagne d’assurer son approvisionnement en gaz, dont elle est très dépendante, avec du gaz russe. Le gazoduc transportera 57 milliards de mètres cubes de gaz par an vers l’Allemagne.

51% des parts sont détenues par le groupe énergétique russe Gazprom. Les entreprises allemandes BASF et EON détiennent, quant à elles, 24,5% chacune. Le coût total de la construction s’élève à 4,8 milliards d’euros.

Censé passer par la mer, le gazoduc contourne les trois pays baltes et la Pologne. Selon ces États, Berlin chercherait volontairement à écarter ses partenaires européens pour ne pas à avoir à négocier avec eux. Les quatre capitales se sentent lésées dans leur rôle géopolitique et menacées dans leur approvisionnement énergétique.

L’attitude balte et polonaise n’est pas sans lien avec la crise gazière de janvier 2006 entre la Pologne, l’Ukraine et la Russie. Cette dernière avait coupé l’alimentation des gazoducs pendant plusieurs jours, sous prétexte de désaccords commerciaux avec Kiev. En obtenant le passage des gazoducs sur leurs territoires, les pays d’Europe de l’Est espèrent enfin pouvoir contrôler les décisions de la Russie dans ce doamine. Le passage d’un gazoduc est aussi une rente financière pour les États, car il offre la possibilité d’avoir des prix avantageux.

Ces pays accusent également l’Allemagne de manquer de solidarité européenne. Un reproche étonnant de la part du gouvernement polonais des frères Kaczynski, qui multiplie depuis le sommet européen de juin dernier, les déclarations antiallemandes ou dénonce l’impérialisme allemand.

Pour ne pas se limiter à la question géopolitique, les quatre gouvernements avancent aussi des arguments écologiques. Après la Seconde Guerre Mondiale, plusieurs milliers d’armes chimiques ont été déversées dans la mer Baltique.Le passage du gazoduc pourrait entraîner des risques d’explosions non négligeables.

D’autres États de la Baltique, comme la Suède et la Finlande, approuvent ces arguments écologiques et ce malgré la promesse faite par l’Allemagne de respecter les normes européennes.

Le gazoduc devrait être opérationnel en 2010. Avec 1 200 kms de long, ce sera le plus grand d’Europe. 

Subscribe to our newsletters

Subscribe

Envie de savoir ce qu'il se passe ailleurs en Europe? Souscrivez maintenant à The Capitals.