Le G7 finance toujours les énergies fossiles

Les pays du G7 promettent depuis 2009 d'éliminer les subventions aux fossiles. [glasseyes view/Flickr]

Près de 100 milliards d’euros soutiennent la production et la consommation de pétrole, de gaz et de charbon dans les pays du G7. Et ce malgré la promesse de cesser de subventionner les énergies fossiles d’ici 2025.

Les pays développés continuent à investir dans les combustibles fossiles à grande échelle, selon une étude de chercheurs de l’Institut de développement étranger (ODI), Oil Change International (OCI), l’Institut international pour le développement durable (IISD) et le Conseil de défense des ressources naturelles (NRDC).

Les États-Unis arrivent en bas du classement, étant donné le soutien inchangé de Washington à l’exploration et à l’extraction de pétrole, gaz et charbon. Sous Donald Trump, le pays a aussi fait marche-arrière sur sa promesse de cesser tout financement des énergies fossiles, ce qui explique sa position en dernière place du classement. C’est la France qui se hisse en première place, grâce à ses efforts pour l’arrêt de l’extraction charbonnière et la fin des aides à l’exploration pour toutes les énergies fossiles.

L’étude est publiée alors que les dirigeants du G7 se rencontrent à Charlevoix, au Canada, les 8 et 9 juin. Ces mêmes dirigeants promettent depuis 2009 de contrer le changement climatique et d’éliminer les subventions aux combustibles fossiles d’ici 2025. En décembre dernier, la Banque mondiale s’est engagée à cesser de financer l’extraction gazière et pétrolière.

Malgré ces promesses, les gouvernements du G7 ont accordé au moins 69 milliards d’euros de soutien financier et 17 milliards d’euros de financements publics aux énergies fossiles en 2015 et 2016, selon l’étude.

L'Europe dépense toujours plus de 100 milliards par an dans les énergies fossiles

Les pays européens dépensent plus de 112 milliards d’euros par an pour subventionner la production et la consommation de pétrole, du gaz ou du charbon, notamment via des avantages fiscaux pour le diesel. Et ce, malgré la promesse de supprimer ces subventions d’ici 2020.

« Les pays du G7 continuent à subventionner le pétrole, le gaz et le charbon, alimentant ainsi un changement climatique dangereux avec l’argent des contribuables », regrette Shelagh Whitley, qui dirige le programme « climat et énergie » à l’ODI. « Ce classement illustre le manque de prise de responsabilité et, pour la première fois, mesure les progrès de chacun des États du G7 dans l’élimination des subventions aux combustibles fossiles. Et s’il y a eu quelques progrès ces dernières années, la vue d’ensemble est toujours sombre et aucun pays ne s’en sort bien. »

La campagne pour l’abandon des subventions aux fossiles a pris de l’ampleur quand le G20 a créé un groupe de travail sur le reporting climatique (Task Force on Climate-Related Financial Disclosures, TCFD), en décembre 2015, sous la direction de Michael Bloomberg, ancien maire de New York.

Ce groupe de travail a émis ses recommandations définitives en juin 2017, exhortant les investisseurs à mieux se pencher sur leur exposition financière au risque climatique et à aider les entreprises à rendre ces informations publiques de manière claire et cohérente.

Si ces recommandations étaient appliquées, des milliers de milliards de dollars seraient désinvestis des énergies fossiles. Les investisseurs abandonneraient en effet les industries polluantes pour la sécurité à long terme des technologies propres, comme les renouvelables.

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Si les gouvernements européens font plutôt mieux que la moyenne, tous les membres du G7 (États-Unis, Japon, Allemagne, France, Royaume-Uni, Italie et Canada) ont continué à financer l’exploration et l’extraction gazière et pétrolière depuis l’entrée en vigueur de l’Accord de Paris, en 2016.

« Le pays le plus cohérent est la France, qui se trouve dans le top 4 de toutes les catégories du classement », selon l’ONG Fondation climatique européenne. « Alors que l’Allemagne est prolifique en termes d’engagements et de promesses, mais ne se trouve qu’à la sixième place pour l’élimination des financements aux énergies fossiles et l’abandon de ces énergies. Et L’Italie est encore plus à la traine. »

Ci-dessous, les conclusions de l’étude sur les États européens :

  • La Frances’est engagée à réduire l’écart de taxation entre le diesel et l’essence d’ici 2021 (c’est inscrit dans la législation nationale). Malgré l’abandon progressif de l’exploration sur le territoire national, les institutions financières publiques françaises se sont récemment engagées à financer de nouvelles activités d’exploration de combustibles fossiles à l’étranger (par exemple en 2017 au Mozambique).
  • L’Allemagne continue de fournir un financement public important à l’électricité tirée de combustibles fossiles (dans le pays et à l’étranger). Elle fournit toujours un soutien fiscal à l’utilisation du diesel dans les transports.
  • En Italie, le secteur des transports reçoit encore un soutien fiscal important, dont la grande majorité est destinée au diesel.
  • Il règne au Royaume-Uni « transparence extrêmement faible », selon les ONG. Londres ne publie pas de rapports spécifiques sur le soutien fiscal aux combustibles fossiles et n’a pas non plus participé à un processus d’examen par les pairs dans le cadre du G20. En outre, malgré les engagements de haut niveau et les appels à mettre fin aux subventions, le gouvernement réfute qu’il accorde des subventions aux combustibles fossiles (selon la définition officielle).

À Bruxelles, un groupe d’experts financiers mis en place par la Commission européenne a appelé l’UE à cesser tout financement public pour les industries des combustibles fossiles telles que le charbon, le pétrole et le gaz. Ces spécialistes ont déclaré que les fonds publics devraient être orientés vers « le soutien aux énergies renouvelables et à l’efficacité énergétique et l’efficacité des ressources ».

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