Gazprom devrait présenter une offre pour acquérir l’entreprise énergétique grecque

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Parmi toutes les entreprises intéressées par la privatisation de l’entreprise grecque de gaz naturel DEPA, Gazprom a manifesté le plus d'intérêt, ont indiqué deux sources grecques du secteur de l’énergie hier (23 octobre). L’accord pourrait miner les efforts de l’UE qui tente de réduire l’implication de la Russie dans les marchés de l’énergie de l’Europe.

 

Des sources ont indiqué que l'entreprise russe a fait pression sur les médias, l'industrie et le gouvernement, en amont d'une décision de vente prévue pour le mois de janvier.

 

Ces sources se sont gardées de parler de Gazprom comme du vainqueur probable de l'appel d'offres, soulignant que la procédure restait grande ouverte.

 

DEPA joue un rôle principal dans l'intégration des marchés de l'énergie du sud-est de l'Europe aux interconnecteurs.

 

La Grèce pourrait également devenir un lien vital pour l'acheminement d’immenses ressources gazières de l'est de la Méditerranée et de la mer Caspienne vers l'Europe de l'Ouest.

 

La Commission n'est pas satisfaite

 

« Gazprom a manifesté le plus d'intérêt pour DEPA et [la raffinerie de pétrole] Hellenic Petroleum […] bien que la Commission européenne n'en soit pas satisfaite », a indiqué une source proche du dossier.

 

Les prêteurs, dont l'UE, ont imposé la vente d'actifs énergétiques grecs pour aider le pays à rembourser sa dette. Ces ventes pourraient toutefois contredire les objectifs de l'UE en matière d'énergie si Gazprom bat ses adversaires et achète l'entreprise de gaz naturel stratégique pour la région, a ajouté cette source.

 

L'intérêt de Gazprom pour DEPA est incompatible avec les efforts de l'UE qui tente de diversifier l'approvisionnement en gaz pour qu'il ne se cantonne pas à la Russie. Ce pays fournit environ un quart de la demande en gaz de l'Europe en finançant de nouvelles filières d'importation depuis la mer Caspienne via l'Azerbaïdjan et la Turquie.

 

L'UE a également ouvert une enquête sur Gazprom, à la suite d'allégations indiquant que l'entreprise entravait la libre circulation du gaz à travers le continent et qu'elle imposait des prix trop élevés à ses clients .

 

« Gazprom et d'autres investisseurs potentiels devraient être traités de la même façon tant qu'ils respectent la réglementation du troisième paquet [énergie] et les règles en matière de fusion», a déclaré un fonctionnaire de l'UE qui a préféré conserver l'anonymat.

 

Gazprom poursuit également d'autres intérêts dans la région, notamment une part dans le gisement de gaz de Léviathan (Israël), a indiqué cette source proche du dossier DEPA.

 

En tant que cible, DEPA offre à Gazprom l'occasion d’éliminer la concurrence des nouveaux fournisseurs dans l'est de la Méditerranée.

 

L'entreprise grecque est également en pourparlers avec Noble Energy, basée au Texas, et le Delek Group d'Israël afin de fusionner les exportations de gaz de Léviathan grâce à un gazoduc en Europe.

 

Les autres sociétés intéressées par DEPA (voir « Contexte ») sont l'entreprise pétrolière publique de la République d'Azerbaïdjan (SOCAR), Edison et ENI en Italie, Gas Natural en Espagne et Sonatrach en Algérie. Les offres non contraignantes et les plans d'affaires doivent être présentés avant le 6 novembre.

 

L'est de la Méditerranée constitue depuis quelques années une province gazière importante aux portes de l'Europe, à la suite de découvertes de gisements dans les eaux israéliennes, chypriotes grecques et libanaises que les entreprises se battent pour développer.

 

Actuellement, la Russie fournit la majorité du gaz de la Grèce, en vertu d'un accord de 20 ans qui expire en 2016.

 

Instabilité politique

 

Dans le même temps, une concession des prêteurs de la Grèce mardi n'a pas réussi à convaincre deux petits partis de la coalition au pouvoir. Ils ont bloqué un accord sur un ensemble crucial de mesures d'austérité parce qu'ils s'opposent aux réformes du droit du travail.

 

Les espoirs de voir un accord définitif sur le plan d'austérité émerger avaient grandi après que les inspecteurs de la troïka ont quitté Athènes la semaine dernière. Ils avaient indiqué que les deux parties avaient convenu de la majorité des réformes et des mesures d'austérité nécessaires pour débloquer la dernière tranche d'aide du pays.

 

Pourtant, le gouvernement grec doit d'abord surmonter ses divisions internes avant de conclure un accord complet sur les mesures d'austérité.

 

Le Parti de la gauche démocratique et les socialistes du Pasok, membres de la coalition du premier ministre conservateur, Antonis Samaras, s'opposent depuis longtemps aux propositions impopulaires de l'UE et du Fonds monétaire international de réduction des salaires et des indemnités licenciement et d'abandon des revalorisations automatiques des salaires.

 

« Je n'accepterai ni ne voterai pour les réformes du marché du travail que réclame la troïka et les députés de la Gauche démocratique feront de même », a déclaré Fotis Kouvelis, le dirigeant du parti, aux journalistes à l'issue de la rencontre des trois dirigeants de la coalition de M. Samaras.

 

Evangelos Venizelos, chef du Pasok, a également réaffirmé son opposition aux réformes et pressé Antonis Samaras de convaincre les partenaires européens de rejeter les propositions.

 

Le refus répété des petits partis de la coalition d'approuver le projet risque de créer une impasse politique qui pourrait compromettre les efforts d'Athènes qui tente d'obtenir de l'aide avant de se retrouver sans liquidités le mois prochain.

Alors que la Grèce surendettée vend bon nombre de ses biens publics, trois entreprises russes, dont Gazprom, ont fait une offre pour acquérir les entreprises gazières grecques DEPA et DEFSA. Au total, 17 entreprises issues de 12 pays se sont dites intéressées.

 

Si Gazprom ne parvient pas à acheter les entreprises gazières grecques, deux autres compagnies russes seront là pour l'aider à conclure l'affaire. Il s'agit de Sintez, une petite entreprise qui appartient à Leonid Lebedev, et le fonds d'investissement Energiya dirigé par Igor Yusufov, ancien ministre de l'énergie et actuel membre du conseil d'administration de Gazprom.

 

Les autres sociétés intéressées sont l'entreprise pétrolière publique de la République d'Azerbaïdjan (SOCAR), l'entreprise énergétique publique tchèque (CEZ), Edison et ENI en Italie, Enagas et Gas Natural en Espagne, l'entreprise chinoise de distribution du gaz ENN, le holding énergétique israélien Israel Corp., Mitsui au Japon, Sonatrach en Algérie, Vopak aux Pays-Bas, GEK Terna en Grèce et le consortium Mytilineos et Motor Oil (M2M).

 

La Grèce devrait obtenir 2 milliards d'euros de cette vente. DEPA, l'entreprise grecque de distribution du gaz, a été estimée à 1 milliard d'euros et DEFSA, une filiale de DEPA, est estimée à 500 millions d'euros. 

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