Berlin n’a pas rendu à temps sa copie sur le climat

[Olivier Hoslet/ epa]

Tous les États membres de l’UE devaient soumettre avant le 31 décembre à la Commission européenne leurs plans pour la protection du climat durant la prochaine décennie. Mais nombre d’entre eux ont manqué la date limite, y compris l’Allemagne.

Cela a été confirmé mardi 7 janvier : un « bon nombre » de plans nationaux sur le climat ont été reçus, a déclaré un porte-parole de la Commission sollicité par Euractiv. « Nous attendons d’autres documents dans les jours et les semaines à venir », a-t-il ajouté, refusant de divulguer quels États membres étaient à la traîne.

Le ministère allemand de l’Énergie a confirmé lundi 7 janvier qu’il n’avait pas encore soumis son plan à Bruxelles, évoquant un récent changement de cap sur la politique climatique.

Ce n’est que le 18 décembre dernier que l’Allemagne a adopté une loi sur la protection du climat, s’engageant à atteindre des objectifs climatiques juridiquement contraignants en vertu du droit européen. La loi a toutefois été stoppée par un veto des Verts au « Bundesrat », la Chambre haute du Parlement, avant qu’un compromis ne soit finalement trouvé à la toute fin de l’année.

Ces atermoiements n’ont pas empêché la chancelière, Angela Merkel, de souligner l’urgence de la situation en déclarant dans son discours du Nouvel An que le gouvernement allemand ferait « tout ce qui est humainement possible » pour arrêter le changement climatique.

Le fait que Berlin soit maintenant en retard pour soumettre son plan climatique national à Bruxelles, alors que la date limite était connue depuis longtemps, est « problématique », estime Pieter de Pous, du groupe de réflexion sur le climat E3G.

Selon lui, le gouvernement allemand a perdu un temps précieux à préparer l’abandon progressif du charbon en négociant, des mois durant, des paiements de compensation avec les exploitants de centrales électriques. Et ce, bien qu’il ne soit pas légalement obligé de le faire.

Les plans climatiques nationaux sont insuffisants

Les plans nationaux énergie-climat (PNEC) font partie du règlement sur la gouvernance de l’UE adopté par les États membres en 2018. Ils ont pour but de coordonner les politiques climatiques des pays de l’Union, ce qui est une première.

A la fin 2019, tous les gouvernements avaient donc pour tâche de soumettre à la Commission la liste des mesures décidées pour atteindre les objectifs climatiques de 2030. Tous les deux ans, les pays devront également fournir un rapport d’avancement. Quant aux objectifs climatiques, ils seront revus à la hausse en 2024.

En matière d’efficacité énergétique, l’UE affiche actuellement un déficit de 6 % par rapport à l’objectif de 2030. Selon une analyse du groupe de réflexion Carbon Market Watch, seuls la Finlande, la Suède et le Portugal ont soumis des projets de PNEC satisfaisants (jugés presque suffisants).

Depuis l’été, les États membres ont eu le temps d’affiner leurs plans climatiques. Mais la plupart d’entre eux ont, jusqu’à maintenant, fait preuve d’un net manque d’ambition. En juin, la Commission avait conclu, dans le cadre de son évaluation des projets de PNEC soumis à la fin 2018, que ces derniers étaient pour la plupart inadéquats et trop imprécis.

De nouveaux objectifs prévus pour cet été

Les plans climatiques définitifs serviront également de base à la mise en œuvre du Green Deal de la nouvelle Commission européenne.

2020, année test pour le Green deal européen

Ursula von der Leyen a surpris jusqu’aux défenseurs de l’environnement lorsqu’elle a annoncé qu’elle ferait de la politique climatique la « marque de fabrique » de son mandat. Il lui faut maintenant passer de la parole aux actes.

Sous la direction de sa présidente, Ursula von der Leyen, la Commission s’est fixé pour objectif de porter à 50 %, voire à 55 %, l’objectif climatique actuel de l’UE, qui consiste à réduire de 40 % les émissions de gaz à effet de serre par rapport à 1990. Ceci est considéré comme un point de référence pour atteindre la neutralité climatique d’ici à 2050.

Pour l’heure, l’objectif fixé pour le milieu du siècle n’a pas été accepté à l’unanimité par les États membres. Lors du dernier sommet européen à Bruxelles, la Pologne s’y est opposée par crainte des coûts élevés que la transition entraînera pour ses régions charbonnières.

L'UE s'engage sans la Pologne sur la neutralité carbone en 2050

L’Union européenne s’est engagée à devenir neutre sur le plan climatique d’ici à 2050, un « signal fort » envoyé par le continent en pleine COP25, mais terni par l’absence de la Pologne, qu’elle n’a pas réussi à convaincre.

Le débat a été reporté au prochain sommet européen en juin. Un accord permettrait à l’UE de parler d’une seule voix lors de l’important sommet UE-Chine qui se tiendra en septembre, ainsi qu’à la COP26, le sommet de l’ONU sur le climat qui aura lieu deux mois plus tard à Glasgow.

Mais le temps presse, car les plans climatiques définitifs des signataires de l’accord de Paris doivent être soumis cette année au secrétariat des Nations Unies pour le climat. Et si l’UE veut pouvoir présenter des objectifs climatiques plus ambitieux à temps, un accord devra être conclu au plus tard en été, selon l’ONG verte Climate Action Network Europe.

Et même dans ce cas de figure, « la présentation d’ici à l’été 2020 d’un nouvel objectif climatique pour 2030, nettement revu à la hausse, laisserait très peu de temps aux États membres de l’UE pour le négocier et l’approuver à temps », prévient-elle.

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