Le casse-tête de la transition énergétique en Grèce

La transition énergétique en Grèce accuse du retard par rapport aux autres pays européens. De nombreuses voix réclament une accélération du développement des énergies renouvelables et du « gaz vert ».

Il semblerait que la Grèce bafoue les règles de la Commission européenne sur la libéralisation du marché de l’électricité depuis des dizaines d’années. Certains appellent encore à une concurrence loyale et réelle grâce à la rupture du monopole de Public Power Corporation S.A. (PPC).

Les discussions en cours en Europe se concentrent sur l’abandon progressif du charbon et du lignite tout en assurant une transition en douceur pour les régions qui dépendent de l’extraction du charbon et de la production d’électricité depuis des années.

En Grèce, les prêteurs ont poussé à la vente de 40 % des stations de lignite de PPC afin de « moderniser » le marché grec de l’électricité, dans le cadre de l’accord de renflouement.

Pour WWF Grèce, la décision de vendre une grande partie des actifs houillers pourrait être désastreuse pour les consommateurs et la durabilité du modèle énergétique du pays.

Une étude récemment publiée sur le plan énergétique à long terme de la Grèce par l’Observatoire national d’Athènes et WWF Grèce a montré que les coûts de l’électricité seraient nettement plus élevés si la dépendance du pays à l’égard du lignite était prolongée.

« En revanche, les coûts de l’électricité diminuent avec les scénarios qui prévoient l’expansion des sources d’énergie renouvelable combinée à des politiques d’efficacité énergétique ambitieuses », a déclaré Nikos Mantzaris, expert en politique énergétique du WWF.

WWF plaide pour une transition énergétique directe du charbon aux renouvelables

Le Royaume-Uni n’a pas besoin de nouvelles centrales au gaz pour remplacer celles au charbon, qui seront éliminées d’ici 2025, selon une étude qui prône un passage direct aux renouvelables. Un article de notre partenaire, The Guardian.

Lors d’un atelier organisé par Euractiv le 24 avril, plusieurs parties prenantes ont souligné que la Grèce ne disposait pas d’un plan énergétique actualisé qui aiderait le secteur de l’électricité à fonctionner de manière durable à long terme.

« Alors que le reste de l’Europe se concentre sur la décarbonation, le programme de désinvestissement dans le lignite comme moyen d’ouvrir la Grèce à la concurrence semble plutôt compliqué. Prétendre que le marché grec de l’électricité deviendra par magie liquide et compétitif en vendant une ou deux des usines de lignite de PPC en 2019 est tout simplement un mensonge », a déclaré Nick Keramidas, directeur des affaires européennes de la métallurgie et de l’énergie pour le groupe Mytilineos SA.

Contacté par Euractiv, un porte-parole de la Commission a déclaré que la cession d’une partie de la capacité de production de lignite de PPC a été incluse dans le protocole d’accord supplémentaire sur le programme de soutien à la stabilité afin d’introduire des réformes structurelles et d’accroître la concurrence dans divers secteurs stratégiques en Grèce, y compris l’électricité.

En décembre 2017, l’exécutif européen a également lancé une plateforme pour les « régions charbonnières en transition » dans le but de les aider à réaliser une transition en douceur vers une énergie propre.

Dans une réponse par courriel, Eurelectric, l’association professionnelle représentant l’industrie européenne de l’électricité, rappelait qu’en décembre 2017 le secteur de l’électricité s’était engagé à atteindre la neutralité carbone bien avant 2050.

« Mais les points de départ sont bien sûr différents pour chaque pays européen. Tout en gardant à l’esprit que la production future d’électricité doit être décarbonée, le gaz naturel et le gaz vert ont le potentiel de jouer un rôle dans une transition réussie et rentable vers une économie à faible émission de carbone », a déclaré Eurelectric avant d’ajouter : « Les centrales au gaz sont très flexibles et peuvent donc servir de réserve pour les sources d’énergie renouvelables variables, telles que l’éolien et le solaire. »

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Les membres grecs et polonais du groupe n’ont toutefois pas signé cet engagement. Dans un entretien avec Euractiv, le président d’Eurelectric, Francesco Starace, estime que la Grèce n’a probablement pas signé par manque de consensus interne. « Qu’ils signent ou non, ils élimineront progressivement le charbon de toute façon », a-t-il affirmé.

« Je ne pense pas qu’une personne ayant un certain sens des affaires investirait dans la production de charbon. Quand on a déjà marqué, on n’a pas besoin de remettre le ballon sur le terrain », plaisante Francesco Starace.

Mais apparemment, cela ne vaut pas en Grèce. PPC a en effet décidé d’investir environ 1,5 milliard d’euros dans une toute nouvelle usine au lignite. Le programme de désinvestissement mis en avant par les prêteurs comprend également un permis pour une deuxième nouvelle usine alimentée au lignite.

L’amour de la Grèce pour le charbon est d’autant plus surprenant pour les décideurs politiques bruxellois, qui soulignent l’énorme potentiel du pays en matière d’énergie solaire. Udo Bullmann, président du groupe des socialistes et démocrates (S&D) au Parlement européen, est déconcerté par la réticence apparente des pays du sud de l’Europe à tirer profit de leurs atouts naturels.

« Pourquoi des pays comme le Portugal, l’Espagne et la Grèce sont-ils aux prises avec le coût de l’énergie ? Ils disposent de ressources naturelles d’une telle ampleur comme le vent, le soleil et l’eau », a-t-il déclaré.

« Pourquoi ne pas faire de ces pays les forces vives de l’énergie durable ? Cela aurait également un impact énorme sur l’emploi », a-t-il poursuivi, ajoutant que la Grèce a besoin de réformes « progressistes » et « équitables » pour réaliser sa transition énergétique.

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