Des prêts hypothécaires « verts » pour aider l’UE à atteindre ses objectifs climatiques

Le 14 octobre, le cabinet de conseil Climate Strategy, basé à Madrid, a publié un rapport de 60 pages sur les normes relatives au portefeuille de prêts hypothécaires « verts ». [NicoElNino/Shutterstock]

L’UE a mis en place des normes pour réduire les émissions des véhicules. Les conseillers en politique climatique préconisent désormais des stratégies similaires pour la réduction des émissions dans les bâtiments, par le biais de prêts hypothécaires « verts » destinés à financer d’importants travaux de rénovation.

Le 14 octobre, le cabinet de conseil Climate Strategy, basé à Madrid, a publié un rapport de 60 pages sur les normes relatives au portefeuille de prêts hypothécaires « verts » qui, si elles étaient mises en œuvre par la Commission européenne, inciteraient les propriétaires et les banques à travailler ensemble pour améliorer l’efficacité énergétique moyenne des maisons.

Les normes proposées vont de pair avec la « Vague de Rénovation » de la Commission, lancée il y a un peu plus d’un an.

L’UE compte 220 millions de logements. Les deux tiers d’entre eux ont été construits avant l’existence de toute forme de normes énergétiques. Les bâtiments représentent donc plus d’un tiers des émissions de carbone de l’UE, et les rendre plus écoénergétiques est un objectif clé des plans de l’UE pour parvenir à un taux d’émissions net de zéro d’ici 2050.

La Commission européenne prévoit de rénover 35 millions de bâtiments à des fins énergétiques d’ici à 2030, afin d’atteindre un taux annuel de 3 %. Actuellement, il se situe juste au-dessus de 1 %.

« Fit For 55 » : la France sceptique sur l’extension du marché carbone aux bâtiments et aux transports

La Commission européenne a dévoilé hier (14 juillet) son plan d’action pour le climat intitulé « Fit for 55 », dont l’objectif est d’aider l’UE à atteindre son nouvel objectif de réduire de 55% ses émissions de CO2 d’ici 2030.

Peter Sweatman, directeur général de Climate Strategy, a déclaré que de nouvelles réglementations étaient nécessaires afin de réaliser les importantes rénovations requises pour atteindre les objectifs climatiques de l’UE.

« Il ne s’agit pas seulement de changer la chaudière. Il s’agit d’entrer dans les moindres détails de votre maison et de la rendre très performante, très confortable et plus agréable à vivre », a déclaré M. Sweatman.

Une rénovation en profondeur peut coûter aussi cher que l’achat d’une nouvelle voiture, mais est loin d’être aussi simple. Tandis que le marché des véhicules est en principe centralisé, les propriétaires doivent travailler avec diverses entités afin d’organiser et de financer leurs projets de rénovation. Une importante rénovation implique également de quitter son logement pendant une longue période, ce qui engendre d’importantes dépenses.

Les normes relatives au portefeuille hypothécaire entrent alors en jeu : les banques et les sociétés de prêt hypothécaire offriraient aux propriétaires des forfaits de rénovation complets.

M. Sweatman a expliqué à EURACTIV que les personnes ayant des maisons plus performantes sur le plan énergétique étaient mieux protégées des pics du marché de l’énergie, ce qui joue un rôle de plus en plus important dans la crise énergétique actuelle.

« C’est l’idée d’emprunter pour réduire vos futurs coûts de propriété », a-t-il déclaré.

Quel est l’intérêt pour les banques  ?

Les financiers sont soumis à une forte pression pour aligner leurs pratiques de prêt sur l’Accord de Paris sur le climat. Le rapport précise que seulement 8 % des bilans des grandes banques, qui incluent les prêts hypothécaires, sont actuellement alignés sur la taxonomie de l’UE en matière de finance durable.

« De nombreuses [banques] se sont engagées à décarboner leurs activités », a déclaré M. Sweatman. « Quelle meilleure façon de décarboner vos prêts hypothécaires que de prendre toutes les maisons à faible rendement énergétique de vos clients et de les moderniser pour en faire des maisons beaucoup plus performantes sur le plan énergétique ? »

Afin de concrétiser ce projet, M. Sweatman a déclaré que les prêteurs hypothécaires doivent « formuler la question de manière proactive » en compilant des données sur l’efficacité énergétique, en recueillant des certificats de performance énergétique pour les clients et en contactant les propriétaires au sujet de leurs projets de rénovation.

Limiter les mètres carrés par personne pour réduire l’empreinte carbone des logements

Selon Pia Mamut, chercheuse à l’Université Münster, la rénovation énergétique des bâtiments n’est pas la solution. Pour limiter l’impact du secteur sur l’environnement, il faut commencer par définir un nombre de mètres carrés autorisés par personne.

Cela peut paraitre laborieux, mais les propriétaires et les banques en tireront profit, selon M. Sweatman.

« C’est l’occasion pour les propriétaires qui ont des prêts hypothécaires de pouvoir prendre un peu d’argent de la banque et de le mettre dans une maison plus performante, de devenir un meilleur créancier et d’avoir une facture moins élevée. »

En d’autres termes, une meilleure efficacité énergétique se traduirait par des prêts hypothécaires moins coûteux et un meilleur crédit pour les clients.

Les normes relatives au portefeuille de prêts hypothécaires mettent également en évidence pour les banques les personnes les plus exposées au risque d’endettement ou celles qui ont besoin d’une rénovation afin de pouvoir payer leurs factures d’énergie.

Ce sont les personnes qui vivent dans des logements énergivores qui sont les plus avantagés, a déclaré M. Sweatman. Au sein de l’Union européenne, les maisons sont identifiées par des étiquettes énergétiques, classées sur une échelle de A à G. Lorsqu’elles préparent des rénovations à grande échelle, les banques ciblent d’abord les maisons qui nécessitent le plus de rénovations.

Les personnes qui n’ont pas les moyens de contracter un prêt hypothécaire bénéficieront également des nouvelles normes, a-t-il souligné.

Les normes ne peuvent pas, comme par magie, « permettre aux personnes qui n’ont pas accès à un prêt hypothécaire de bénéficier d’un financement », a déclaré M. Sweatman. Toutefois, c’est là que les gouvernements nationaux interviennent : Les États membres de l’UE proposent actuellement des aides et des subventions pour aider les citoyens à rénover leur logement. Dans le cadre des normes relatives au portefeuille de prêts hypothécaires, les personnes qui ont les moyens de contracter des prêts les recevront, et celles qui ne le peuvent pas seront subventionnées par leur gouvernement.

« Il est vraiment important pour nous de fournir des subventions aux personnes qui n’ont tout simplement pas les moyens de chauffer leur maison — des personnes qui sont à risque et qui sont vulnérables », a-t-il déclaré.

Des changements notables

De nombreuses banques ont déjà adhéré aux nouvelles normes ou sont en train de les adapter.

La banque néerlandaise ABN Amro finance plus de 10 % des bâtiments aux Pays-Bas. D’ici à 2030, la banque souhaite que tous les bâtiments de son portefeuille hypothécaire de 185 milliards d’euros obtiennent une note moyenne de « A ».

Les propriétaires bénéficieront de prêts hypothécaires à taux réduit s’ils achètent des maisons portant un label énergétique classé « B » ou supérieur, ou s’ils rénovent leurs maisons existantes pour atteindre ce niveau.

ING, une autre banque néerlandaise, a rejoint la Net-Zero Banking Alliance en août. Grâce à son initiative « Terra », ING vise à faire évoluer chacun de ses neuf secteurs énergétiques, y compris l’immobilier résidentiel, vers de nouvelles technologies à faible émission de carbone et à s’éloigner des méthodes actuelles.

La Banque centrale du Royaume-Uni, la Bank of England, est en passe de réduire ses émissions de gaz à effet de serre  de 63 % entre 2016 et 2030. M. Sweatman a ajouté que toutes les banques britanniques devraient atteindre une note moyenne de « C » pour leur portefeuille de prêts à la même date.

« Il y a déjà assez d’indices pour que les gens comprennent l’approche à venir », a déclaré M. Sweatman. « Si vous regardez l’initiative de Science Based Targets, dans le cadre de laquelle les institutions financières présentent des feuilles de route pour l’avenir, le type d’outils qu’elles mettent en place peut être décrit comme des normes de portefeuille hypothécaire. »

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