Guyane : la centrale thermique d’EDF définitivement approuvée, sans certitude sur son combustible

La centrale thermique du Larivot doit remplacer la centrale de Dégrad-des-Cannes, en fin de vie. [Ievgenii Bakhvalov]

Le préfet de Guyane Marc Del Grande a assuré lundi soir (26 octobre) que la centrale thermique d’EDF, prévue en 2024 près de Cayenne, débutera son activité à la biomasse liquide et non au fioul, conformément aux déclarations du ministère de la Transition écologique. Pourtant, l’arrêté qui entérine le projet indique le contraire.

La ministre de la Transition écologique Barbara Pompili avait autorisé le 15 octobre la construction de cette centrale polémique classée Seveso, mais à la condition que celle-ci « fonctionne aux biocarburants dès sa mise en service ». Or l’arrêté d’autorisation environnementale de la préfecture, publié le 23 octobre,  stipule bien qu’« à la mise en service de la centrale thermique les groupes moteurs fonctionne(ront) au fioul domestique ».

En outre, si le texte précise que l’huile de palme et ses dérivés ne sera pas utilisée, il ne fait pas état de l’huile de soja, contrairement à ce qu’avait indiqué la ministre. La provenance de la biomasse liquide utilisée n’a pas non plus été évoquée.

L’étude de faisabilité pour la conversion des installations aux biocombustibles est en revanche actée. « Les différentes filières d’approvisionnement (seront) étudiées en privilégiant les moins impactantes d’un point de vue environnemental et en conformité avec la réglementation européenne – RED 2 notamment », peut-on lire dans l’arrêté. Cette étude devra être transmise aux autorités compétentes dans un délai de deux ans à compter de la publication du texte.

« Juridiquement, pour une installation classée, une étude d’impact doit être menée et doit porter entre autres sur le combustible utilisé, explique à EURACTIV France Arnaud Gossement, avocat spécialisé en droit de l’environnement. L’administration avait deux choix : soit refuser l’autorisation, avec le risque d’un recours de l’exploitant ou d’une rupture d’approvisionnement, soit encourager l’exploitant, post-autorisation, à utiliser un autre combustible. »

Une décision incertaine

Or l’arrêté stipule bien que les conditions d’aménagement et d’exploitation fixées doivent tenir compte « de l’efficacité des techniques disponibles et de leur économie ». En d’autres termes, rien à l’heure actuelle ne garantit que l’utilisation de la biomasse liquide sera validée.

« C’est une possibilité, confirme Maître Gossement. On ne peut pas présupposer quelle sera la décision prise suite à cette étude. »

Le porte-parole du collectif Alter-Larivot, François Kuseni, a déploré que « les divers communiqués des services de la préfecture ne soient pas de nature à amender le texte de l’autorisation ».

« Cela éclaire sur les projections futures mais ça n’engage que ceux qui y croient. L’acte administratif fait foi, les communiqués sont sans valeur, et la confiance en la parole des divers intervenants est sévèrement remise en question avec cet épisode. Ils s’engagent la main sur le cœur, et cette main signe le contraire ».

Barbara Pompili dit oui à la centrale thermique d'EDF en Guyane

La ministre de la Transition écologique Barbara Pompili a donné son accord jeudi (15 octobre) pour la construction d’une centrale thermique polémique portée par EDF, près de Cayenne, en Guyane.

Le projet, qui doit remplacer la centrale thermique en fin de vie de Dégrad-des-Cannes, a déjà fait l’objet de nombreux rebondissements. Suite à de nombreux avis défavorables, les autorités guyanaises avaient validé le projet le 1er octobre, avait appris Euractiv France, suite à la présentation d’une nouvelle mouture.

Celle-ci réduisait notamment la capacité des installations solaires et l’empreinte au sol du projet, afin de préserver davantage la mangrove et sa biodiversité. Outre l’utilisation de combustible fossile et la construction d’un pipeline de 14 km, toujours d’actualité dans le projet qui vient d’être validé, l’utilisation de la biomasse liquide est également décriée par ses opposants au nom de la lutte contre la déforestation et de la qualité de l’air.

Les carburants constituent une part non négligeable des recettes fiscales de la Collectivité territoriale de Guyane (CTG). Selon un rapport de la Cour des comptes daté de septembre 2019, la CTG avait identifié les impositions qui pouvaient dégager des marges de manœuvres budgétaires, à hauteur de plusieurs millions d’euros par an. Parmi elles, la taxe spéciale de consommation – l’équivalent de la taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques (TICPE) de la métropole – appliquée sur le carburant utilisé par les moteurs fixes a été fortement revalorisée depuis le mois d’août 2018 (+ 233 %). Avec comme principal consommateur EDF et sa centrale.

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