Hollande : « L’Europe pourrait aussi décider d’être une communauté de l’énergie »

5fa6a9538c4f25b6f5d8c5f1339ac417.jpg

Dans un discours, qui lance le débat français sur la transition énergétique, le chef de l’État a plaidé pour des objectifs européens contraignants sur le CO2 en 2030 et 2040 et une coopération industrielle franco-allemande.

L’Europe était absente de la démonstration de François Hollande sur la réduction des déficits et la croissance, dimanche 9 septembre sur TF1.

Vendredi 14 septembre, le ton était bien différent lors de son discours d’ouverture de la conférence environnementale. A en croire les propos du chef de l’État, les niveaux national, européen et international doivent être appréhendés de façon cohérente pour mener à bien la transition énergétique. 

« La France va construire dans les cinq prochaines années une diplomatie environnementale (…). Il y a urgence, car il y a eu recul », a-t-il déclaré au début de son allocution. 

Nicolas Sarkozy a obtenu la création d’une organisation mondiale de l’environnement. François Hollande a proposé que Paris accueille la conférence internationale, qui doit déterminer la suite du protocole de Kyoto clos en 2012. 

40% en 2030 et 60% en 2040

Le Président veut faire de la France le pays de « l’excellence environnementale » et compte entraîner l’Europe avec lui. Il souhaite un objectif contraignant de réduction des émissions de CO2 de 40% en 2030 et 60% en 2040.

Cette prise de position officielle de François Hollande confirme les initiatives françaises sur le CO2 dans le cadre des discussions sur la feuille de route à l’horizon 2050 présentée par la Commission européenne à la fin de l’année 2011. 

La négociation s’annonce rude. Les Polonais bloquent aujourd’hui toute volonté des États de s’engager sur une nouvelle contrainte en matière de climat. Le pays, largement dépendant du charbon, ne veut pas pénaliser son économie. 

Les Français affrontent également les Allemands dans ce dossier. Engagés dans une sortie du nucléaire et un développement rapide des renouvelables, ils envisagent d’investir dans des centrales à gaz et au charbon pour assurer leur sécurité d’approvisionnement dans les périodes de pointe.

Berlin pousse donc plutôt pour un objectif de 30% de renouvelable en 2030 que pour une obligation supplémentaire sur le CO2. 

BEI, project bonds et fonds européens

Le chef de l’État a cependant tout de suite tenu à rassurer les industriels. Ceux-ci pourraient être inquiets de se voir imposer des contraintes supplémentaires par rapport à leurs concurrents internationaux et être tentés de délocaliser. Mais François Hollande demandera aux Européens la mise en place d’un « mécanisme d’inclusion carbone pour les secteurs les plus exposés à la concurrence », a-t-il annoncé. 

Cette proposition n’est pas nouvelle. Trop difficile à mettre en place et sans consensus au plan européen, la taxe carbone aux frontières de l’UE a pourtant été enterrée par la Commission lors du précédent quinquennat.

Il y a différentes possibilités « réglementaires, douanières fiscales », indique cependant l’entourage du chef de l’État selon lequel le « contexte a changé ». 

Pour financer la transition énergétique française, François Hollande a évoqué l’émission d’obligations par projet (project bonds), et les financements par le biais de la Banque européenne d’investissement.

« Notre pays doit saisir toutes les opportunités du pacte de croissance du Conseil des 28 et 29 juin », a-t-il déclaré. « L’État et les régions ont pris des engagements mutuels pour déposer vite des dossiers. »

Communauté européenne de l’énergie

Les fonds dégagés par la mise aux enchères des quotas de CO2 à partir de 2013 sont également une manne envisagée. Ils pourraient représenter 600 millions d’euros en 2013, indiquent des proches du chef de l’État. Une partie serait dédiée à l’aide au développement et l’autre à la transition énergétique. 

M. Hollande a par ailleurs rappelé qu’il était favorable aux projets de la Commission européenne sur la réforme du marché des quotas carbone sans se prononcer sur une option en particulier. 

>>> Lire Quotas de CO2 : la Commission entame la réforme du marché

Reprenant un thème de campagne, cher à l’un de ses mentors Jacques Delors, François Hollande a enfin déclaré que l’Europe devrait devenir « une communauté de l’énergie ».

A en croire le chef de l’État, ce sujet pourrait être évoqué en janvier 2013 à l’occasion du soixantième anniversaire du traité de l’Elysée, signé entre la France et l’Allemagne. « La France pourrait être à l’avant garde en engageant une coopération entre les grandes entreprises de l’énergie ». 

Quoi qu’il arrive, les échanges entre les deux pays devront se renforcer notamment pour la fermeture de la centrale nucléaire de Fessenheim, prévue par François Hollande à la fin de l’année 2016. 

Subscribe to our newsletters

Subscribe

Envie de savoir ce qu'il se passe ailleurs en Europe? Souscrivez maintenant à The Capitals.