Hydrogène : la Belgique signe un accord avec le Chili, l’Allemagne séduit les Émirats arabes unis

Anvers souhaite devenir l’un des principaux ports pour le commerce international de l’hydrogène, dans l’espoir d’alimenter la propre industrie belge ainsi que l’arrière-pays européen. Copyright: STANDIC

Alors que les dirigeants mondiaux annonçaient leurs engagements en matière de climat lors de la COP26, des accords parallèles conclus à Glasgow ont vu le port d’Anvers signer un protocole d’accord avec le Chili, tandis que l’Allemagne lançait une offensive de charme auprès des Émirats arabes unis (EAU), qui visent 25 % de parts de marché mondial de l’hydrogène d’ici à 2030.

L’hydrogène est considéré comme essentiel à la décarbonation des industries lourdes comme la sidérurgie et joue un rôle essentiel dans les efforts déployés par l’Europe pour atteindre la neutralité climatique d’ici 2050.

Anvers souhaite devenir l’un des principaux ports pour le commerce international de l’hydrogène, dans l’espoir d’alimenter la propre industrie belge ainsi que l’arrière-pays européen.

« La fusion prochaine entre le port d’Anvers et celui de Zeebrugge donnera au nouveau port une position de premier plan en tant que centre d’importation de molécules d’hydrogène vertes », a déclaré Jacques Vandermeiren, PDG du port d’Anvers, dans un clip diffusé lors de l’événement organisé par le port dans le cadre de la COP26, jeudi 4 octobre.

Avec son important potentiel solaire et éolien off-shore, le Chili fait partie des pays qui devraient exporter de grands volumes d’hydrogène renouvelable.

« L’hydrogène vert est le meilleur moyen d’exploiter ces ressources et de les partager avec le monde », a expliqué Juan Carlos Jobet, ministre chilien de l’énergie, qui s’est exprimé lors de l’événement.

Pourtant, de nombreux défis restent à relever : moins de 30 % de l’électricité produite au Chili est renouvelable, selon le dernier rapport mensuel de la commission chilienne de l’énergie, la CNE, qui chiffre la part des énergies renouvelables à 25,7 % de la production.

Pour rendre possible le commerce international de l’hydrogène, « les infrastructures, les ports et la logistique sont essentiels », a expliqué M. Jobet. L’accord entre le Chili et Anvers est un premier pas « pour mettre en place la bonne politique, construire un réseau d’accords de collaboration et laisser le secteur privé opérer », a-t-il ajouté.

Les problèmes de sécurité, un véritable obstacle pour la filière de l’hydrogène

La grande inflammabilité de l’hydrogène a incité les députés européens à veiller à ce que les problèmes de sécurité potentiels n’entravent pas l’adoption de ce vecteur énergétique plutôt récent sur le marché.

Les experts sont toujours divisés sur la question de savoir si l’hydrogène peut être transporté d’un continent à l’autre tout en restant compétitif en termes de coûts.

L’hydrogène est « plus difficile à stocker et à transporter que le GNL » et « la plupart des pays peuvent produire localement suffisamment d’hydrogène bon marché », a expliqué Gniewomir Flis, expert en hydrogène au sein du groupe de réflexion Agora Energiewende.

Projets entre les Émirats arabes unis et l’Allemagne

Le commerce de l’hydrogène ne manque pas d’intérêt. Jeudi également, les Émirats arabes unis (EAU) ont présenté leur « Hydrogen Leadership Roadmap », qui vise une part de 25 % du marché mondial de l’hydrogène d’ici à 2030.

Les EAU « se concentrent sur le Japon, la Corée du Sud et l’Inde », a expliqué Nawal Al-Hosany, représentante permanente des EAU auprès de l’agence internationale pour les énergies renouvelables (IRENA), qui s’est exprimée au pavillon allemand de la COP26 le 4 novembre.

Mais aucun autre pays n’a fait autant de charme aux Émirats que l’Allemagne.

L’année dernière, Siemens a construit à Dubaï la première installation d’hydrogène solaire du Moyen-Orient. Une étude conjointe émiratie-allemande sur le rôle de l’hydrogène dans la transition énergétique a ensuite été publiée en janvier et un un groupe de travail conjoint visant à renforcer la coopération en matière d’hydrogène vert entre les deux pays a été annoncée le 4 novembre.

« Les Émirats arabes unis ont un grand potentiel en matière d’énergies renouvelables et sont donc un très bon partenaire pour la coopération dans le domaine de l’hydrogène et des technologies liées à l’hydrogène », a expliqué Andreas Feicht, secrétaire d’État du ministère allemand de l’économie et de l’énergie, qui s’est exprimé lors de la cérémonie de signature.

Pour l’Allemagne, gourmande en énergie, la promotion d’une économie internationale de l’hydrogène ne consiste pas seulement à garantir l’accès à des vecteurs énergétiques et à des matières premières neutres en carbone, mais aussi à devenir un acteur clé de la chaîne d’approvisionnement mondiale émergente en hydrogène.

« Les entreprises allemandes et européennes sont parfaitement positionnées pour produire des composants clés pour les chaînes de valeur d’une économie de l’hydrogène », a déclaré Veronika Grimm, économiste au conseil allemand de l’hydrogène. Il s’agit par exemple de « véhicules, de solutions de transport, d’électrolyseurs et de piles à combustible », a-t-elle déclaré à EURACTIV.

Les scientifiques mettent en garde contre l'effet des fuites d'hydrogène sur le réchauffement climatique

Les scientifiques ont averti que l’hydrogène pourrait contribuer « indirectement » à l’effet de serre lorsqu’il y a fuite et que le gaz et interagit avec le méthane présent dans l’atmosphère.

L’Allemagne a de grandes ambitions en ce qui concerne le commerce de l’hydrogène. En mai de cette année, elle a lancé l’ambitieuse initiative H2Global, soutenue par un financement de 900 millions d’euros.

« Notre objectif est de promouvoir une montée en puissance rapide du marché de l’hydrogène vert et de ses produits en aval », a déclaré Peter Altmaier, ministre allemand de l’économie et de l’énergie.

L’initiative H2Global vise à garantir la stabilité des prix à long terme pour le marché naissant de l’hydrogène. Grâce à un contrat dit de différence, les acheteurs ont la garantie d’un approvisionnement en hydrogène à faible coût, même si les coûts de production restent élevés.

À l’aide d’un système d’enchères, « le fournisseur le moins cher et le plus économique obtiendra le contrat et se verra attribuer des achats garantis sur 10 ans » via un intermédiaire appelé HINT.CO, a expliqué Markus Exenberger, directeur de H2Global.

La « Hydrogen Intermediary Network Company » (HINT.CO), fondée le 5 novembre à Leipzig, en Saxe, est l’instrument dont dispose H2Global pour combler l’écart de prix, en mettant en relation les producteurs d’hydrogène les moins chers avec les acheteurs les plus rémunérateurs.

« Dans le meilleur des cas, dans dix ans, il n’y aura plus d’écart de prix et HINT.CO n’aura plus de raison d’exister », a déclaré M. Exenberger.

 

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