Incertitudes sur les objectifs en efficacité énergétique pour 2020

European Commissioner for Energy Günther Oettinger with Climate Commissioner Connie Hedegaard

European Commissioner for Energy Günther Oettinger with Climate Commissioner Connie Hedegaard

EXCLUSIF / Les États membres devront faire des efforts supplémentaires pour atteindre les objectifs de 20 % en matière d’efficacité énergétique. La Commission a également réduit considérablement l’objectif à l’horizon 2030 dans sa dernière proposition.

Les objectifs européens de 20 % en matière d’efficacité énergétique semblent hors de portée. À la suite d’analyse des mesures entreprises par des États membres, la Commission européenne a estimé que l’UE sera 1 à 2 % en dessous de l’objectif fixé à l’horizon 2020.

La Commission a néanmoins écrit que, si tous les États membres s’attelaient avec la même ardeur à mettre en place l’ensemble de la législation convenue, alors l’objectif des 20 % serait atteint sans devoir prendre de mesures supplémentaires ».

Les États membres pourraient par exemple mieux informer les consommateurs sur la performance énergétique des bâtiments à vendre ou à louer. Les fournisseurs seraient ainsi contraints de collaborer avec leurs clients afin de générer des économies d’énergie et renforcer la surveillance du marché et l’efficacité énergétique des produits.

L’efficacité énergétique a un rôle fondamental à jouer en vue de renforcer la compétitivité de l’Europe, selon la Commission. Alors que l’énergie alimente l’économie, la future croissance doit avoir recours à moins d’énergie à un meilleur prix. L’exécutif européen estime pouvoir mettre en place ce nouveau paradigme.

Moins d’ambition que prévu pour 2030

La Commission avait proposé un objectif d’efficacité énergétique de 40 % à l’horizon 2030. Elle espère ainsi stimuler l’économie européenne de 4 % par an et augmenter le taux d’emploi de 3,15 % par an. En outre, cet objectif permettrait de réduire la consommation d’énergies fossiles jusqu’à 505 milliards d’euros par an.

Mais les ambitions de la communication que la Commission présentera le 23 juillet pourraient être revues à la baisse. Des sources ont expliqué à EURACTIV que la Commission envisageait un objectif de 27 ou 28 % dans la proposition définitive, très en deça des 40 % annoncés précédemment.

>> Lire aussi : Bisbilles à la Commission sur l’efficacité énergétique

La question est de savoir si l’objectif sera contraignant ou pas. Le commissaire en charge de l’énergie, Günther Oettinger, a appelé à une proposition juridiquement contraignante afin de réduire la consommation d’énergie d’ici 2030. Objectif : réduire la dépendance de l’Europe vis-à-vis de la Russie en pétrole de 33 % et en gaz de 39 %. José Manuel Barroso, et Connie Hedegaard, la commissaire en charge de l’action pour le climat, avaient soutenu cet appel dans une lettre adressée à Günther Oettinger.

>> Lire aussi : L’Allemagne pousse l’efficacité énergétique pour le paquet Climat 2030

Les deux hauts fonctionnaires se sont exprimés en faveur d’un « objectif contraignant » en soulignant que « nous ne pouvons pas nous permettre de rater cette occasion ». L’Allemagne, la Belgique, le Danemark, la Grèce, l’Irlande, le Luxembourg et le Portugal ont également signé cette lettre datant du 17 juin.

Le Royaume-Uni et certains États d’Europe orientale ne sont toutefois pas aussi enthousiastes que la Commission. Ils estiment qu’un objectif plus ambitieux ralentirait la croissance économique.

Un représentant du département britannique sur le changement climatique a récemment déclaré que le Royaume-Uni n’accepterait pas un objectif contraignant en efficacité énergétique « étant donné qu’il pourrait contraindre les États membres à mettre en place des mesures qui ne seront pas rentables et auront des conséquences négatives sur le prix du carbone. »

Franziska Achterberg, directrice en politique énergétique du bureau européen de Greenpeace, a déclaré : « Si ces [objectifs pour 2030] aboutissent, la Commission rendrait un très mauvais service aux Européens, aux entreprises et à l'environnement. Plus d'efficacité énergétique, c'est plus d'emplois, une facture énergétique moins salée et une moins grande dépendance en importations d'énergies fossiles venant de Russie ou d'ailleurs. Même le prochain président de la Commission, Jean-Claude Juncker, ne s'est pas montré assez ambitieux dans son soutien vis-à-vis d'un objectif plus ambitieux en efficacité énergétique pour 2030. » Jean-Claude Juncker a déclaré lors d'une audition au Parlement européen la semaine dernière qu'il espérait que la consommation d'énergie dans l'UE soit revue à la baisse de 30 %.

L'Europe cherche à réduire sa consommation d'énergie primaire de 20 % d'ici 2020, un objectif qui n'est pas juridiquement contraignant.

La directive sur l'efficacité énergétique a été proposée par la Commission européenne en 2011 dans le but d'atteindre cet objectif. Selon les estimations de la Commission, l'objectif de 20 % ne sera pas atteint à moins que l'UE ne redouble d'efforts en faveur des économies d'énergie.

La Commission européenne proposait dans cette directive des mesures individuelles pour chacun des secteurs qui pourraient intervenir dans la réduction de la consommation d'énergie. L'obligation pour les entreprises énergétiques de réduire de 1,5 % par an leur approvisionnement d'énergie aux consommateurs était particulièrement controversée.

  • Sept. 2014 : examen des progrès en vue d'atteindre des objectifs sur l'efficacité énergétique en 2020
  • Oct. 2014 : le Conseil européen prendra une décision sur les objectifs en matière d'énergie et de climat pour 2030
  • 2016 : la Commission européenne révisera la directive
  • 2020 : date butoir pour que les États membres respectent l'objectif volontaire de 20 % d'efficacité énergétique

Subscribe to our newsletters

Subscribe

Envie de savoir ce qu'il se passe ailleurs en Europe? Souscrivez maintenant à The Capitals.