L’efficacité énergétique des bâtiments au cœur des débats pour 2030

infrared.jpg

Les défenseurs de l’environnement craignent que l’unité Efficacité énergétique de la Commission ne fasse la part belle aux entreprises. La question des bâtiments monopolise l'attention, ce qui pourrait éclipser les mesures sur l’industrie, les transports et l’énergie.

La Commission européenne va publier cette année une communication sur des objectifs contraignants en matière d'efficacité énergétique, d'énergies renouvelables et d'émissions de gaz à effet de serre à l'horizon 2030. Et le débat s'intensifie.

Une nouvelle étude de l'Institut Frauhofer révèle qu'une hausse de 41 % des économies d'énergie d'ici 2030 serait avantageuse sur le plan économique. Elle permettrait de réduire les émissions de CO2 jusqu'à 61 %.

Herman Van Rompuy, le président du Conseil européen, a prononcé un message vidéo surprenant. Il a déclaré que les rénovations des bâtiments pourraient créer deux millions d'emplois d'ici 2030.

Paul Hodson, chef de l'unité Efficacité énergétique, s’est exprimé lors de la conférence Eurogas le 9 octobre. Selon lui, l'UE s'est engagée à une décarbonisation totale d'ici 2050. En d’autres termes, une réduction de 80 % minimum des émissions de CO2 par rapport au niveau de 1990. Il a plaidé en faveur d’un nouveau renforcement des mesures d'efficacité énergétique des bâtiments.

Les intérêts allemands

La proposition du haut fonctionnaire européen pourrait faire ciller les écologistes. Selon certains, l’Allemagne a incité l'UE à attacher plus d’importance à l'efficacité énergétique qu’aux secteurs de l’industrie et du transport dans les modèles de prévisions pour 2030.

Brook Riley, expert énergétique pour Les Amis de la Terre Europe, a indiqué sur un blog que l'industrie lourde allemande et les intérêts des constructeurs automobiles avaient influencé la DG Énergie. Selon lui, cette dernière a accepté de « minimiser délibérément le potentiel des économies d'énergie de leurs secteurs » dans ces modèles.

Le membre de l’ONG prétend que le commissaire européen à l’énergie, Günther Oettinger, préconise en coulisse des objectifs pour les bâtiments et l'intensité énergétique (mesure de l’efficacité énergétique d’une économie). Une position apparemment défendue par des entreprises allemandes comme Bayer et BASF.

« Un objectif sur l'intensité énergétique […] n'impose aucune réduction de la consommation d'énergie des industries. Les entreprises le font de toute façon. Günther Oettinger plaide en faveur d’un objectif pour les bâtiments. Même si c'est une bonne chose, l'industrie ainsi que les secteurs des transports et de l'énergie doivent agir davantage », explique à EURACTIV Brook Riley.

Le contenu pourrait changer de mois en mois et l'unité de la Commission se sent contrainte de respecter la date butoir pour la révision de la directive sur l'efficacité énergétique et les objectifs pour 2020 : juin 2014. Une raison valable pour reporter toute décision sur les objectifs d'efficacité énergétique, selon le commissaire Oettinger.

Renforcer les règles sur les bâtiments

L'unité Efficacité énergétique de l'UE serait responsable de la concentration des mesures autour de l’efficacité énergétique, car elle est à l’origine de certains modèles de prévision de l'UE pour 2030.

« Nous pensons qu'il est possible de trouver un résultat équilibré » entre les objectifs d’émissions de CO2 et ceux de l’industrie, indique Paul Hodson. « Nous devons défendre [ces objectifs] et le paquet [énergie-climat] 2030 en fait partie. »

Le haut fonctionnaire européen a expliqué lors de la conférence que les obligations existantes pour la rénovation des bâtiments du secteur public devraient être renforcées avant 2020 : « Nous avons assez bien renforcé la partie de nos politiques relative aux appareils au cours des dernières années, mais nous devrons renforcer [aussi les règles sur] les bâtiments dans lesquels ils se trouvent, ainsi que les systèmes industriels. »

Les défenseurs de l'efficacité énergétique salueraient tout mouvement dans cette direction, car le secteur des bâtiments est responsable d'environ 40 % des émissions de CO2 de la consommation finale en Europe.

Si les prévisions pour 2030 se concentrent trop sur des économies dans le secteur de la construction, elles pourraient exclure un objectif global d'économies d'énergie, affirme Brook Riley.

Brook Riley a fait état d’une « rumeur » confirmée par les plus hautes sphères de la Commission à Euractiv. L'unité Politique énergétique de la Commission plaiderait également en faveur d'une concentration des économies d'énergie dans les bâtiments, plutôt que dans les secteurs du transport, de la production d'énergie ou de l'industrie.

Industrie vs ONG

La théorie de l'expert des Amis de la Terre a divisé l'industrie et les ONG de la communauté de l'efficacité énergétique habituellement très unie. Cette dernière a peiné à faire entendre ses arguments en faveur d'une poursuite des objectifs mondiaux d'économie d'énergie jusqu’en 2030.

« Les bâtiments sont un domaine important et à juste titre. [Les économies provenant des] bâtiments sont tout simplement plus importantes et peuvent être obtenues plus rapidement. Le secteur est au centre de l’attention pour le moment, car le marché commence à se rendre compte qu’il s'agit d'un bon investissement. Vous pouvez enregistrer d'énormes rendements si vous agissez rapidement », explique à EURACTIV un défenseur de l'efficacité énergétique des bâtiments. Il indique cependant que cela ne devrait pas servir d'excuse pour ignorer les économies d'énergie dans l'industrie et le secteur du transport.

« Il s'agit en réalité d'un pas dans la bonne direction, qui générera des fonds, de l'emploi et de la croissance », révèle une source du monde entrepreneurial.

Une autre personne proéminente dans la communauté de l'efficacité énergétique explique à Euractiv que le message de M. Riley est « probablement correct », mais que son style est « particulier ».

« On ne porte tout simplement pas assez d’attention à l'efficacité énergétique, et quand c'est le cas, de fausses hypothèses font leur apparition et le potentiel est sous-estimé afin de réduire son caractère attrayant », explique-t-il. « Dans son équation, l'UE ne prend pas en compte les avantages de l'efficacité énergétique, elle regarde simplement les coûts. »

Le livre vert de l'UE sur le cadre des politiques énergétique et climatique à l'horizon 2030 mentionne un objectif éventuel de réduction de 40 % des émissions de gaz à effet de serre. Il ne ferme pas la porte à la réalisation d'un objectif de 30 % d'énergies renouvelables d'ici 2030.

La consultation laisse toutefois penser que les progrès dans le nouvel objectif d'économies d'énergie pourraient être reportés après une révision l'année prochaine des avancées dans le respect de l'objectif de l'UE pour 2020. Il est cependant reconnu que cette cible n'est pas contraignante et qu'elle ne sera probablement pas atteinte.

L'UE dispose actuellement de trois objectifs climatiques afin de réduire de 20 % les émissions de CO2 sur le continent et d'atteindre 20 % d'énergies renouvelables et d'efficacité énergétique d'ici 2020. Le dernier objectif sera rempli grâce à différentes méthodes.

  • D'ici la fin 2013 : une communication de l'UE relative aux objectifs en 2030 devrait être publiée
  • 2014 : examen des progrès en vue d'atteindre des objectifs sur l'efficacité énergétique en 2020
  • Mai 2014 : les États membres de l'UE doivent préparer des programmes pour que leurs entreprises énergétiques réalisent 1,5 % d'économies d'énergie par an
  • 2014, 2016 : la Commission européenne révisera la directive
  • 2020 : date butoir pour que les États membres respectent l'objectif volontaire de 20 % d'efficacité énergétique

Subscribe to our newsletters

Subscribe

Envie de savoir ce qu'il se passe ailleurs en Europe? Souscrivez maintenant à The Capitals.