L’industrie européenne des biocarburants perd du terrain face aux États-Unis

biofuels_01.jpg

Sans réglementation plus efficace et signaux politiques clairs, l’Europe risque de perdre du terrain face aux États-Unis sur le marché en expansion des biocarburants avancés, ont indiqué des membres influents de l’industrie.

 

« Le Brésil, la Chine et les États-Unis avancent à grande vitesse et l'Europe s'efforce de résoudre plusieurs problèmes », a déclaré Steen Riisgaard, le directeur général de Novozymes, une entreprise danoise qui produit des catalyses enzymatiques pour la production de biocarburants. « Dans le même temps, nous allons bien sûr nous rendre où se trouvent les consommateurs ».

 

Les biocarburants de « seconde génération » ou « avancés » sont obtenus à partir de substances à faible dette de carbone telles que les résidus forestiers et de culture, les déchets et les algues. Par contre, les biocarburants de première génération comme le biodiesel peuvent émettre plus de dioxyde de carbone que les carburants fossiles lorsque les facteurs d'utilisation des terres sont pris en compte, selon une étude de l'UE.

 

Des rapports environnementaux prévoient que les forêts de marécages tourbeux de la Malaisie pourraient être détruites d'ici la fin de la décennie en raison de la culture de l'huile de palme, qui peut être utilisée dans la fabrication du biodiesel. L'industrie européenne des biocarburants apporte toutefois son soutien à toutes les générations d'agrocarburants.

 

M. Riisgaard a expliqué que la première vague des biocarburants, principalement l'éthanol à base de maïs, se répandait rapidement aux États-Unis en raison d'un « cadre réglementaire très efficace ». Il a indiqué que des mauvaises décisions politiques de l'exécutif européen se traduisaient par un ralentissement des investissements dans un secteur qui a déjà créé environ 600 000 emplois dans les régions rurales d'Amérique, selon des données de l'entreprise.

 

« En ce moment précis, nos clients, les personnes qui devraient produire du bioéthanol de seconde génération dans les usines, attendent des signaux politiques clairs de la part de l'Europe », a-t-il ajouté.

 

Plus tôt cette année, Novozymes a ouvert la plus grande usine mondiale de production d'enzymes dédiés aux biocarburants dans le Nebraska, d'une valeur de 161 millions d'euros. En août, l'entreprise a également annoncé un partenariat de 78 millions d'euros avec le ministère américain de l'agriculture et Chemtex, l'entreprise d'ingénierie italienne, afin de construire une nouvelle usine de biocarburants avancés en Caroline du Nord.

 

En Europe, une seule usine importante de biocarburants de seconde génération est en construction. Il s'agit d'une usine de production d'éthanol cellulosique de Beta Renewables, située à Crescentino, en Italie. L'entreprise de bioénergie espère que la construction sera terminée d'ici la fin de l'année 2012.

 

« En Europe, ils ne vont pas au-delà de l'usine pilote », a déclaré Rob Vierhout, le secrétaire général d'ePure, une association européenne représentant le secteur du bioéthanol. Il a indiqué à EURACTIV qu'il ne connaissait aucun producteur dont la production est importante d'un point de vue commercial.

 

Volte-face pour les biocarburants

 

M. Vierhout estime que les décisions politiques de la Commission européenne ont entravé la croissance industrielle.

 

Il y a quatre ans, l'exécutif européen avait encouragé les investissements dans les biocarburants de première génération, dans le seul but de proposer des limites d'utilisation à la suite d'une étude des effets de ces biocarburants sur l'utilisation des terres.

 

En octobre, la Commission a proposé un plafond de 5 % sur la quantité de carburants d’origine agricole utilisés dans le secteur des transports en 2020. La fin des subventions publiques après 2020 a également été proposée, sauf si les producteurs apportent la preuve d'une « réduction substantielle des émissions de gaz à effet de serre ».

 

« Les États-Unis disposent d'un système bien plus efficace », a déclaré M. Vierhout à EURACTIV, « ils y ont bien réfléchi ».

 

M. Riisgaard a convenu que les volte-face politiques avaient créé un « environnement instable » en Europe. Les investisseurs craignent de financer des projets sans assurances solides à l'échelle gouvernementale.

 

Lorsqu'on lui a demandé si son entreprise avait remarqué une augmentation des investissements depuis les propositions, il a répondu : « Non, pas du tout. »

 

Croissance des biocarburants américains

 

Alors que la production européenne de biocarburants est confrontée à des obstacles réglementaires, elle s'est fortement intensifiée aux États-Unis.

 

Un rapport de l'Energy Information Administration publié le mois dernier révèle que l'année dernière, le bioéthanol représentait quelque 10 % de la consommation d'essence aux États-Unis, une augmentation de 1 % par rapport à 2011. La production américaine d'éthanol était onze fois supérieure à celle de l'Europe l'année dernière, selon un rapport de la Renewables Fuel Association.

 

Au début de l'année 2012, le gouvernement américain a abandonné le crédit d'impôt fédéral pour l'éthanol, instauré il y a 30 ans.

 

Washington soutient cependant toujours l'industrie en garantissant, par exemple, des emprunts contractés pour investir dans des carburants renouvelables avancés. « Au cas où les choses tourneraient mal, le gouvernement garantit que l'emprunt contracté sera remboursé », a déclaré M. Vierhout. « Il s'agit d'un immense mécanisme de soutien. Le gouvernement se porte garant de vous. »

 

Le groupe de travail Biofuels Interagency Working Group a en outre proposé des idées concernant la politique afin d'accroître les investissements dans les biocarburants avancés tels que le bioéthanol lignocellulosique et de réduire l'empreinte environnementale des biocarburants d’origine agricole, principalement l'éthanol à base de maïs, produit abondamment dans la « ceinture du maïs » des États-Unis.

 

M. Riisgaard a reconnu que ces mesures politiques d'une décennie fournissent seulement le genre de signaux à long terme que les investisseurs apprécient.

 

« Aux États-Unis, il existe un renforcement du mandat visant à inclure le carburant à l'éthanol à base de maïs. Il a été précisé qu'il serait étendu aux quinze prochaines années », a-t-il ajouté.

 

Quadruple comptage

 

M. Riisgaard était toutefois satisfait que les dernières propositions de la Commission favorisaient au moins le développement des biocarburants de seconde génération.

 

« Le problème tel que nous le voyons, c'est [que] l'instrument politique dont ils ont convenu, ce quadruple comptage ne fonctionnera pas selon nous », a-t-il déclaré.

 

Actuellement, la directive relative aux énergies renouvelables « compte doublement » la contribution des biocarburants de seconde génération aux objectifs d'énergie renouvelable des États membres, ce qui permet aux États de les soutenir.

 

Les propositions du mois d'octobre ont de nouveau doublé cette contribution de sorte que les biocarburants seront comptabilisés quatre fois. Alors que l'UE a demandé aux États membres de produire 10 % de leurs carburants pour le transport à partir de ressources renouvelables d'ici 2020, Bruxelles estime que cela favorisera les carburants de seconde génération.

 

Dans des commentaires envoyés par courriel, Marlene Holzner, la porte-parole de la Commission européenne en charge de l'énergie, a déclaré à EURACTIV que l'exécutif européen ne considérait pas tous les biocarburants de seconde génération de la même manière. « Certains sont plus chers (moins évolués) et d'autres plus durables », a-t-elle affirmé, ajoutant : « Certains sont donc rendus plus attrayants et [peuvent] être comptabilisés plusieurs fois afin [d'atteindre] l'objectif de 10 %. »

 

Rob Vierhout a toutefois souligné que cette situation était problématique parce le double ou quadruple comptage n'était pas compris dans la directive sur la qualité des carburants, qui met principalement l'accent sur les émissions de gaz à effet de serre.

 

« Je n'ai entendu personne dire que c'était un instrument efficace », a-t-il indiqué. Il a ajouté que les compagnies pétrolières n’investiraient pas dans des carburants plus durables si elles pouvaient obtenir des biocarburants de première génération moins chers.

 

« Le double comptage est en place depuis plusieurs années et il n'a rien changé du tout », a déclaré Steen Riisgaard.

 

Interrogée sur les différences entre les politiques des États-Unis et d’Europe, Mme Holzner a déclaré : « Si l'on compare les incitations pour les biocarburants de seconde génération aux États-Unis et en Europe, elles semblent identiques. La différence principale est que le programme américain s'étend jusqu'en 2022 plutôt que 2020, et que les volumes exigés sont plus importants aux États-Unis. »

 

L'Energy Independence and Security Act (2007) des États-Unis a augmenté le volume de carburants renouvelables qui doivent être intégrés aux carburants de transport. Il équivalait à 9 milliards de gallons (35 milliards de litres) en 2008 et atteindra 36 milliards de gallons (140 milliards de litres) d'ici 2020.

Contexte

 

La dernière proposition de la Commission européenne, qui amendera la directive sur les biocarburants et celle sur la qualité des carburants, comprend des mesures qui visent à empêcher l'UE d'inciter le déplacement continu des cultures alimentaires destinées à produire du carburant.

 

Ces mesures comprennent : un plafond de 5 % sur la quantité de biocarburants présente dans les transports dans l'UE en 2020 ; la fin des subventions publiques pour les biocarburants après 2020 sauf s'ils contribuent à une « réduction substantielle des émissions de gaz à effet de serre » ; la multiplication par quatre des crédits pour les biocarburants de seconde génération afin d'inciter la production ; une réduction de 60 % des émissions de gaz à effet de serre qui s'appliquera aux nouvelles installations qui produisent des biocarburants à partir du 1er juillet 2014 ; une révision des preuves politiques et scientifiques du CASI, qui aura lieu en 2017.

 

L'UE a toutefois fait marche arrière par rapport à ses propositions initiales d'introduction d'un comptage obligatoire pour les émissions indirectes de gaz à effet de serre des biocarburants spécifiques d’origine alimentaire dans le cadre de la directive sur la qualité des carburants.

 

En conséquence, les biocarburants de première génération peuvent toujours être pris en compte pour que l'UE atteigne un objectif distinct de réduction de 6 % des biocarburants et des émissions de gaz à effet de serre. Des données de l'UE divulguées corroborent toutefois l'affirmation de Connie Hedegaard selon laquelle certains biocarburants pourraient émettre indirectement plus de gaz à effet de serre que les carburants fossiles.

Prochaines étapes

  • 1er juillet 2014 : Les nouvelles installations de production de biocarburants doivent atteindre le seuil de 60 % de réduction des émissions de gaz à effet de serre.
  • 1er déc. 2017 : Les installations de production de biocarburants opérationnelles avant le 1er juillet 2014 doivent atteindre le seuil de 35 % de réduction des émissions de gaz à effet de serre.
  • 31 déc. 2017 : La Commission soumettra une révision des preuves politiques et scientifiques du CASI au Parlement européen et au Conseil
  • 1er janv. 2018 : Les installations de production de biocarburants opérationnelles avant le 1er juillet 2014 doivent atteindre le seuil de 50 % de réduction des émissions de gaz à effet de serre.
  • 1er janv. 2020 : Date butoir pour que 10 % des carburants de transport de l'UE proviennent des énergies renouvelables.
  • 2020 : La Commission européenne ne soutiendra pas d'autres subventions pour les biocarburants sauf s'ils contribuent à une « réduction substantielle des émissions de gaz à effet de serre »

Plus d'information

Subscribe to our newsletters

Subscribe

Envie de savoir ce qu'il se passe ailleurs en Europe? Souscrivez maintenant à The Capitals.