L’industrie européenne gagne en compétitivité grâce aux énergies renouvelables

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EXCLUSIF / L'industrie européenne a conservé sa position sur le marché mondial grâce à des niveaux d'intensité énergétique relativement bas et à la haute pénétration des énergies renouvelables, révèle un document de la Commission consulté par EURACTIV.

Les énergies renouvelables « contribuent à réduire les coûts d'importations des carburants et à améliorer la balance commerciale de l'énergie » affirme un rapport de la direction générale des affaires économiques et financières (DG ECFIN), qui vient d’être publié dans le cadre de la présentation de paquet énergie-climat 2030.

Selon la Commission, l’électricité provenant d’énergies renouvelables, comme l'éolien et le solaire, présente des opportunités pour les industries et le commerce et « contribuent à réduire [la] dépendance énergétique » dans l’Union européenne.

En 2010,  les énergies renouvelables ont permis d'économiser 30 milliards d'euros sur l'importation d'énergie, même si ce montant était « encore trop bas », selon le rapport qui met en évidence la nécessité de développer davantage les énergies renouvelables.

Pour Josche Muthn, le secrétaire général du Conseil européen des énergies renouvelables, une association professionnelle, il existe des contradictions entre ces analyses élogieuses et les annonces politiques peu ambitieuses du paquet énergie-climat 2030.

« Un objectif contraignant et ambitieux en matière d'énergies renouvelables pour les États membres permettrait une diminution des coûts pour les entreprises énergivores, des importations des énergies fossiles et la création d'emplois […] Malgré tout, nous allons dans la direction opposée », a conclu Josche Muth.

Le paquet énergie-climat, publié le 22 janvier, fixe à 27 % la part des énergies renouvelables dans le mix énergétique européen d'ici 2030. Les États membres ne seront toutefois pas contraints d'appliquer ces règles.

La proposition semble en désaccord avec une évaluation d'impact du paquet 2030, qui pointe que des objectifs ambitieux en matière d'énergies renouvelables pourraient créer 500 000 emplois en Europe.

Prix de l'énergie

Un autre document sur les coûts de l'énergie préparé par la DG énergie, publié aujourd'hui, souligne que le prix de l'électricité dans le secteur de l'industrie en Europe est deux fois plus élevé qu'aux États-Unis et 20 % plus élevé qu'en Chine. Ces proportions ne font d'ailleurs que s'amplifier.

Selon le document, le soutien aux énergies renouvelables fait grimper la facture d'électricité de 7,2 % pour l'industrie et 5,4 % pour les ménages européens.

Cependant, la DG énergie estime que la forte dépendance de l'Europe en importations d'énergie demeure la principale influence sur les prix de l'électricité. En effet, le Vieux Continent importait 54 % de son énergie en 2011. L'indexation des prix de la plupart des contrats gaziers sur les prix du pétrole jouent également un rôle important.

« La moitié de l'approvisionnement en gaz naturel dans l'UE est toujours indexé par rapport au [prix du] pétrole », peut-on lire dans le rapport.

Les importations d'énergies fossiles restent le principal moteur de la hausse des prix de l'énergie, mais leurs prix élevés incitent dans une certaine mesure à améliorer l'efficacité énergétique en Europe.

« Dans un contexte mondial, le secteur manufacturier de l'UE enregistre de faibles coûts énergétiques par rapport à sa production et de valeur ajoutée », indique le document. « Ce résultat positif s'explique largement par la faible intensité énergétique du secteur. Le secteur manufacturier de l'UE a jusqu'à présent paré à la hausse des prix de l'énergie en améliorant durablement l'efficacité énergétique […]. »

L'efficacité énergétique en pause

L'expansion spectaculaire de la production de gaz de schiste aux États-Unis a réduit la balance commerciale énergétique entre l'UE et les États-Unis en termes de PIB. 

Les auteurs du document préviennent que les prix élevés de l'énergie pour les industries européennes devraient rester une préoccupation politique étant donné que « les améliorations en matière d'efficacité énergétique pourraient ralentir dans l'UE et s'accélérer aux États-Unis en raison de solutions à bas coûts […]. »

Claudes Turmes, eurodéputé luxembourgeois vert, qui a contribué à la rédaction de certaines lois européennes sur l'énergie, trouve la situation ironique.  « Il n'existe aucun lien entre les analyses de la Commission et les politiques en matière d'efficacité énergétique et d'énergies renouvelables qui seront annoncées aujourd'hui », a-t-il indiqué. « Le [cadre] de la directive sur l'efficacité énergétique ne fait même pas l'objet d'une analyse dans le document. »

Ingrid Holmes, directrice associée de l'ONG écologiste E3G, abonde également dans ce sens. « L'analyse de la Commission montre que la mise en avant de l'efficacité énergétique constitue la meilleure manière de protéger l'industrie énergivore contre la hausse des prix. […] Je me demande pourquoi la Commission n'est pas parvenue à refléter [ce facteur] dans sa communication. » Le manque d'ambition en matière d'efficacité énergétique ne permettra pas de découpler les bénéfices des prix de l'énergie, ajoute-t-elle.

Prix du carbone

La hausse des prix du carbone pourrait également constituer une autre solution. La DG Ecfin révèle cependant dans son document que cette possibilité « n'a pas d'impact significatif sur les prix de l'électricité à la vente au détail ». 

Une autre étude de l'Association européenne de l'aluminium (EAA), publiée en novembre dernier, révélait qu'une « partie significative de la hausse [des prix de l'énergie] provient des règles européennes sur le climat et l'énergie ainsi que de la mise en place des objectifs européens au plan national ».

Selon l'EAA, le marché européen de l'électricité connaît des prix non compétitifs et des « pertes de production massives » en raison de la fuite du carbone, soit la délocalisation des entreprises dans des régions où les règles environnementales sont moins contraignantes.

Un rapport de l'UE indique toutefois que le prix du carbone, actuellement de 5 euros la tonne, est beaucoup trop bas pour atteindre les effets escomptés.

Le prix du carbone ne permet pas de faire prendre conscience aux consommateurs de leur comportement. Il ne les stimule pas non plus les investissements dans les technologies de production d'énergie propre, indique ce document.

Le document de consultation de la Commission européenne (livre vert) sur le cadre des politiques énergétique et climatique à l'horizon 2030 mentionne un objectif éventuel de réduction de 40 % des émissions de gaz à effet de serre. Il ne ferme pas la porte à la réalisation d'un objectif de 30 % d'énergies renouvelables d'ici 2030.

La consultation laisse toutefois penser que les progrès dans le nouvel objectif d'économies d'énergie pourraient être reportés après une révision l'année prochaine des avancées dans le respect de l'objectif de l'UE pour 2020. Il est cependant reconnu que cette cible n'est pas contraignante et qu'elle ne sera probablement pas atteinte.

L'UE dispose actuellement de trois projets climatiques afin de réduire de 20 % les émissions de CO2 sur le continent et d'atteindre 20 % d'énergies renouvelables et d'efficacité énergétique d'ici 2020. Le dernier objectif sera rempli grâce à différentes méthodes.

  • Février 2014 : les eurodéputés exprimeront leurs points de vue sur les objectifs à l'horizon 2030 en séance plénière
  • Mars 2014 : le Conseil de l'UE discutera des thèmes relatifs au climat et à l'énergie
  • Mai 2014 : élections du Parlement européen
  • Mai 2014 : les États membres de l'UE doivent préparer des programmes pour que leurs entreprises énergétiques réalisent 1,5 % d'économies d'énergie par an
  • Juin 2014 : examen des progrès en vue d'atteindre des objectifs sur l'efficacité énergétique en 2020
  • Juin 2014 : le Conseil de l'UE discutera des thèmes relatifs au climat et à l'énergie
  • 2020 : date butoir pour respecter les objectifs contraignants 20-20-20

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