L’Irlande n’atteindra pas ses objectifs d’efficacité énergétique selon une étude

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Une étude révèle que l’Irlande devra redoubler d’efforts pour rendre ses habitations plus efficaces sur le plan énergétique ou elle devra se résoudre à payer des amendes à la Commission européenne pour ne pas avoir respecté la directive sur l’efficacité énergétique récemment adoptée. 

 

L’étude financée par l'UE et réalisée dans le cadre du projet Sustainable Energy for the Rural Village Environment (SERVE), basé à Tipperary, soutient que l'Irlande n'atteindra pas l'objectif d'efficacité énergétique de l'UE d'ici 2020.

 

La directive sur l'efficacité énergétique récemment adoptée exigera que l'Irlande introduise des mesures strictes d'économie d'énergie, notamment une obligation pour les entreprises du secteur d'économiser 1,5 % d’énergie par an.

 

D'ici avril 2013, chaque État membre devra soumettre son programme national de mise en oeuvre de la directive. Si les mesures proposées n'atteignent pas l'objectif européen, une économie d'énergie de 20 % d'ici 2020, ces pays devront alors revoir leurs mesures ou payer une amende.

 

Si l'Irlande ne rénove pas 90 000 habitations d'ici 2020, elle devra probablement payer des amendes pour avoir manqué l'objectif, peut-on lire dans ce rapport.

 

Le gouvernement irlandais a déjà indiqué qu'il souhaitait qu'un million d'habitations soient rénovées d'ici 2020, mais cela impliquerait de doubler les 50 000 rénovations annuelles réalisées à l’heure actuelle.

 

« Si le gouvernement n'intervient pas, l'Irlande risque de payer des amendes à l'UE alors que les propriétaires et les entreprises irlandais continueront de perdre des millions d'euros chaque année pour chauffer des bâtiments mal isolés et dont le rendement énergétique est insuffisant », a indiqué Seamus Hoyne, chef du projet SERVE.

 

Trop d'obstacles

 

Toutefois, tentant d’atteindre ses objectifs, le gouvernement irlandais a déjà rencontré quelques obstacles, notamment pour convaincre les propriétaires, a démontré une autre étude.

 

Les chercheurs ont expliqué qu'ils avaient été confrontés à « un ensemble complexe de facteurs sociaux, comportementaux, financiers et macroéconomiques » en étudiant le potentiel de rénovation des habitations irlandaises.

 

Cette étude, Towards a New National Climate Policy, est un rapport intermédiaire du National Economic and Social Council Secretariat, un groupe de réflexion du gouvernement. Elle a été commandée par le ministère irlandais de l'environnement. En décembre 2012, un rapport final sera rédigé sur la transition de l'Irlande vers un avenir moins pollué par le carbone à l'horizon 2050.

 

Voici quelques-uns des principaux défis définis par l'étude :

 

  • les obstacles financiers
  • le fractionnement des incitations (le propriétaire prend des mesures d'efficacité énergétique dans un immeuble et les locataires payent les factures d'électricité)
  • Le manque d’informations
  • les facteurs comportementaux et sociaux

 

Même si des révisions des règlementations sur la construction ont instauré des normes minimales élevées sur le rendement thermique pour les nouvelles habitations, l'expérience montre que la conformité à ces règlementations est loin d'être garantie.

 

De plus, les ressources de l'Irlande en matière d'analyse politique, d'élaboration et de mise en oeuvre des politiques sont limitées, peut-on lire dans ce rapport.

 

Cette étude a toutefois révélé que l'efficacité énergétique des bâtiments présentait indubitablement le plus grand potentiel technique en matière de réduction des émissions.

 

Les émissions du parc immobilier irlandais sont élevées selon les normes internationales, ce qui renforce la marge d'amélioration. Plus précisément, une habitation résidentielle irlandaise moyenne émet 47 % de dioxyde de carbone de plus qu'une habitation résidentielle au Royaume-Uni et 104 % de plus que le niveau des 27 pays membres en 2005.

 

« Le défi principal est de savoir comment parvenir à des investissements généralisés dans l'efficacité énergétique, plus particulièrement dans les ménages, les petites entreprises et le secteur public », peut-on lire dans le rapport du groupe de réflexion du gouvernement.

 

La plupart de ces investissements, principalement ceux dans l'efficacité énergétique, peuvent toutefois s'avérer efficaces pour réduire les coûts de l'énergie et la dépendance vis-à-vis des combustibles fossiles importés, selon le rapport. « Pour ces raisons, il semble que ces investissements devraient être au coeur de la politique irlandaise pour les années et les décennies à venir. »

 

L'analyse indique que l'efficacité énergétique offrirait un potentiel d'ajustement technique sensiblement supérieur à la politique irlandaise actuelle et qu’il s’agirait, en principe, d’une méthode plus rentable. « Les investissements nécessaires ne sont toutefois pas réalisés, pour toute une série de raisons. »

 

Solutions financières

 

Peu de programmes aidant les propriétaires à rénover leurs maisons sont actuellement en place. Le régime de subventions actuel s'attache à fournir des aides pour des mesures individuelles. Une rénovation coûte en moyenne environ 3 000 € par client, ce qui inclut une subvention d'environ un tiers de l'investissement total. Cependant, cet argent vient généralement des économies personnelles des clients et non pas d'un emprunt, précise cette étude.

 

La jouissance des habitations représente également un obstacle majeur. Un tiers des 1,7 millions d'habitations occupées est loué et les factures énergétiques devront être payées par les locataires après la rénovation.

 

Les aides financières en matière de solutions efficaces sur le plan énergétique devraient toutefois devenir une priorité pour le gouvernement irlandais, qui introduira des régimes de paiements « plus justes » en 2014. L'Irlande prévoit d'introduire un régime de paiement en fonction de l'épargne, ce qui garantirait que l'investissement initial soit réalisé par un tiers. Le propriétaire remboursera le prêt dès que les solutions d'efficacité énergétique seront rentables et que les factures d'énergie commenceront à diminuer.

 

Mais les chercheurs de l'étude commandée par le gouvernement suggèrent également d'introduire une taxe foncière pour les coûts de l'énergie lors de l'achat d'une maison. Cette mesure allègerait les contraintes financières liées à l'investissement de départ dans l'efficacité énergétique.

 

D'autres mesures devraient également être prises pour encourager le recours à des sociétés de services énergétiques qui amortissent les coûts et les risques associés, développant le goût des investisseurs pour ce genre de pratique.

 

Le défi est de concevoir un programme qui assouplisse les contraintes autant que possible et qui alimente d'autres politiques, comme celles qui visent à stimuler l'emploi et à réformer le secteur public.

 

« Pour l'Irlande, la meilleure manière d'atteindre les objectifs de 2020 serait de faire reculer son économie, mais cette approche ne serait pas pragmatique et manquerait de dynamisme », peut-on lire dans le rapport.

 

L'analyse portant sur les économies d'énergie de 300 foyers rénovés a révélé que 200 000 euros avaient pu être économisés en termes de consommation d'énergie. Si ces économies pouvaient être réalisées dans tous les foyers irlandais, un milliard d'euros pourrait être économisé chaque année, a expliqué Seamus Hoyne, le responsable par intérim du département des sciences et des médias de L.I.T. Tipperary's Technology.

 

« Avec l'augmentation des prix du carburant, le retour sur investissement sera encore plus important, ce qui fera de l'efficacité énergétique un investissement solide. En outre, les habitations qui ne sont pas bien isolées perdent de l'énergie, mais ne sont pas non plus confortables pour leurs habitants. Notre analyse montre que lors de changements de température majeurs à l'extérieur (de 2 à 3°C), la température intérieure ne changeait que de 2°C dans une maison bien isolée », a-t-il ajouté.

 

L'Europe cherche à réduire sa consommation d'énergie primaire de 20 % d'ici 2020, un objectif qui n'est pas juridiquement contraignant.

 

La directive sur l'efficacité énergétique a été proposée par la Commission européenne en 2011 dans le but d'atteindre cet objectif. Le Parlement européen, le Conseil et la Commission ont abouti à un accord sur la directive proposée en juin 2012.

 

Cette directive :

  • propose des mesures individuelles pour chaque secteur qui pourrait jouer un rôle dans la réduction de la consommation d'énergie, à l'exception des transports. Cela comprend une obligation controversée qui force les entreprises énergétiques à réaliser 1,5 % d'économies d'énergie par an sur leurs factures aux consommateurs.
  • demande aux États membres d'adopter des stratégies à long terme sur la rénovation du parc immobilier européen.
  • oblige les autorités à rénover les bâtiments publics même si cette norme s'applique uniquement à ceux « possédés et occupés » par les gouvernements nationaux par opposition aux autorités régionales ou locales.

 

Les États membres doivent présenter leurs objectifs d'efficacité énergétique et l'ensemble de mesures qu'ils mettront en oeuvre pour atteindre ces objectifs d'ici avril 2013. Si les États membres ne collaborent pas pour parvenir à économiser 20 % d'énergie d'ici 2020, ils devront réévaluer leurs mesures et leurs objectifs ou ils risqueront des sanctions pénales.

 

  • Avril 2013 : les États membres présenteront leur programme national de mise en oeuvre de la directive sur l'efficacité énergétique.
  • 2014, 2016 : la Commission européenne devrait réviser la directive sur l'efficacité énergétique.

 

Documents officiels de l'UE

Études

 

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