L’UE encourage l’Afrique à exploiter son potentiel énergétique

b2522303496c1db0283eb7cea86fb3da.jpg

Européens et Africains se sont accordés sur un partenariat «gagnant-gagnant» sur l’énergie.

La première conférence de haut niveau sur le partenariat Afrique-UE pour l’énergie (PAEE), qui s’est tenue à Vienne les 14 et 15 septembre, a défini les grands axes du programme de coopération dans le domaine des énergies renouvelables (RECP)  : l’accès, la sécurité et l’efficacité énergétiques.

Etabli pour une période de dix ans, le plan vise à développer les énergies renouvelables sur le continent africain et à accompagner les efforts européens en la matière, à l’horizon 2020. Il bénéficiera d’une contribution européenne de 5 millions d’euro pour les trois premières années.

Dans le passé, l’Union européenne a déjà mis en place des outils pour soutenir le développement énergétique de l’Afrique, comme la facilité énergie, qui permet de financer des projets sur le continent à hauteur de 75%.

100 ans de retard

Mais le partenariat engagé à Vienne va plus loin. Les représentants européens et africains se sont engagés à développer conjointement l’accès à des énergies modernes et soutenables à au moins 100 millions d’Africains supplémentaires d’ici 2020, contribuant ainsi à l’ambition africaine d’atteindre 250 millions de personnes pour 2020. Mais il s’agit un «effort bien trop important» pour être réaliste, estime Denis Levy, consultant au Riaed (réseau international d’accès aux énergies durables). Cet objectif est d’autant plus dur à imaginer que la réalisation des «Objectifs du millénaire pour le développement» a déjà pris beaucoup de retard.

«Aujourd’hui, l’Afrique sub-saharienne, exception faite de l’Afrique du Sud, a 100 ans de retard, au niveau de son électrification, qui est égale à 25%, et même de 5% dans le cas du Niger ou de la Guinée», explique le consultant du RIAED. Le potentiel africain est pourtant considérable, tant au niveau hydraulique -«le potentiel le plus important au monde» selon Denis Levy-, solaire au Sahara ou encore géothermique, dans le rift africain, du Yemen à l’Ouganda.

L’exploitation de ce potentiel représente néanmoins des coûts très élevés, tout comme la gestion et la maintenance des infrastructures énergétiques. Et seule la Côte d’Ivoire, «qui dispose d’un bon gestionnaire délégué» précise Denis Levy, est parvenue à mettre en place un réseau efficace.

«Malédiction des ressources naturelles»

Le programme de coopération RECP entend par ailleurs mettre l’accent sur la sécurité énergétique, en se fixant les objectifs suivants : doubler la capacité des interconnexions transfrontalières en matière d’électricité, l’usage de gaz naturel en Afrique et les exportations de gaz vers l’Europe. Ce dernier point témoigne de l’ambition d’un partenariat «gagnant-gagnant» entre les deux continents.

Cela pourrait constituer « un grand bénéfice pour le Nord, peut être pour le Sud à condition que la population bénéficie directement des nouvelles ressources et ne paient pas le coût social du développement, comme c’est le cas au Niger avec l’extraction d’uranium par Areva», précise Philippe Roudier, chercheur au Centre international de recherche sur l’environnement et le développement (Cired), rappelant ainsi la «malédiction des ressources naturelles», dont est victime l’Afrique.

«Si l’Afrique exploite tout son potentiel énergétique, elle pourra alimenter le monde entier», a rappelé le commissaire européen en charge de l’Energie, Gunther Oettinger.

Le partenariat chiffre enfin des objectifs en matière d’efficacité énergétique. L’Afrique devrait produire 10 000 MW à partir de nouvelles centrales hydrauliques et respectivement au moins 5 000 MW et 500 MW des énergies éolienne et solaire.

Révolution

La question des ressources énergétiques en Afrique n’est pas nouvelle, comme en témoigne la communication de 1985 de l’anthropologue sénégalais Cheikh Anta Diop, intitulée «Le problème énergétique africain». «L’Afrique ne manque pas d’énergie, mais celle-ci est mal identifiée et mal distribuée; l’interconnexion du réseau africain pour la création d’un marché intégré de l’énergie est un impératif économique», précisait-il déjà à l’époque.

Trente cinq ans plus tard, «1,6 milliard de personnes dans le monde n’ont pas accès à l’électricité, dont la plupart en Afrique sub-saharienne et en Asie du sud», a rappelé le commissaire européen chargé du développement, Andris Piebalgs. Le partenariat énergétique entre l’UE et l’Afrique constitue, selon le commissaire letton, une première grande étape vers une «révolution du renouvelable». Il sera néanmoins difficile de se prononcer avant une décennie sur les évolutions énergétiques profondes de l’Afrique, met en garde Philippe Roudier, du Cired.

CALENDRIER

29-30 novembre 2010  : Sommet Afrique-UE de Syrte (Libye)

Subscribe to our newsletters

Subscribe