L’Ukraine appelle à l’aide l’UE en matière d’efficacité énergétique

[Thinkstock]

EXCLUSIF / Une association de 35 villes ukrainiennes a demandé à l’UE qu’elle partage son savoir-faire dans le domaine de l’efficacité énergétique. Le pays cherche à réduire sa dépendance énergétique vis-à-vis de la Russie.

L’Association des villes ukrainiennes efficaces en énergie (EECU), qui regroupe les autorités locales représentant 2 millions de personnes de l’Est et de l’Ouest du pays, a envoyé une lettre à une association européenne active dans la transition énergétique. EURACTIV a d’ailleurs pu la consulter en exclusivité.

Le président de l’association, Volodymyr Harazd,  écrit dans la lettre que l’Ukraine doit de toute urgence réduire sa dépendance vis-à-vis du gaz et de l’énergie nucléaire russes. Il cite ainsi les « actions hostiles et souvent agressives de la Fédération russe à l’encontre de l’Ukraine » et explique cette situation par « la capacité limitée du gouvernement central ukrainien à régler ce problème ».

« Je m’adresse à vous pour que vous partagiez ce savoir-faire [en matière d’efficacité énergétique] avec les municipalités ukrainiennes en lançant de toute urgence un programme de jumelage afin que nos municipalités reçoivent les compétences et les ressources professionnelles nécessaires pour lutter contre la crise [énergétique] », poursuit-il dans son courrier daté du 25 avril 2014.

Au moins cinq villes membres de l’association se situent dans la région russophone de l’est de l’Ukraine, où les habitants ont d’ailleurs tendance à privilégier les relations avec la Russie. Tatyana Nikolaevna, la première adjointe au maire d’Artemivsk, un village à la frontière russe, soutient sans réserve l’initiative de Volodymyr Harazd :

« Les autorités le savent et soutiennent la lettre », a-t-elle expliqué à EURACTIV le 5 mai lors d’une communication téléphonique. « Notre conseil municipal été élu pour améliorer les conditions de vie de nos citoyens et les aligner sur les normes européennes ».

« L’un de nos principaux objectifs est d’économiser des fonds budgétaires grâce au recours à des ressources énergétiques sûres », a-t-elle déclaré en ajoutant que la priorité de cette initiative était aussi de faire des économies d’énergie.

L’association ukrainienne a envoyé la lettre à Energy Cities, une association européenne regroupant environ 6 000 autorités locales engagées dans la transition énergétique. Selon Gérard Magnin, le directeur de cette association, cette lettre illustre que faire des économies d’énergie peut créer des effets de « mobilisation et d’unification » au sein des sociétés.

« Les États peuvent dépasser les querelles politiques quand les acteurs sur le terrain essaient de trouver des solutions communes en vue de répondre à des problèmes communs », a-t-il expliqué par courriel à EURACTIV.

En guise de réponse à la demande de l’AEECU, Energy Cities a envoyé le 2 mai sa propre lettre au commissaire en charge de l’énergie, Günther Oettinger.

Stratégie sur la sécurité énergétique

Eckart Wurzner, maire d’Heidelberg et président d’Energy Cities, appelle à son tour à une intensification des relations entre l’UE et l’Ukraine pour aider cette dernière à établir des plans d’action stratégiques dans le domaine de l’énergie, dont un inventaire de référence des émissions. En parallèle, il a également proposé que l’UE se concentre sur les mesures en matière d’efficacité énergétique dans son rapport sur la sécurité énergétique, qui devrait être publié en juin.

« Si la Commission européenne fournit un soutien renforcé pour une telle coopération, il ne fait aucun doute que nombre d’autorités locales de l’UE seraient disposées à proposer une meilleure assistance technique à leurs homologues ukrainiens », fait-il savoir dans la lettre consultée par EURACTIV.

La question fait toujours l’objet de discussions dans les cercles européens. Le Conseil Énergie de mars consacré à l’efficacité énergétique a d’ailleurs été qualifié de « premier pas » dans la réduction de la dépendance européenne vis-à-vis du gaz.

Selon certaines sources, un « objectif contraignant à l’échelle européenne » visant à améliorer l’efficacité énergétique de 30 % d’ici 2030 pourrait faire l’objet d’une révision séparée le mois prochain.

Un document non officiel venant de Grande-Bretagne, consulté par EURACTIV, révèle que l’efficacité énergétique doit être un « élément central » dans la prochaine stratégie de la Commission sur la sécurité énergétique.

« Le Conseil européen de juin devrait charger la Commission d’entreprendre une analyse des coûts dans le cadre d’une réduction de l’exposition de l’Europe centrale et orientale à une coupure de l’approvisionnement en gaz russe grâce à la mise en place de mesures en matière d’efficacité énergétique. Par la suite, un rapport devrait être envoyé au Conseil en octobre ».

De formidables opportunités

L’Ukraine est le quatrième pays au rendement énergétique le plus bas dans le monde. Toute proportion gardée, le pays consomme deux fois plus d’énergie que la Russie. Un représentant du ministère des Affaires étrangères a d’ailleurs expliqué à EURACTIV que « les États-Unis voient de formidables opportunités en vue d’améliorer l’efficacité énergétique en Ukraine ».

Le mois dernier, Kiev a déclaré qu’elle comptait sur l’UE pour lui assurer l’approvisionnement en gaz afin de contrecarrer un potentiel embargo russe. Ce qui a mené à un accord autorisant la livraison de gaz par la méthode des flux inversés en provenance de la Slovaquie, négocié sous l’égide des États-Unis.

Cependant, des questions demeurent quant à la quantité de gaz qui pourrait être acheminée grâce à cette technique. En outre, le manque de capacité financière de l’Ukraine pourrait également décourager les États européens.

Les représentants américains ont par ailleurs avancé plusieurs projets afin de résorber le déficit gazier de l’Ukraine, à savoir les futures installations flottantes de gaz naturel liquéfié en Lituanie, le projet de terminal sur l’île croate de Krk et le projet de corridor gazier sud-européen.

Un tiers des importations de gaz vers l’Europe provient toutefois de Gazprom et le Vieux Continent est également exposé aux chantages russes.

Gazprom, géant gazier russe qui détient le monopole en Russie, vend son gaz aux États membres dans le cadre d'accords bilatéraux confidentiels.

L'évolution de la crise ukrainienne illustre la manière dont Gazprom utilise le prix du gaz comme levier politique.

L'Ukraine avait l’habitude de payer 400 dollars les 1000 mètres cubes en vertu de l'accord signé sous la houlette de l'ancienne première ministre Ioulia Timochenko en 2009.

Quand l'ancien président ukrainien Viktor Ianoukovitch avait refusé de signer l'accord d'association avec l'Union et s'était tourné vers la Russie à la place, Gazprom avait alors baissé le prix du gaz destiné à l'Ukraine d'un tiers, soit 268 dollars par mille mètres cubes.

En février dernier, un gouvernement proeuropéen intérimaire prenait le pouvoir. Depuis lors, Gazprom a relevé ses tarifs de 80 % environ, soit 485 dollars par mille mètres cubes.

Kiev essaie actuellement d'obtenir du gaz en provenance de Pologne, de Hongrie et de Slovaquie grâce à la technique des « flux inversés ».Même si ce gaz provenait au départ de Russie, son prix était moins élevé que les 400 euros/1000 mètres cubes que payait Kiev avant l'accord de décembre 2013 avec Viktor Ianoukovitch.

  • Juin 2014 : publication prévue du rapport sur la stratégie relative à la sécurité énergétique
  • Juin 2014 : la Commission européenne revoit les objectifs nationaux en vue de respecter l'objectif sur l'efficacité énergétique de 2020
  • Juin 2014 : Conseil européen sur l'énergie
  • Juin 2014 : les États membres devraient transposer la directive sur l'efficacité énergétique dans la législation nationale
  • 2014 et 2016 : la Commission européenne devrait réviser la directive sur l'efficacité énergétique
  • 2020 : date butoir pour que les États membres respectent l'objectif volontaire de 20 % d'efficacité énergétique

 

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