La bataille des barrages hydroélectriques démarre

Un barrage hydroélectrique dans le Sud de la France

La perspective de l’ouverture à la concurrence des barrages hydroélectriques français aiguise les appétits tandis qu’EDF réclame d’être traité équitablement et que ses missions de service public soient prises en compte dans la bataille qui s’annonce.

La Commission européenne avait mis en demeure la France, en octobre 2015, d’ouvrir à la concurrence ses concessions hydroélectriques car elle jugeait alors EDF en position dominante.

Bruxelles épingle l'absence de concurrence dans les barrages en France

La Commission européenne a mis en demeure le gouvernement français pour n’avoir pas favorisé la concurrence dans l’attribution des concessions hydroélectriques. Les barrages se retrouvent très largement entre les mains d’EDF. Un article de notre partenaire le JDLE.

Propriétés à 100 % de l’État, les barrages sont actuellement concédés en très grande majorité à EDF, qui détient environ 80 % de la puissance installée, et à Engie via ses participations dans la CNR (Compagnie nationale du Rhône) et la SHEM (Société hydroélectrique du Midi).

L’enjeu est de taille : l’hydraulique a représenté 10 % de la production d’électricité en France l’an dernier — pourtant un mauvais cru en raison de la sécheresse — ce qui en a fait de loin la première énergie renouvelable. Les stations de transfert d’énergie par pompage (dites « Step »), qui permettent de remonter l’eau dans un réservoir pour produire en période de forte consommation, représentent aussi un moyen très utile de stocker de l’énergie.

Les grosses concessions — qui sont nombreuses à arriver à échéance ces prochaines années — devraient attirer aussi bien des groupes français, comme Direct Energie, racheté par Total, qu’étrangers, comme le suédois Vattenfall ou le Canadien Hydro-Québec.

Service public 

Le gouvernement reste discret sur ce dossier qui traîne depuis de nombreuses années.

Mais il aurait proposé à Bruxelles la mise en concurrence de certaines concessions dès cette année, en plafonnant les lots que peut remporter une entreprise, selon la CGT et des députés qui suivent ce dossier. Une mesure qui limiterait automatiquement la place d’EDF à l’avenir.

L’électricien dit pour sa part ne pas s’opposer à la mise en concurrence, mais réclame qu’elle soit « équitable ». « EDF souhaite pouvoir candidater au renouvellement de l’ensemble de ses concessions et pouvoir les gagner le cas échéant », indique Yves Giraud, directeur de l’hydraulique chez EDF.

La direction comme les syndicats mettent aussi en avant l’importance des services publics liés à l’eau, de l’irrigation agricole au tourisme en passant par la lutte contre les inondations, la navigation ou le refroidissement des centrales nucléaires.

Il faut « que soient prises en compte les spécificités de l’hydraulique, parce qu’un barrage, ça n’est pas seulement de la production d’électricité, c’est la sûreté du barrage, la gestion des crues, la gestion de l’eau — qui devient essentielle dans un contexte de changement climatique — et c’est de l’aménagement du territoire », fait valoir Yves Giraud.

Des propos qui font écho à la lettre adressée en avril par les syndicats au président Emmanuel Macron pour défendre « les spécificités d’un modèle hydroélectrique français au service de l’intérêt général ».

« Légitimes » 

La France n’est pas obligée de se lancer dans l’ouverture de ses concessions et pourrait très bien légiférer pour « confier cette mission d’intérêt général à une, deux, trois entreprises, les opérateurs historiques, qui ont toujours très bien fait le travail », estime ainsi Fabrice Coudour, de la CGT, qui occupait des sites cette semaine.

La crainte d’EDF comme des salariés est que les concessions les plus rentables partent à la concurrence et qu’EDF se retrouve avec les petits barrages, faisant dérailler l’équilibre économique de l’ensemble.

Mais les nouveaux arrivants potentiels n’ont pas envie d’endosser le mauvais rôle. « En termes d’exploitation, je pense qu’il y a un certain nombre de groupes en Europe qui sont légitimes pour prétendre le faire aussi bien si ce n’est mieux qu’EDF », répond Henri Reboullet, PDG de Vattenfall France.

« Vattenfall est une société qui appartient à 100 % à l’État suédois… En Suède on est suffisamment avant-gardiste en matière de protection de l’environnement, de gestion de l’eau et des ressources en général pour ne pas être montré du doigt sur ces sujets », estime-t-il.

Le groupe admet aussi vouloir d’abord remporter une grosse concession pour justifier d’importants investissements, mais veut ensuite candidater sur des petits barrages.

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