La BEI va combler le manque d’investissements dans les infrastructures énergétiques

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La Banque européenne d'investissement (BEI) devrait colmater le déficit de 3,25 milliards d'euros dans les projets de l'UE pour moderniser les infrastructures énergétiques.

L'UE a dévoilé en octobre une liste de 250 projets d'intérêt commun (PIC), dont des lignes de transmission transfrontalières, des pipelines et des terminaux de stockage de gaz.

La procédure d'octroi de permis s'étalera sur trois ans. Les projets bénéficieront ensuite d'un accès accru aux prêts préférentiels et aux garanties de capital de la Banque européenne d'investissement (BEI) sous forme d'obligations liées à des projets, de capital-risque ou de prêts bonifiés.

Le paquet de mesures de 9,1 milliards d'euros visait à lever 200 milliards d'euros supplémentaires du secteur privé, à intégrer les réseaux énergétiques européens et à mettre fin aux îlots énergétiques. Objectif : améliorer la sécurité d'approvisionnement.

Les négociations budgétaires difficiles ont entrainé une réduction d’un tiers du financement du paquet. Certains ont d'ailleurs remis en doute la viabilité du projet, dont certains États membres. La France et le Royaume-Uni, par exemple, étudient de plus en plus de méthodes de financements innovatrices, comme l'utilisation d'agrégateurs et de régimes de garantie de prêts afin d'assurer leur bien-être financier, selon KPMG, un réseau mondial de prestations de services d'audit, fiscaux et de conseil.

EURACTIV a demandé à Richard Willis, porte-parole de la BEI, quel montant son institution pourrait investir pour combler cette réduction de financement. Il a laissé entendre queque la somme pourrait être élevée étant donné que les infrastructures énergétiques sont un domaine « prioritaire ».

« Ces cinq dernières années, la BEI a prêté 60 milliards d'euros pour des projets d'infrastructure énergétique », a-t-il expliqué. « Au cours des sept prochaines années, je m'attends à la même chose, voire plus, en raison de la capacité accrue de la banque en matière de prêts et du fait qu'un quart [de ce montant] soit destiné au soutien des infrastructures énergétiques. »

Les prêts bancaires augmenteraient d'ici 2017 afin de mobiliser deux fois plus d'investissements d'autres sources grâce à certains mécanismes, comme les obligations liées à des projets, a précisé M. Willis.

La politique de prêts dans le secteur de l'énergie a fait l’objet d’une longue révision cet été. « Nous espérons qu'au cours des prochaines années, 90 % des prêts de la banque dans le secteur de l'énergie se concentrent sur le soutien aux énergies renouvelables et sur les infrastructures connexes », a estimé le porte-parole de la BEI. L'Europe contracterait la majeure partie de ces prêts.

Production d'énergie fossile

Selon des défenseurs de l'environnement, la Commission identifie les conduits utilisés pour la production d'électricité au moyen d'énergies fossiles comme la plupart des PIC. Par exemple : des gazoducs, des terminaux de stockage ou des projets pétroliers.

Environ 108 PIC visent exclusivement la construction d'infrastructures gazières et pétrolières. Les autres projets faciliteront souvent les énergies fossiles dans des projets qui privilégient l'électricité.

« Ces propositions sont présentées comme des instruments pour faciliter, entre autres, la transition vers une économie faible en carbone. Certains projets pourraient pourtant compromettre les efforts de l'Europe dans la limitation des conséquences du changement climatique en affaiblissant la résilience », déclare Martina Mlinaric, responsable de politiques senior pour la biodiversité ainsi que la protection de l’eau et du sol du Bureau européen de l'environnement (BEE).

EURACTIV a consulté un rapport de la Commission européenne rédigé par les consultants Booz and Company. Les auteurs estiment que le scénario choisi pour la demande en gaz jusqu'en 2030 est « agressif étant donné les évolutions récentes sur le marché européen ».

L'UE et l'Agence internationale de l'énergie espèrent que la demande en gaz va augmenter deux fois plus rapidement. Ces attentes servent de base à la procédure de sélection des PIC.

Ce scénario surestimera toutefois le besoin d'infrastructures indique le rapport. L'industrie européenne du gaz est en train de perdre une guerre intestine contre les importations américaines de charbon bon marché, partiellement en raison du taux d'indexation lié au pétrole.

Même s'il émet environ deux fois moins de dioxyde de carbone que le charbon ou le pétrole, le gaz pollue quand même plus que les sources d'énergies renouvelables.

M. Willis indique que la BEI est mandatée pour financer des projets de sécurité énergétique et de stockage compte tenu de ses critères de prêt. Mais ce n'est pas la seule pierre d’achoppement à laquelle les PIC sont confrontés.

Projets controversés

Les écologistes s'indignent également des secrets qui entourent la sélection des projets. Ils indiquent que la construction de réservoirs dans une région vierge des Alpes autrichiennes nuirait à la biodiversité et aux moyens de subsistance au niveau local.

« Nous devons lutter contre le changement climatique, garantir notre approvisionnement énergétique et protéger la nature », indique Ivan Scrase, fonctionnaire senior chez BirdLife. « Nous avons besoin de gros investissements dans l'énergie, ce qui nécessite le soutien de l'opinion publique. Mais nous n'avons pas besoin de listes établies en vitesse à huis clos reprenant des projets controversés. »

La liste des projets d'intérêt commun sera mise à jour deux fois par an. Les projets feront l'objet d'évaluations environnementales uniformes, entre autres.

Niina Honkasalo, conseillère de la Fédération de l'industrie électrique (Eurelectric) explique à EURACTIV : « à long terme, nous pensons qu'il est important de progresser dans le secteur des infrastructures énergétiques, ce qui est nécessaire à l'intégration des énergies renouvelables ». Elle a refusé de s'exprimer sur le nombre de projets gaziers et pétroliers proposés.

Réseaux intelligents

Certains partisans de l'énergie propre sont déçus que les propositions de l'UE négligent les réseaux intelligents (« smart grids »).

Selon M. Willis, les initiatives de réseaux intelligents restent « au centre » des prêts de la BEI. Même si seuls 2 des 250 projets en lice pour la liste définitive, annoncée en 2014, sont des smart grids.

« Je ne peux pas commenter le financement de la Commission, mais nous reconnaissons clairement la contribution des smart grids et les récents prêts conséquents accordés aux entreprises européennes de service public couvertes par des smart grids. »

« Il pourrait y avoir des prêts [de la BEI] plus importants qui se concentreraient exclusivement sur les smart grids », a-t-il ajouté. « Lors de nos discussions avec les services publics en Europe, les smart grids sont clairement au centre de l'attention. »

Les dirigeants des États membres de l'UE ont adopté en décembre 2008 un paquet de stimulation budgétaire représentant environ 1,5 % du PIB de l'UE, soit 200 milliards d'euros. Ces mesures ont été adoptées en fonction d'une proposition de la Commission européenne présentée un mois plus tôt qui semble être à l'origine des fonds annoncés dans le projet de l'exécutif européen sur les infrastructures.

L'exécutif européen proposait pour la première fois que l'UE dépense 9,1 milliards d'euros du budget 2014-2020 afin de mobiliser les investissements nécessaires dans les infrastructures. Les négociations budgétaires difficiles ont toutefois entraîné une réduction d’un tiers de cette somme.

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