La Commission veut développer les infrastructures énergétiques

Bruxelles va définir des projets énergétiques « d’intéret européen » qui bénéficieront de financements européens et de facilités administratives.

Une semaine après la publication de sa stratégie Energie 2020, le commissaire à l’Energie Gunther Oettinger a présenté, mercredi 17 novembre, sa communication sur les priorités pour les infrastructures énergétiques. Elles sont «la clé de tous les objectifs énergétiques  : de la sécurité d’approvisionnement, l’intégration des sources d’énergies renouvelables et de l’efficacité énergétique, au fonctionnement propre du marché intérieur », a expliqué le commissaire. Il a rappelé les insuffisances et le vieillissement des réseaux énergétiques européens.

Projets d’intérêt européen

Le principal objectif de la Commission est la suppression les « ilots énergétiques », des zones déconnectées aux réseaux. Elle souhaite que tous les États membres soient interconnectés, en « renforçant massivement les interconnexions transfrontalières existantes et en intégrant les énergies renouvelables ».

Dans sa communication, la Commission a ainsi défini des « couloirs », des zones prioritaires pour développer des infrastructures. En 2012, à partir de ces régions, elle désignera des « projets d’intérêt européens » concrets (une ligne électrique à très haute tension ou un gazoduc par exemple). Ils devraient bénéficier de financements européens et la réponse finale à leurs demandes de permis de construire devrait être donnée dans un délai raccourci, pas encore déterminé par la Commission. Un guichet unique devrait être créé pour gérer ces projets.

Pour la Commission, le futur énergétique de l’Europe passera surtout par l’électricité. Pour le seul réseau électrique, elle souhaite la construction ou l’amélioration de 45 000 kilomètres de lignes d’ici dix ans.

En se fondant sur le plan décennal de développement du réseau proposé par les gestionnaires de réseau de transport d’électricité, elle a défini quatre couloirs prioritaires :

  • le raccordement entre un réseau offshore dans les mers du nord et l’Europe du nord et centrale,
  • des connexions en Europe centrale et orientale et le développement du réseau en Europe du sud-est
  • et l’intégration du marché balte de l’énergie au marché européen.

L’axe France-Espagne prioritaire

Enfin, les interconnexions en Europe du sud-ouest sont aussi considérées comme prioritaires car la péninsule ibérique est isolée du reste de l’UE. M. Oettinger a rappelé que les énergies renouvelables développées en Espagne avaient besoin d’être vendues dans le reste de l’Europe, ce qui nécessite des connexions aux réseaux. Il estime que les capacités d’infrastructures doivent passer à 4000MW en 2020, contre 1400 MW aujourd’hui.

Lors de sa conférence de presse, le commissaire a souligné que le projet de ligne à très haute tension prévue dans les Pyrénées était « lent et laborieux ». Il a expliqué que la ligne ne se ferait peut être finalement pas « par voie terrestre mais par les eaux », que ce soit en Atlantique ou dans la Méditerranée. M. Oettinger a précisé que la ligne était « une des priorités établies ». 

La Commission a mis en avant trois couloirs prioritaires pour le secteur du gaz : un axe sud pour acheminer le gaz de la mer Caspienne vers l’Europe, l’intégration et la connexion du marché balte de l’énergie à l’Europe centrale et du sud-est et un couloir nord-sud en Europe occidentale pour supprimer les goulots d’étranglement. Au niveau pétrolier, le renforcement des communications  entre les oléoducs en Europe centrale et orientale est prioritaire.

Solidarité

En prenant pour exemple les différentes crises du gaz, le commissaire a indiqué qu’une solidarité européenne de l’énergie est impossible sans infrastructures. La réussite des projets passe aussi par une plus grande coopération régionale, et l’implication de tous les acteurs du secteur énergétique, et des citoyens.

M. Oettinger a également souligné l’importance de développer des réseaux intelligents (smart grids) pour avoir « un saut de qualité » comme celui connu dans les télécommunications.

200 milliards d’euros

Pour réaliser les infrastructures, « le cadre financier doit être solide, il faudra investir beaucoup plus qu’actuellement », a prévenu le commissaire. « Il est essentiel que nous regroupions nos moyens financiers », a-t-il ajouté. Selon l’exécutif européen, 200 milliards d’euros seront nécessaires dans le seul transport de l’énergie (gazoducs et réseaux électriques) dont seulement la moitié sera financée par le secteur privé. La Commission proposera en juin 2011 un nouvel instrument financier pour soutenir les projets « d’intérêt européens », dans la perspective financière post-2013. 

POSITIONS

Le député français du groupe des Verts/ALE Yannick Jadot (Europe écologie) a critiqué la proposition de la Commission. « L’Europe a besoin d’un grand projet en faveur des énergies renouvelables, pas d’infrastructures pour la technologie de capture et du stockage du carbone », a-t-il expliqué. Pour lui, le document est « basé sur des prévisions énergétiques qui ne respectent pas l’objectif fixé par les chefs d’État de réduire de 20% la consommation énergétique de l’Europe en 2020! La Commission doit éviter l’erreur classique : construire plus de lignes électriques, plus de gazoducs, plus d’oléoducs plutôt que d’isoler nos maisons, créer des emplois et économiser de l’argent.»

Pour la coordinatrice du programme Energie de l’Institut français des relations internationales (Ifri), Maité Jaureguy-Naudin, « La communication relève plus des bonnes intentions » qu’autre chose. Selon elle, la Commission se trompe de priorités. « Ce qui me surprend, c’est que le texte ne parle pas du tout du nucléaire, ni des sources d’énergie faiblement carbonique. On parle de la baisse des émissions de gaz à effet de serre ou du développement des énergies renouvelables ? Il y a un problème de priorités, l’urgence est la réduction du CO², ensuite on verra les moyens. » Elle souligne aussi que l’un des obstacles aux interconnexions est « le manque de volonté politique d’incitations pour que les opérateurs investissent. »

Pour la responsable de la politique énergétique à Eurelectric, Susanne Nies, le retard du développement des infrastructures est lié au public. « Nous voulons que la Commission et les institutions européennes fassent un vrai « plan d’action pour une adhésion publique », il faut que les gens comprennent pourquoi c’est important. Cet aspect manque dans toutes les stratégies de l’UE », explique-t-elle. Elle s’est félicitée de l’introduction de la capture et du stockage de carbone dans la stratégie. 

La secrétaire exécutive adjointe du réseau Gas Infrastructure Europe, Astrid Dolak, accueille favorablement le texte. « Il est important que le gaz ait sa place dans la communication de la Commission comme dans la stratégie Energie 2020 ». Elle souligne aussi le pragmatisme de la proposition, avec des projets d’intérêts européens. « Il est important d’avoir une structure de régulation stable, sûre et sécurisé sur le long terme pour pouvoir investir », rappelle-t-elle.

« La Commission a manqué l’occasion d’aborder la vraie question sur laquelle tous les gouvernements en Europe devraient se pencher. S’ils ne font pas le choix stratégique de développer un mix énergétique propre et flexible, nous nous retrouverons avec un système énergétique inutile et coûteux qui tente de combiner la part croissante des énergies renouvelables au (…) charbon et au nucléaire. La Commission a présenté certains outils cruciaux pour nous aider sur la voie d’un avenir «vert», mais elle a évité de montrer aux pays de l’UE le chemin », a précisé le responsable en politique énergétique européenne de Greenpeace, Frauke Thies

CALENDRIER

Décembre 2010 : Communication de la Commission sur le financement du renouvelable

4 février 2011  : Conseil européen de l’énergie

Juin 2011  : Présentation par la Commission d’un nouvel instrument financier pour les projets d’intérêt européen.

2012  : Présentation par la Commission des projets d’intérêt européen.

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