La Commission vilipende le « Turkish Stream »

Maroš Šef?ovi? [Commission] [European Commission]

Le commissaire Maroš Šef?ovi? a déclaré le 4 février que le projet de gazoduc appelé « Turkish Stream » n’était pas viable. La Commission organise une rencontre ministérielle confidentielle à Sofia le 9 février, afin de discuter des alternatives au gaz russe dans la région.

Lors du premier débat sur l’orientation de l’Union énergétique, Maroš Šef?ovi? a répondu aux questions de la presse, qui pour la plupart concernaient le projet de la Russie de remplacer South Stream par Turkish Stream. Ce gazoduc devrait permettre d’acheminer le gaz russe vers la Turquie via la mer noire, et de la Turquie vers la frontière turco-grecque.

L’un des principaux objectifs du projet est de contourner l’Ukraine, l’autre est de punir la Bulgarie qui, pour la Russie, a fait obstacle à la construction de South Stream.

>> Lire : La Bulgarie va réduire sa dépendance au gaz russe

Maroš Šef?ovi? a signalé qu’il était très « inhabituel » qu’un tel projet soit autant porté par des préoccupations politiques. L’annonce du changement de plan de Moscou avait eu lieu lors de la conférence de presse du président Vladimir Poutine en Turquie.

Le vice-président de la Commission a également rappelé qu’aucun des pays ou entreprises impliqués dans le projet South Stream n’avait été officiellement averti de ce tournant majeur.

« Une proposition radicale »

Même chose pour le Turkish Stream, que Maroš Šef?ovi? définit comme « une proposition radicale » peu conforme aux accords bilatéraux que les entreprises individuelles ont signés avec la Russie et qui stipulent un lieu précis de distribution.

« Je doute que ce lieu de distribution soit la frontière gréco-turque », a déclaré Maroš Šef?ovi?, faisant ainsi référence au communiqué russe qui annonçait que Turkish Stream acheminerait le gaz vers une plateforme à la frontière gréco-turque.

Le vice-président de la Commission a remis en cause la viabilité économique du projet car, selon lui, la Turquie n’a besoin que de 15 milliards de mètres cubes par an (mmc/an), et les autres pays de la région ont également besoin de 15 mmc.

« Pourquoi auraient-ils besoin d’expédier plus de 60 mmc de gaz à cette partie du monde ? » s’est-il interrogé. La Russie a en effet déclaré que Turkish Stream aurait la même capacité que South Stream, soit 63 mmc.

« Cela ne marchera pas. Je ne peux pas imaginer que ce projet soit la solution. Je pense qu’on devra revenir à un débat plus rationnel, se demander quelles sont les solutions économiquement viables pour ce projet, et comment atteindre une coopération totale dans le secteur du gaz entre Gazprom et l’UE », a-t-il indiqué.

Lorsque EURACTIV a demandé à Maroš Šef?ovi? pourquoi la Russie voulait acheminer du gaz jusqu’à la frontière grecque et si cela était lié à un scénario selon lequel la Grèce cesserait de respecter les lois de l’UE, Maroš Šef?ovi? a évité toute réponse directe.

Il nous a toutefois confié que lors de son premier voyage à Moscou le 14 janvier en tant que vice-président de la Commission, le seul raisonnement de la Russie était de contourner l’Ukraine, car le pays était peu fiable et que la réhabilitation de ses réseaux de gaz serait trop coûteuse.

Il a admis ne pas être d’accord avec ce raisonnement, car Kiev était engagé dans une réforme énergétique et que l’UE et d’autres institutions financières allaient apporter des fonds pour la modernisation du système de transmission de gaz. Il a ajouté qu’il n’était pas possible que le volume actuel de gaz russe transporté, qui est de 100 mmc, soit immédiatement redirigé.

Une rencontre confidentielle

Interrogé sur les alternatives à South Stream, Maroš Šef?ovi? a annoncé lundi que les ministres de l’UE de la région engageraient « une discussion très approfondie » sur comment redessiner un paysage énergétique dans le sud-est de l’Europe.

« Cette partie de l’Europe n’est pas encore intégrée correctement au système énergétique européen. Cette région a besoin de grands projets d’infrastructures », a déclaré le vice-président de la Commission.

Concernant la proposition du premier ministre bulgare Boyco Borissov pour une plateforme gazière européenne près de la ville de Varna, Maroš Šef?ovi? a indiqué que l’UE soutiendrait de tels projets s’ils sont transparents, viables et s’ils sont également soutenus par les pays voisins.

Selon les informations recueillies par EURACTIV, la rencontre à Sofia sera accueillie par les autorités bulgares, mais organisée par les services de Maroš Šef?ovi?. Seuls les ministres de l’énergie des pays membres suivants participeront à la rencontre : Bulgarie, Autriche, Croatie, Grèce, Hongrie, Roumanie, Slovénie et Slovaquie. La Serbie, candidate à l’entrée dans l’UE, sera informée des conclusions de la réunion.

Aucune autre partie prenante ne devrait assister à cette rencontre. Aucun évènement médiatique n’est prévu, à l’exception de communiqués externes. Les journalistes russes ont demandé des accréditations, mais au moment de la publication de cet article, ils ne savent toujours pas s’ils pourront couvrir la rencontre.

Reste à savoir quelles alternatives au gaz russe peut avoir cette région, en dehors des quelque 10 mmc par an qui seront disponible via le corridor gazier sud-européen seulement quand le gaz en provenance d’Azerbaïdjan commencera à être acheminé via la Turquie par le projet de gazoduc TANAP et via la Grèce et l’Albanie avec le TAP, d’ici 2019-2020.

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