La crise grecque met fin au projet de gazoduc ITGI

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L'Azerbaïdjan a éliminé l'une des principales offres concurrentes pour le gaz du champ offshore de Shah Deniz II. Le pays pense en effet que l'un des partenaires du projet, l'entreprise gazière grecque DEPA, ne sera pas capable de mener à bien la proposition.

Le consortium qui exploite le gisement de gaz azerbaïdjanais de Shah Deniz II a réduit le nombre d'entreprises en compétition pour la construction des infrastructures qui achemineront le gaz en Europe en sélectionnant le projet du gazoduc transadriatique (TAP) pour l'Italie, au détriment du projet de l'ITGI (Interconnecteur Turquie-Grèce-Italie), a annoncé Reuters.

L'ITGI était le projet du groupe italien Edison et de DEPA. L'Azerbaïdjan craint en effet qu'en raison de la crise, la Grèce ne puisse pas mener à bien ce projet, ont confié des sources à EURACTIV. Le plan de privatisation du gouvernement grec qui sera lancé cette année inclut en effet DEPA.

Le consortium préfèrerait donc le projet TAP dans le cas où il déciderait d'envoyer le gaz en Italie via la Turquie, a déclaré hier (20 février) à Reuters un porte-parole de BP [voir la carte]. Les entreprises partenaires du TAP sont Statoil de Norvège, EGL de Suisse et E.ON Ruhrgas d'Allemagne.

Le TAP parcourrait 800 km de Komotiní en Grèce, près de la frontière turque, via la Grèce et l'Albanie, pour arriver près de San Foca en Italie.

Des sources ont confié à EURACTIV que l’inconvénient du TAP était qu'il n'existait aucun accord intergouvernemental portant sur son itinéraire via la Grèce, l'Albanie et l'Italie. Il existe toutefois un accord signé en 2009 entre l'Italie et l'Albanie.

Dans un communiqué commun avec le ministère grec de l'environnement et de l'énergie, les autorités italiennes ont déclaré que les deux pays soutenaient l'ITGI, a rapporté Dow Jones. Mais le projet semble bel et bien mis sur la sellette. 

« Il y avait à l'origine quatre options pour acheminer le gaz de Shah Deniz. La décision de ne pas continuer avec l'ITGI a été prise et il ne reste donc plus que trois options », a expliqué à Reuters un porte-parole de BP.

Trois concurrents toujours en compétition

Il n'a pas cité ces trois options, mais les autres concurrents sont bel et bien le TAP, Nabucco et le projet de gazoduc de BP de la frontière turque à la frontière roumano-hongroise, SEEP (South East Europe Pipeline).

« Nous sommes heureux de confirmer que le TAP a été sélectionné par Shah Deniz pour l'itinéraire du gazoduc vers l'Italie », a déclaré dans un communiqué Kjetil Tungland, le directeur exécutif du TAP.

« Nous avons hâte de continuer à progresser sur le projet du TAP aux côtés du consortium de Shah Deniz et des gouvernements italien, albanais et grec. Nous sommes convaincus que le TAP reste en bonne place pour remporter le projet de transport du gaz de Shah Deniz II vers l'Europe. Nous pensons également que l'itinéraire du TAP vers l'Italie offre au consortium de Shah Deniz le marché le plus attractif et la voie d'évacuation la plus appropriée », a ajouté M. Tungland.

BP exploite le gisement gazier de Shah Deniz II, qui contiendrait 1200 milliards de mètres cubes de gaz, et détient 25,5 % des parts, tout comme Statoil. Le reste est divisé entre l'entreprise publique azérie SOCAR, l'entreprise russe LUKOIL, l'iranienne NIOC, la française Total et l'entreprise turque TPAO.

Le TANAP, un nouveau concurrent

Le lancement du projet TANAP (Trans-Anatolian gas pipeline) pourrait modifier le concept de l'approvisionnement en gaz de l'Europe, a rapporté la presse russe. Un fonctionnaire de Bakou a affirmé que l'Azerbaïdjan prévoyait de signer bientôt un accord avec la Turquie pour la construction du TANAP, dirigé par l'entreprise pétrolière d'Etat SOCAR. Le TANAP transporterait le gaz azéri via la Turquie jusqu'à la frontière avec le reste de l'Europe.

Selon les experts, le TANAP pourrait rendre superflu le principal avantage du projet Nabucco, qui prévoit de transporter plus de 30 milliards de mètres cubes de gaz d'Asie centrale via la Turquie, la Bulgarie, la Roumanie et la Hongrie.

Tout comme le TANAP, Nabucco prévoit de construire de nouveaux gazoducs pour transporter le gaz azéri en Europe.

Le TAP favorise quant à lui la rénovation du réseau existant de gazoducs turcs, ce qui pourrait le rendre compatible avec le TANAP. Le TAP pourrait être opérationnel à partir de 2017 et pourrait transporter 10 milliards de mètres cubes (mmc) de gaz de la Caspienne par an et accroître sa capacité à un maximum de 20 mmc.

Constantin Simonov, le directeur du Fonds de sécurité nationale énergétique, a qualifié Nabucco de « maillon le plus faible » des concurrents pour le gaz azéri, dans la mesure où ce projet à lui seul aurait besoin de tout le gaz produit à Shah Deniz II. Les autorités azéries préfèreraient minimiser les risques en ne mettant pas « tous ses œufs dans le même panier ».

Nabucco pourrait également s'avérer trop coûteux en ces temps difficiles sur le plan économique. Son coût était estimé à 7,9 milliards d'euros, mais certaines sources affirment qu'il pourrait coûter entre 12 et 15 milliards d'euros.

Un porte-parole du consortium de Nabucco a déclaré que des négociations entre les actionnaires de Nabucco et le consortium de Shah Deniz II étaient en cours.

« Nous sommes persuadés que Nabucco est la solution la plus compétitive pour le corridor Sud », a-t-il affirmé. 

 

Plusieurs projets de gazoduc sont en compétition pour créer le corridor Sud pour le gaz, une vague proposition visant à acheminer du gaz de la Caspienne et du Moyen-Orient en Europe [plus d'infos].

En décembre 2011, l'Azerbaïdjan a reporté à mars 2012 la décision sur le concurrent qui acheminera le gaz naturel du gisement de Shah Deniz à partir de la seconde phase de son développement. Nabucco et trois autres projets de gazoduc, à savoir l'ITGI (l'Interconnecteur Turquie-Grèce-Italie), le TAP (gazoduc transadriatique) et le SEEP (South East Europe Pipeline) sont en compétition.

Comme les promoteurs de ces projets l'ont laissé entendre, certains d'entre eux pourraient mettre en commun leurs atouts et fusionner. De petits projets pourraient être à la base de projets plus ambitieux si les conditions le permettaient et si la demande en gaz de l'Europe augmentait.

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