La culture japonaise au coeur de la catastrophe de Fukushima

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Dans la préface de son rapport, Kiyoshi Kurokawa, médecin et professeur émérite de l'université de Tokyo, a expliqué que la crise résultait d'une multitude d'erreurs et de négligences de la part du gouvernement, des responsables de la sécurité et de l'exploitant de la centrale, Tokyo Electric Power (Tepco).

 

Au-delà de ces bévues et du manque de préparation à la possibilité d'un tsunami dans cette région pourtant connue pour ses tremblements de terre, certaines caractéristiques culturelles en ont fait une catastrophe « Made in Japan », explique M. Kurokawa.

 

« Ses causes fondamentales résident dans les conventions bien ancrées de la culture japonaise : notre sens de l'obéissance, notre réticence à contester l'autorité, notre volonté de « respecter le plan », notre préférence pour les activités en groupe et notre insularité.

 

« Nous devons reconnaître, même si c'est très douloureux, que ce fut un désastre « Made in Japan ».

 

Si d'autres Japonais avaient été à la place des responsables de cet accident, le résultat aurait très bien pu être le même. »

 

Aucune des agences impliquées n'est ressortie blanchie. « L'accident de la centrale nucléaire de Fukushima est le résultat d'une connivence entre le gouvernement, les régulateurs et Tepco, ainsi que du manque de gouvernance de la part de ces parties », peut-on lire dans le rapport commandé par le parlement japonais et rédigé par une commission d'enquête indépendante.

 

« Ils ont trahi le droit de la nation à être protégée des accidents nucléaires. Par conséquent, nous en concluons que cet accident résulte d'erreurs humaines. »

 

Ce rapport, l'une des trois principales enquêtes sur l'incident, a remis en cause les affirmations de Tepco selon lesquelles la triple fusion de Fukushima n'avait eu lieu qu'en raison du tsunami de 14 mètres du 11 mars de l'année dernière.

 

Les chercheurs ont expliqué que le tremblement de terre de magnitude 9 qui avait précédé le tsunami ne pouvait pas être exclu des causes de l'accident.

 

Ils ont accusé Tepco et les régulateurs de l'agence de la sécurité industrielle et nucléaire de ne pas avoir pris les mesures de sécurité adéquates, alors qu'ils étaient au courant que cette zone était sujette à de puissants tremblements de terre et à des tsunamis.

 

« Nous pensons que les causes profondes de l'incident sont les systèmes réglementaires et organisationnels qui ont entraîné la prise de décision et de mesures non adéquates, plutôt que les compétences d'individus en particulier », peut-on encore lire dans ce rapport.

 

« La commission trouve l'arrogance et l'ignorance impardonnables pour toute personne ou organisation impliquée dans le secteur de l'énergie nucléaire. Nous avons constaté de l'indifférence pour les tendances mondiales et la sécurité publique. »

 

Ce rapport de 641 pages a été publié le même jour que la mise en route du premier réacteur nucléaire au Japon depuis l'accident. Les 50 réacteurs en fonctionnement du pays avaient été fermés après la crise pour subir des contrôles de sécurité.

 

Le Japon, qui dépendait de l'énergie nucléaire pour environ un tiers de son approvisionnement énergétique, a brièvement vécu sans énergie atomique pour la première fois en 40 ans après que le dernier réacteur a été désactivé début mai.

 

Le réacteur n°3 de la centrale nucléaire de Oi dans la préfecture de Fukui est le premier à redémarrer après avoir passé des tests de résistances introduits par le gouvernement l'année dernière dans le but d'apaiser les craintes de la population.

 

Le gouvernement a approuvé le redémarrage des réacteurs 3 et 4 à Oi, car une large zone de l'ouest du Japon, y compris la ville industrielle d'Osaka, aurait pu se retrouver sans électricité cet été.

 

Le réacteur n°3 devrait atteindre sa capacité totale d'ici au 10 juillet et la seconde unité commencera à produire de l'électricité d'ici la fin du mois, a annoncé l'opérateur de la centrale, Kansai Electric Power (Kepco). Le dernier des 11 réacteurs de la centrale a été éteint en février.

 

Des milliers de manifestants se sont rassemblés devant le bureau du premier ministre chaque vendredi soir pour protester contre le relancement des réacteurs et les sondages montrent que la majorité des Japonais souhaitent que le gouvernement abandonne le nucléaire.

 

« Nous avons fait un pas vers un approvisionnement stable et sûr d'électricité en réussissant à produire de l'électricité nucléaire pour la première fois en quatre mois et demi », a déclaré le président de Kepco, Makoto Yagi, dans un communiqué.

 

Même si ce n'est pas une grande surprise, le ton critique du rapport de jeudi contraste avec l'enquête de Tepco dans laquelle l'entreprise a insisté sur le fait qu'elle avait réagi de manière appropriée face à une catastrophe naturelle qu'elle n'aurait en aucun cas pu prévoir.

 

Tepco a toujours affirmé que les dégâts subis par les quatre réacteurs de Fukushima Daiichi avaient été causés par le tsunami qui avait anéanti le système de refroidissement et entraîné la fusion des trois unités.

 

Plus de 15 mois plus tard, la centrale a été ramenée à un état d'« arrêt à froid », bien que certains continuent de s'inquiéter quant à l'un des bassins, qui contient des barres de combustible usé dans le réacteur n°4.

 

Les enquêteurs qui ont rédigé le rapport publié jeudi réclament une nouvelle étude sur le rôle qu'a joué le tremblement de terre dans l'accident. « Quant aux causes directes de l'accident, la commission est arrivée à la conclusion que nous ne pouvions pas affirmer de manière définitive qu'aucun appareil important pour la sécurité n'avait été endommagé par le tremblement de terre », peut-on lire dans ce document.

 

« Nous ne pouvons exclure la possibilité qu'un accident par perte de fluide de refroidissement (LOCA) ait eu lieu dans le réacteur n°1 en particulier. »

 

Ils se sont également montrés critiques vis-à-vis de Naoto Kan, premier ministre à l'époque de l'accident, dont l'« intervention directe » dans les premiers jours de la crise ont suscité la confusion dans la chaîne de commandement, ce qui a fait perdre un temps précieux aux équipes d'intervention.

 

M. Kan a expliqué qu'il avait décidé d'intervenir, car Tepco et les responsables de la sécurité semblaient incapables de faire leur travail.

 

Les enquêteurs ont déclaré qu'ils ne disposaient d'aucune preuve étayant les propos de M. Kan, selon lesquels Tepco s'apprêtait à faire partir tous ses travailleurs de la centrale juste après l'incident.

 

Ils ont toutefois accusé Tepco d'avoir ignoré des avertissements remontant à 2006 sur l'éventualité qu'un tsunami entraîne une panne de la centrale.

 

L'entreprise, les régulateurs et le gouvernement « n'ont pas respecté les exigences de sécurité les plus fondamentales, comme l'évaluation des dégâts éventuels, la préparation à la gestion des dommages collatéraux résultant d'une telle catastrophe et la mise en place de plans d'évacuation pour la population en cas de graves fuites de radiation », ont-ils ajouté.

 

« Depuis 2006, les régulateurs et Tepco étaient au courant qu'une coupure totale de courant à la centrale Fukushima Daiichi pouvait se produire si un tsunami atteignait le site. »

 

Cette commission d'enquête, qui compte 10 membres, n'est pas la seule à avoir tenté de faire toute la lumière sur l'accident nucléaire de Fukushima Daiichi. Ce rapport fait suite à six mois d'investigation, à plus de 900 heures d'auditions et d'interrogatoires impliquant plus de 1100 personnes.

 

Suite à un tremblement de terre majeur, un tsunami de 15 mètres a déclenché une panne dans le système d'approvisionnement et de refroidissement de trois réacteurs de la centrale de Fukushima Daiichi, ce qui a entraîné un accident nucléaire majeur le 11 mars 2011.

 

Les trois cœurs ont fusionné au cours de trois premiers jours. Au bout de deux semaines, les trois réacteurs ont été stabilisés à l'aide d'eau. Avant juillet, ils étaient refroidis avec de l'eau recyclée de la nouvelle usine de traitement. La température des réacteurs avait chuté à moins de 80°C fin octobre et l'état officiel d'« arrêt à froid » a été annoncé mi-décembre.

 

Plus de 100 000 personnes ont dû être évacuées de leurs habitations.

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