La fin de la conférence de Bali annonce deux ans de rudes négociations

Les négociations des Nations unies sur le climat à Bali ont pris fin le 15 décembre. La feuille de route qui en ressort ouvre le début de deux ans de négociations sur la réduction des émissions de CO2. Le nouveau fonds d’adaptation au changement climatique, les mécanismes de lutte contre la déforestation et les transferts de technologie sont considérés comme les principales avancées de la conférence de Bali.

Développements récents et prochaines étapes :

  • 3-14 déc. 2007 : conférence sur le climat à Bali (COP 13) – début des négociations de l’ONU sur le climat pour un cadre pour l’après 2012 ;
  • Mars/avril 2008 : première session de négociations post Bali ;
  • Nov./déc. 2008 : conférence sur le climat à Poznan, Pologne (COP 14) – milieu des négociations ;
  • Début-mi 2009 : nouveau gouvernement américain suite aux élections présidentielles de 2008 ; 
  • Déc. 2009 : conférence sur le climat à Copenhague  (COP 15) – date prévue pour la conclusion des négociations de l’ONU sur le climat concernant un cadre post 2012 ;
  • Fin 2012 : date limite pour la ratification d’un nouvel accord sur le climat.

Contexte :

La première réponse internationale concertée concernant le changement climatique a été lancée en 1992 lors du sommet de la Terre à Rio de Janeiro. Cette rencontre a donné lieu à la convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC), un traité non contraignant qui encourage les pays développés à stabiliser les émissions de gaz à effet de serre (GES). 189 pays ont signé et ratifié la CCNUCC.

La plupart des parties à la CCNUCC, à l’exception remarquable des États-Unis, ont également signé et ratifié le protocole de Kyoto de 1997, un traité juridiquement contraignant qui engage les pays signataires à procéder à des réductions spécifiques de GES. L’objectif est d’atteindre une réduction générale de 5 % de GES d’ici 2012 par rapport aux niveaux de 1990. Les détails sur la mise en œuvre du protocole de Kyoto, connu comme les accords de Marrakech, ont été adoptés en 2001.

La 13ème Conférence des parties de la CCNUCC (COP 13), organisée à Bali du 3 au 15 décembre 2007 avait pour objectif d’élaborer un cadre de négociations ainsi qu’une feuille de route pour un accord sur le changement climatique afin de remplacer le protocole de Kyoto qui se termine en 2012. 

Enjeux :

Une formulation vague 

Après neuf jours de réunions avec la participation d’experts et de scientifiques, suivis par quatre jours de négociations ministérielles dont une session nocturne de négociations-marathon tumultueuse, le sommet de Bali a donné lieu à une feuille de route décevante pour l’Union européenne.

Les engagements ou objectifs contraignants visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre, demandés par l’UE, ont été rejetés par les États-Unis et d’autres pays. 

Selon le texte de la feuille de route, l’ensemble des pays développés, prendra des engagements ou actions appropriés au niveau national, actions qui seront vérifiables et mesurables, notamment une limitation des émissions et des objectifs de réduction quantifiés, tout en garantissant la comparabilité des efforts entre eux, en tenant compte des différences dues à leur situation nationale.

Les pays en développement adopteront des actions de réduction appropriées.

L’UE reste néanmoins optimiste

Les responsables européens estiment cependant que l’issue des négociations a été positive. Selon Stavros Dimas, commissaire européen à l’Environnement, les négociations étaient tendues, mais les parties sont parvenues à un accord sur une feuille de route pour les négociations qui répond aux principales demandes de l’UE. Il a déclaré que les parties avaient convenu d’entamer des négociations « qui n’aborderaient pas uniquement les engagements pour les pays développés, notamment les États-Unis, mais également des actions impliquant des pays en développement ».

Mais le commissaire Dimas reconnaît que le langage ouvert de la feuille de route implique que certaines des négociations les plus rudes restent à venir. D’après lui, il va falloir dorénavant travailler dur. Il est en effet essentiel que l’accord, qui doit être conclu dans les deux prochaines années, soit assez ambitieux pour empêcher que le réchauffement climatique n’atteigne des niveaux dangereux.

Les États-Unis s’impliquent

Même si la délégation américaine a refusé de signer un premier projet de feuille de route engageant les parties à réduire globalement les GES de 25 % à 40 % d’ici 2020, comparé aux niveaux de 1990, un certain nombre d’observateurs ont applaudit le fait que les États-Unis participeront finalement aux négociations.

La participation américaine résulte en partie des tensions de dernière minute lors de la conférence, ces derniers ont en effet été montrée du doigt par les participants.

Mais Washington a déjà indiqué que le pays était très préoccupé par d’autres aspects de la décision au moment d’entamer les négociations, selon une déclaration de Dana Perino, attachée de presse à la Maison Blanche. Elle a aussi dénoncé l’absence d’objectifs de réduction des émissions pour les pays en développement.

La Chine et l’Inde vainqueurs ?

La Chine, l’Inde et d’autres importants pays émetteurs ont été perçus par certains observateurs comme étant les grands gagnants des négociations. Il ont en effet assuré une augmentation des transferts de technologie propre vers leurs pays, sans s’engager à réduire les émissions de GES à l’avenir.

Un chemin difficile s’annonce

L’UE pourrait continuer à faire pression pour obtenir des objectifs de réduction des émissions contraignants, notamment dans la dernière partie de 2009, quand un nouveau gouvernement américain entrera en fonction.

Quatre sessions de négociations sont déjà planifiées, la première est prévue en mars ou avril 2008.

Positions :

Le président français, Nicolas Sarkozy, a fait part de sa « satisfaction devant l’accord intervenu ».

Le Parlement européen a félicité la présidence portugaise de l’UE et la Commission pour avoir assuré la meilleure issue politiquement viable à Bali.

Le Parlement était également satisfait de l’évolution de l’approche du gouvernement américain au cours de ces dernières années, passant d’une réticence à participer aux négociations à, comme c’est actuellement le cas, l’acceptation d’engagements spécifiques.

Le groupe des Vert/ALE a déploré le fait que la conférence était très éloignée de l’ambition nécessaire pour s’attaquer au changement climatique, mais reconnaît qu’elle fournit une base pour des négociations qui pourraient conduire à un accord international en 2009, visant à limiter les hausses de température à un niveau tolérable.

L’organisation des Amis de la Terre Europe a critiqué les efforts européens réalisés lors de la conférence. Dans un communiqué de presse, l’organisation a déclaré que l’UE s’était réveillée trop tard durant ces négociations. Selon elle, l’Union a fait face au gouvernement Bush et a résisté pour conserver les objectifs de réduction des émissions, mais elle aurait dû le faire bien plus tôt et de façon bien plus stricte. 

L’organisation écologique WWF, regrette le manque d’ambition des décisions prises à Bali, même si elles vont déboucher à de nouvelles négociations.

Subscribe to our newsletters

Subscribe
CONTRIBUER