La France encore trop tiède sur les réseaux de chaleur

[EPA/GEORGI LICOVSKI]

Concurrencés par le gaz, les réseaux de chaleur tardent à se développer en France. Pour atteindre les objectifs fixés par la loi de transition énergétique, les subventions publiques vont être revues à la hausse. Un article de notre partenaire La Tribune.

« Nous n’avons pas atteint nos objectifs de développement », reconnaît Yves Lederer, le président de Coriance. Pour cette société spécialisée dans les réseaux de chaleur, comme pour l’ensemble de la filière, 2019 a été une année difficile. Pénalisé par la concurrence du gaz naturel, dont les prix restent bas, ce mode de chauffage collectif, principalement alimenté par des énergies renouvelables, progresse en effet à petit rythme depuis quatre années.

Le principe de ces réseaux est simple : chauffer de l’eau à haute température puis l’acheminer dans des immeubles de bureaux, des commerces ou des logements. Une fois refroidie, l’eau fait le chemin inverse pour être à nouveau réchauffée. Au fil des ans, ces réseaux sont de plus en plus verts. L’an passé, 57 % de la chaleur a été produite par des incinérateurs de déchets, par des chaufferies bois ou par de la géothermie. Mais le reste est encore issu d’énergies fossiles, principalement du gaz, mais aussi du fioul et du charbon.

Loin des ambitions

La croissance atone des réseaux est bien inférieure à celle qui serait nécessaire pour atteindre les ambitions fixées à la fois par la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) et par la loi de transition énergétique. D’ici à 2030, ils devront 39,5 TWh de chaleur verte, soit près de trois fois plus que les 14,1 TWh de 2018. « Il va falloir changer de braquet, prévient Pascal Roger, président de la Fédération des services énergie et environnement (Fedene). Il ne faut pas seulement verdir les réseaux existants, il faut les étendre et développer de nouveaux réseaux ».

Réduire les émissions de CO2 grâce aux réseaux de chauffage urbain

Comment attendre la neutralité carbone dans le secteur du bâtiment, responsable de 40 % de la consommation énergétique de l’UE ? Les villes pourvues de réseaux de chauffage urbain sont avantagées pour intégrer de nouvelles sources énergétiques pauvres en carbone.

Les réseaux de chaleur sont encore peu développés dans l’hexagone : ils ne représentent aujourd’hui que 5 % du marché du chauffage. « C’est pourtant la solution qui valorise le mieux les énergies renouvelables et de récupération », souligne Yves Lederer. La France compte moins de 800 réseaux, alimentant un peu plus de 40 000 bâtiments. « 430 communautés urbaines de plus de 100 000 habitants n’ont aucun réseau de chaleur », note par ailleurs Julie Purdue, déléguée générale de l’association AMORCE.

Le principal frein au développement des réseaux de chaleur reste sa compétitivité vis-à-vis des autres sources de chauffage, en particulier du gaz. Ce problème aurait pu être limité par une revalorisation de la taxe carbone. Mais celle-ci a été repoussée fin 2018 par le gouvernement en raison de la mobilisation des « gilets jaunes ». « Cet abandon nous a fait beaucoup de mal sur le plan du développement », regrette Yves Lederer.

Augmentation du Fonds chaleur

La concurrence avec le gaz n’incite pas les gestionnaires d’immeubles à se raccorder aux réseaux de chaleur existants. Et elle menace également la rentabilité des nouveaux projets, qui nécessitent d’importants investissements, notamment pour déployer des kilomètres de canalisations en centre-ville. Plus ponctuellement, la proximité des élections municipales a poussé certains élus à être attentistes, ne souhaitant pas lancer de travaux lourds en période électorale.

Pour relancer la dynamique, la filière compte sur une série de 25 mesures présentées début octobre par le ministère de la transition écologique. Celles-ci prévoient par exemple de mener des campagnes de sensibilisation auprès des collectivités territoriales. L’objectif est de séduire 50 à 60 communes de plus de 10 000 habitants par an. Autre mesure : la possibilité pour une collectivité d’imposer le raccordement à un réseau de chaleur de toutes les constructions neuves. Une mesure qui doit permettre « de sécuriser les investissements », se félicite Julie Purdue.

Surtout, ce plan d’action prévoit une augmentation du Fonds chaleur de l’Ademe (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie), qui permet de subventionner des projets de réseau. Instauré en 2009, il va être porté à 350 millions d’euros en 2020, contre 300 millions cette année et 250 millions en 2018. Parallèlement, les modalités d’application du système d’aides vont être ajustées. De quoi entraîner « une hausse du montant des aides par projet », souligne Pascal Roger. Et ainsi relancer le développement de la filière ?

« 350 millions, c’est peu compte tenu des objectifs et du retard qui a été pris », soupire un professionnel.

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