La France traîne des pieds sur l’efficacité énergétique

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Les économies d'énergie ne sont pas prioritaires si l'on en croit la façon dont la France considère le sujet. Les autres pays ne font guère mieux, à l'exception du Royaume-Uni.

Les 28 États membres sont soumis à une série d'obligations destinées à réduire la consommation d'énergie de 20 % avant 2020 et donc les émissions de gaz à effet de serre : mesures relatives à l'écoconception, la rénovation des bâtiments publics, etc.

Les experts estiment toutefois que les déclarations des États membres dédiées aux économies d'énergie relèvent surtout du discours.

Un représentant du ministère français a ainsi expliqué à EURACTIV que la stratégie de long terme concernant la rénovation des bâtiments, qui doit être envoyée à la Commission européenne d'ici avril, était loin d'être finalisée.

Selon lui, une équipe administrative se charge de la question, sans se frotter aux acteurs du secteur, alors que l'article 4 de la directive sur l'efficacité énergétique impose des consultations auprès de la sphère des affaires et des consommateurs.

« Il s'agit d'un problème très grave, car ce document est censé donner au secteur de la construction une perspective à long terme essentielle. Nous sommes en train de passer à côté l'occasion [de réduire significativement les émissions de CO2] », a-t-il poursuivi.

En Europe, environ 45 % de l'ensemble des émissions de CO2 proviennent de lacunes dans les systèmes de chauffage et de climatisation, mais les membres des cabinets ministériels nationaux sont peu intéressés par la question, selon le représentant.

« Les États considèrent la directive comme une obligation sans importance », a-t-il déclaré. « Ils sont chargés d'envoyer des documents à la Commission…que personne ne consulte !  Du coup ils estiment que cette stratégie de long terme est seulement un document administratif sans conséquences politiques. »

Un objectif en matière d'efficacité énergétique à l’horizon 2030 constituerait un « coup de pouce pour tout le monde » : « Nous avons certains objectifs en matière d'efficacité énergétique dans les bâtiments, mais aucun n'est organisé de manière adéquate, parce que tout le monde attend de connaître les prochaines étapes importantes à venir. »

« Duper la Commission »

Selon des sources du secteur de l'industrie, d'autres États membres ne mettraient pas en place des règles relatives à l'efficacité énergétique dans le laps de temps fixé, ou le font de façon légère. « Ils espèrent que leur stratégie dupera néanmoins la Commission », a expliqué une source à EURACTIV.

« Par exemple l'Espagne veut utiliser les recettes provenant des obligations en matière d'efficacité énergétique de l'article 7 de la directive pour financer la rénovation de bâtiments publics selon l'article 5 », a-t-elle poursuivi. « Je trouve que c'est un peu exagéré. »

Le gouvernement britannique a annoncé le 5 mars une série de mesures en vue d'améliorer la mise en œuvre du Green Deal. Il prévoit notamment des subventions supplémentaires de 450 millions de livres (environ 547 millions d'euros) afin d'améliorer l'efficacité énergétique et les services de conseils auprès des consommateurs.

Le délai pour avoir un nouveau fournisseur passera de trois mois à trois semaines. La période pour approuver la documentation des constructeurs diminuera d'un mois à une semaine et les délais d'attente seront fortement réduits, pour le plus grand plaisir des clients.

« Certains aspects du Green Deal portent leur fruit, d'autres pas », a déclaré Ed Davey, le ministre de l'Énergie, le 4 mars dernier. Il a ajouté qu'une déclaration suivra dans le courant de la semaine pour passer à la prochaine étape.

Plus de 100 000 personnes se sont inscrites pour obtenir une évaluation comme l'accord le prévoit. Seuls 458 ménages ont toutefois achevé des rénovations qui nécessitaient un emprunt.

Selon Ed Davey, ces améliorations seront également communiquées cette semaine aux entreprises énergétiques et le lancement de système de mesures incitatives sur le marché devrait avoir lieu cet été.

Un ministre britannique de l’énergie passionné par l'efficacité énergétique

« Selon un mythe répandu, nous ne faisons rien en matière d'efficacité énergétique, mais en réalité nous faisons énormément », a-t-il ajouté. « Ce sujet me passionne, car c’est [le principe d’efficacité énergétique] qui coûte le moins d'argent et qui permet de créer de nombreux emplois. »

Pourtant, un extrait de l'évaluation d'impact sur le paquet énergie-climat 2030 est en contradiction avec l'objectif d'efficacité énergétique de 30 % étant donné que cette ambition « augmente l'ensemble des coûts de manière substantielle […] puisqu'elle entraîne des économies d'énergie supérieures à celles nécessaires pour respecter seulement l'objectif de 40 % [de réduction] des gaz à effet de serre ».

Un ancien conseiller du ministère d'Ed Davey a déclaré à EURACTIV que le manque de coordination interdépartementale et la mauvaise distribution des compétences au sein du Parlement britannique nuirait aux perspectives d'économies d'énergie.

Cinq priorités

En 2011, Steven Fawkes, conseiller en efficacité énergétique auprès d'EDF Pulse Awards, a proposé cinq mesures à Greg Baker, le secrétaire d'État en charge de la lutte contre le changement climatique : établir des objectifs en matière d'efficacité énergétique, créer un bureau consacré à l'efficacité énergétique, lancer des tarifs de rachat dans le domaine, fixer un objectif de réduction de 25 % pour les bâtiments publics d'ici 2015 et garantir une attention dans la réforme du marché de l'électricité.

Aucune ambition relative à l'intensité énergétique ou au tarif de rachat ne s’est concrétisée jusqu'à présent. Le gouvernement ne respectera probablement pas non plus son objectif sur les bâtiments étant donné que l’on « doit lever des capitaux du ministère des Finances ou de sources extérieures et cela n'a pas été fait », a-t-il ajouté.

Un plan d'action national sur l'efficacité énergétique « ne sera probablement pas suffisant » pour respecter les obligations de la Grande-Bretagne d'ici 2020.

« L'efficacité énergétique ne se résume pas à un débat politique entre la droite et la gauche, il s'agit en réalité d'une question d'unanimité […] on la considère comme quelque chose d'inutile, comme une sorte de luxe. C'est un sujet acceptable, mais il passe après tout le reste », a conclu le représentant du ministère français.

Contexte

L'Europe cherche à réduire sa consommation d'énergie primaire de 20 % d'ici 2020, un objectif qui n'est pas juridiquement contraignant contenu selon le modèle PRIMES.  Jusqu'à présent, les États membres de l'UE sont sur la voie pour atteindre environ 17 %, selon des estimations de la Commission.

Afin d'atteindre l’objectif de l'UE, la Commission européenne a proposé une directive relative à l'efficacité énergétique à la mi-2011. Cette directive a été finalement adoptée en juin 2012 après d'âpres négociations. De nombreux secteurs sont concernés par cette directive. L'obligation pour les sociétés énergétiques de réduire d'au moins 1,5 % par an leurs ventes aux consommateurs constitue toutefois la pierre angulaire.

Prochaines étapes

  • Juin 2014 : la Commission européenne revoit les objectifs nationaux en vue de remplir l'objectif sur l'efficacité énergétique de 2020

  • Avril 2014 : date butoir pour l'envoi des plans d'action pour l'efficacité énergétique à Bruxelles

  • 2014, 2016 : la Commission européenne devrait réviser la directive sur l'efficacité énergétique

  • 2020 : date butoir pour que les États membres respectent l'objectif volontaire de 20 % d'efficacité énergétique

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