La guerre en Ukraine, une « opportunité » climatique qui ne dit pas son nom

Si à court terme, la réactivation des centrales à charbon, le GNL américain et le gaz nigérian répondront aux besoins des européens, le Green Deal va en souffrir. [nicostock / Shutterstock]

Cynique, malvenu, inopportun. Essayer de trouver un « bon » côté à la guerre n’est pas quelque chose d’audible. Et pourtant, le conflit opposant la Russie à l’Ukraine pourrait avoir un effet collatéral « positif » pour le Pacte Vert européen.

Certains n’osent l’évoquer qu’à demi-mot. La guerre en Ukraine, aussi tragique qu’elle soit sur le plan humain, aussi problématique qu’elle soit sur le plan économique, pourrait bien être une opportunité pour la planète. Un peu comme la Covid-19 qui, pendant un temps, a permis de réduire les émissions de gaz à effet de serre – de -7 % en 2020 au niveau planétaire, comme le rapporte le CNRS.

Alors que l’Europe s’évertue à trouver des moyens législatifs, au terme de longues négociations, pour atteindre la neutralité carbone en 2050 et réduire, d’ici 2030, de 55% ses émissions de gaz à effet de serre, la guerre actuelle est en train d’accélérer les prises de décisions et de rebattre les cartes de la lutte contre le réchauffement climatique.

Selon Eurostat, en 2020, 43,6% du gaz et 48,4% du pétrole de l’UE provenaient de Russie. C’est dire la dépendance de l’Europe et, par conséquent, la complexité de ses prises de décisions pour signifier sa désapprobation à « l’envahisseur » de l’Ukraine.

L’UE est indignée par cette guerre qui survient à ses portes, mais elle hésite encore à durcir sa position par un embargo sur les importations d’énergie. Dès lors, les accusations comme celle de Yannick Jadot à l’encontre de Total Energies sont-elles justifiées ? Le candidat écologiste à l’élection présidentielle a exhorté le groupe énergétique à cesser toute activité en Russie. Or, « tant qu’on n’aura pas d’embargo, ces sociétés seront obligées d’honorer leurs contrats » rappelle Thierry Bros, professeur à Sciences-Po Paris. 

La tentation manichéenne

Pour les entreprises, rester en Russie n’a rien d’illégal. Pour les Etats membres, c’est aussi une nécessité – réelle ou supposée – tant que des accords avec d’autres pays fournisseurs d’énergie n’auront pas été trouvés. Et peut-être même après cela. Car pour répondre à la demande énergétique croissante en Europe, l’UE recherche des fournisseurs tous azimuts, y compris de sources polluantes.

Si à court terme, la réactivation des centrales à charbon, le GNL américain et le gaz nigérian permettront de répondre en partie aux besoins des européens, c’est le Pacte Vert européen qui pourrait souffrir.

Or, comme l’a expliqué à EURACTIV Caroline Mini, cheffe de projet senior au think tank La Fabrique de l’industrie, l’Europe a des intérêts nucléaires en Russie – donc des intérêts dans une énergie décarbonée.

Plus précisément, le français EDF a des accords avec le russe Rosatom. « Il y a des développements conjoints qui ont été entendus entre EDF et Rosatom sur la fabrication de combustible » explique l’experte. « On a besoin de voir le monde dans son ensemble. Ce n’est pas juste « on met des sanctions et ensuite on voit ce qu’il se passe ». Il y a aussi des conséquences sur l’industrie et sur le respect de nos engagements climatiques » poursuit-elle. Ménager la Russie irait donc dans le sens du Pacte Vert. 

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Etre sobre, c’est combattre

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La guerre pourrait-elle être un levier pour le développement des énergies renouvelables en Europe ? Certains, sans le dire de manière aussi directe, y croient.

L’appel au boycott des entreprises – notamment énergétiques – ayant des activités en Russie pourrait inciter les particuliers à se détourner de leurs fournisseurs traditionnels au profit de fournisseurs en énergies renouvelables, de même que d’abandonner leurs véhicules thermiques au profit de véhicules électriques.

A l’échelle européenne, on affiche la volonté d’accélérer le mouvement. Lors de la présentation du plan REPowerEU, le 8 mars dernier, Frans Timmermans, le responsable du Green Deal européen, a ainsi déclaré : « Il est temps de nous attaquer à nos vulnérabilités et de devenir rapidement plus indépendants dans nos choix énergétiques. Lançons-nous dans les énergies renouvelables à la vitesse de l’éclair. »

Le 17 mars, la Commission a réitéré en appelant le Parlement européen et les pays de l’UE à envisager « des objectifs plus élevés ou plus précoces pour les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique » en réponse au changement de situation géopolitique.

Dernier coup de marteau pour enfoncer le clou, c’est très certainement la flambée des prix de l’énergie qui aura raison du gaz et du pétrole russes. « La seule chose que peut faire le particulier, c’est baisser son thermostat de un degré », lâche Thierry Bros. « Si cette guerre nous donne l’occasion d’être un peu plus sobre, pourquoi pas ? »

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[Edité par Frédéric Simon]

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