La Lituanie fustige la proposition de démantèlement nucléaire de la Commission

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Cet article fait partie de l'édition spéciale Budget UE 2014-2020.

Le premier ministre lituanien, Andrius Kubilius, a fustigé la Commission hier (24 novembre) pour avoir présenté une proposition « inacceptable » sur la fermeture de la centrale nucléaire d'Ignalina, dans le cadre d'un programme d'aide financière visant à mettre hors service d'autres centrales dans trois nouveaux Etats membres de l'UE.

La Commission a annoncé une aide européenne supplémentaire de 500 millions d'euros pour le démantèlement des centrales nucléaires de type soviétique en Bulgarie, en Lituanie et en Slovaquie (voir « Contexte »).

Cette proposition prévoit 185 millions d'euros supplémentaires pour la Bulgarie, 210 millions d'euros pour la Lituanie et 105 millions d'euros pour la Slovaquie.

Les fonds proviendront du budget de l'UE pour 2014-2020 et couvriront les activités de démantèlement jusqu'en 2017.

Paiement final

Dans des cas exceptionnels, des paiements pourraient encore être effectués jusqu'en 2020, mais il s'agit de la dernière aide allouée au démantèlement, a déclaré à EURACTIV Marlene Holzner, la porte-parole du commissaire à l'énergie, Günther Oettinger.

Les 500 millions d'euros proposés s'ajoutent aux sommes qui ont déjà été engagées. L'aide financière totale apportée par l'UE à ces trois pays jusque fin 2013 devrait être de 2,847 milliards d'euros (1,367 milliard pour la Lituanie, 613 millions pour la Slovaquie et 867,8 millions pour la Bulgarie).

Ces sommes peuvent sembler importantes, mais la Bulgarie, la Slovaquie et la Lituanie insistent sur le fait qu'elles ont perdu des dizaines de milliards d'euros suite à la fermeture anticipée de leurs réacteurs qui disposaient en réalité de licences de fonctionnement valables encore de nombreuses années. Par le passé, les trois pays ont demandé des compensations, mais la Commission a insisté sur le fait que les fonds européens ne devaient servir qu'à couvrir les activités de démantèlement.

Quelques minutes après la publication de la proposition, le dirigeant lituanien a publié un communiqué laissant transparaître son mécontentement, dans lequel il a qualifié la proposition de la Commission d'inacceptable et de non conforme au traité d'adhésion du pays à l'UE.

« Dans le traité d'adhésion de la République de Lituanie à l'Union européenne, l'UE a reconnu que la fermeture de la centrale nucléaire [de Kozloduy] était un cas exceptionnel, que le démantèlement de cette centrale était un processus à long terme et qu'il représentait pour la Lituanie un fardeau exceptionnel disproportionné par rapport à la force économique du pays. Sur la base des faits susmentionnés, l'UE s'est engagée à fournir une assistance financière adéquate pour le travail de démantèlement de la centrale », a déclaré M. Kubilius.

En effet, la centrale d'Ignalina peut représenter un cas particulier, dans la mesure où le second réacteur à lui seul, fermé en décembre 2009, satisfaisait environ 70 % de la demande énergétique du pays. La Lituanie fait partie du réseau d'électricité russe, et après la fermeture d'Ignalina, elle devra importer plus de 80 % de son énergie de la Russie.

Le ministre lituanien de l'énergie, Arvydas Sekmokas, a déclaré à la presse à Bruxelles hier que son pays avait besoin de fonds pour le démantèlement d'Ignalina jusqu'en 2030.

Il a également mentionné un chiffre présent dans l'ébauche de proposition de la Commission sur les aides financières qui dépassait de 19 millions d'euros le montant proposé officiellement.

Lorsqu'EURACTIV lui a demandé s'il s'était concerté avec ses collègues bulgares et slovaques sur le démantèlement nucléaire, il a répondu : « Pas vraiment ».

Il a toutefois précisé que la proposition de la Commission devrait encore être débattue. La même stratégie transparaît dans la déclaration du premier ministre.

« Nous souhaitons que toutes les parties prenantes comprennent le caractère sensible de cette question en Lituanie et nous espérons aboutir à un accord sur une assistance financière adéquate », peut-on lire dans le communiqué de M. Kubilius.

En 1992, lors d'un sommet du G7, il a été décidé que quatre unités de la centrale nucléaire de Kozloduy, ainsi que celle de Bohunice en Slovaquie et celle d'Ignalina en Lituanie, devraient être fermées en raison de leur faible niveau de sûreté. Toutes ces unités nucléaires sont aujourd'hui fermées, la dernière, le second réacteur d'Ignalina, ayant rendu l'âme en décembre 2009.

La fermeture de ces centrales nucléaires a été négociée dans le cadre des traités d'adhésion de ces trois pays. Etant donné que cette fermeture prématurée représente un fardeau important, l'Union européenne leur apporte une aide financière.

Le démantèlement nucléaire est l'étape finale du cycle de vie d'une installation et couvre toutes les activités, de la fermeture et du transport des matières fissiles à la réhabilitation de l'environnement.

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