La Pologne veut ranimer la CECA pour le gaz

Donald Tusk. Warsaw, March 2014. [Kancelaria Prezesa Rady Ministrów/Flickr]

Le Premier ministre polonais appelle à la fondation d’une « nouvelle CECA » en vue de réduire la dépendance énergétique de l’UE vis-à-vis de la Russie.

La Russie, qui fournit actuellement environ un tiers des besoins européens en gaz et en pétrole, a ranimé les tensions entre Est et Ouest avec l’annexion de la Crimée au mois de mars.

Cette initiative a entraîné la prise de sanctions de la part des États-Unis et des Européens contre plusieurs personnalités russes, mais pour l’instant pas contre le président Vladimir Poutine.

« Même sans tenir compte de la manière dont la situation va évoluer en Ukraine, une chose est claire : la dépendance excessive à l’énergie russe affaiblit l’Europe », écrit Donald Tusk.

Le Premier ministre polonais fait valoir que les Vingt-Huit ont été capables de créer une union bancaire avec un superviseur unique ainsi qu’un fonds de résolution bancaire qui permettra de fermer une institution financière défaillante, si nécessaire.

L’UE achète également en commun l’uranium pour les centrales nucléaires des États membres. Une démarche identique devrait être mise en place à l’égard du gaz russe, estime-t-il.

« Je propose en conséquence une union énergétique. Cela ramènera la Communauté européenne à ses origines », a-t-il rappelé.

La Communauté européenne du charbon et de l’acier (Ceca) ancêtre de la CEE avait été fondée en juillet 1952, réunissant six pays et unifiant l’Europe de l’Ouest durant la Guerre froide. Cette organisation a cessé d’exister en juillet 2002.

Une union énergétique solidaire

Donald Tusk propose l’instauration d’une entité européenne qui sera chargée de l’achat de gaz pour l’ensemble des États membres. Il envisage également un système de solidarité entre les pays de l’Union dans l’hypothèse où l’un d’eux verrait ses approvisionnements suspendus.

Il avance enfin l’idée d’une amélioration des capacités de stockage et des transferts de gaz entre États, surtout ceux qui dépendent en totalité de Gazprom.

« Aujourd’hui, au moins dix États membres de l’UE dépendent d’un seul fournisseur -Gazprom- pour plus de la moitié de leur consommation. Certains sont même dépendants à 100 % de l’entreprise russe », a-t-il insisté.

Donald Tusk plaide également pour l’utilisation d’autres énergies fossiles comme le charbon et le gaz de schiste.

« Dans certains États d’Europe de l’Est, y compris en Pologne, le charbon est synonyme de sécurité énergétique. Aucune nation ne doit être contrainte à extraire du charbon, mais aucune ne doit être empêchée de le faire tant que cela est mené d’une manière durable », estime-t-il.

Tusk propose de signer des accords d’achat de gaz avec d’autres pays exportateurs comme les États-Unis ou l’Australie. Ces approvisionnements seraient acheminés par bateau sous une forme liquéfiée.

L’indicateur européen de dépendance énergétique de l’office de la statistique Eurostat montre que les importations de l’UE sont passées de 63,4 % en 2009 à 65,8 % en 2012.

En 2009, une crise d'approvisionnement du gaz naturel sans précédent avait perturbé le marché européen. Durant le mois de janvier, la Russie avait interrompu ses livraisons de gaz naturel durant deux semaines, suite à un différend avec l'Ukraine.

La question du gaz demeure au cœur de la question ukrainienne, alors que la Russie a pris le contrôle de la Crimée illégalement. Les menaces de sanctions à l’encontre de la Russie auxquelles les Européens réfléchissent doivent donc prendre en compte la question de l’approvisionnement en énergie.

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