La rénovation énergétique des bâtiments : une gageure franco-allemande

Une centrale électrique outre-Rhin. En France et en Allemagne, la majorité des logements ont été construits avant les premières réglementations thermiques, datant respectivement de 1974 et 1978. [EPA/CARSTEN KOALL]

Pour atteindre la neutralité carbone d’ici à 2050, la question de la rénovation énergétique des bâtiments est cruciale. Plus que jamais d’actualité, elle fait l’objet de débats de part et d’autre du Rhin.

De nombreux pays européens se sont engagés, souvent en grande pompe, à atteindre la neutralité carbone d’ici à 2050. Alors que les bâtiments sont responsables de 36 % des émissions de gaz à effet de serre (GES) de l’Union européenne, la rénovation énergétique du parc immobilier est indispensable. La France et l’Allemagne planchent sur la question depuis plusieurs années. Ces derniers mois, les débats se sont accélérés.

En France, de nouveaux investissements en négociation

Dans l’Hexagone, le secteur du bâtiment représente près d’un quart des émissions de GES. Une pollution d’autant plus inquiétante que le nombre de logements engagés dans des travaux de rénovation thermique reste faible. Selon l’Observatoire BBC, seuls 18 500 logements ont engagé une rénovation basse consommation (BBC) depuis le 1er janvier 2020.

Pour remplir ses objectifs climatiques, le gouvernement français a annoncé faire de la rénovation énergétique une « priorité nationale ». Dans le cadre de son plan de relance, présenté en septembre dernier, une grosse enveloppe lui est consacrée : près de sept milliards d’euros supplémentaires pour la période 2021-2022, au profit notamment des bâtiments publics – qui obtiendront quatre milliards d’euros – et des logements privés – deux milliards.

En Allemagne, des résultats contrastés

Semés d’embûche en France, le chemin vers la neutralité carbone des bâtiments est tout aussi ardu en Allemagne. Et ce malgré le fait que depuis 2010 d’importantes sommes d’argent ont été investies dans la rénovation énergétique du parc immobilier allemand. D’après le ministère fédéral de l’Économie, ce sont environ 500 milliards d’euros qui ont été alloués à la rénovation thermique des bâtiments de 2010 à 2018. Pour autant, la réduction des émissions de CO2 allemande n’est pas spectaculaire. Selon l’Institut allemand de recherche en économie (DIW), une fois les écarts de température corrigés, ces émissions carbone n’auraient baissé que de 3 % depuis 2010.

Pour atteindre ses objectifs climatiques à l’horizon 2050, l’Agence allemande de l’énergie (Dena) estime que les foyers allemands devront réduire de 80 % leurs besoins énergétiques. Renforcer les incitations à la rénovation des bâtiments est essentiel, selon la Dena, qui en préconise les démarches, par exemple lors du remplacement des systèmes de chauffage, de l’installation de nouvelles fenêtres ou de l’isolation des toits et des murs extérieurs.

Pari ambitieux en France

Un chantier monstre attend également l’Hexagone. D’ici à 2050, l’ensemble du parc immobilier français devra atteindre la norme BBC. Pour ce faire, ce sont près de 500 000 logements privés qui devront être rénovés chaque année, dont la moitié est occupée par des ménages aux revenus modestes.

Mais le gouvernement se donne-t-il les mesures de son ambition ? Selon Andreas Rüdinger, chercheur à l’Institut du développement durable et des relations internationales (Iddri), les sept milliards d’euros du plan de relance ne suffiront pas. « Certains éléments présentés par le gouvernement sont intéressants, comme l’idée d’inciter les ménages à rénover globalement leur logement via différents bonus, ou l’élargissement du dispositif « MaPrimeRénov ». Mais on est loin du « sursaut politique », nécessaire pour relancer durablement les rénovations énergétiques », note le chercheur lors d’un entretien pour Euractiv France.

Dans un article publié en octobre dernier, Andreas Rüdinger a souligné, en se basant sur une analyse chiffrée de la Convention citoyenne pour le climat, que ce sont plutôt 5,8 milliards d’euros par an qui seraient nécessaires pour atteindre les objectifs de rénovation énergétique français.

« La CCC a formulé des propositions très intéressantes : rendre obligatoires les rénovations énergétiques, augmenter massivement les aides publiques, mettre en place des dispositifs d’accompagnement des ménages pour réaliser leur travaux… », énumère l’expert. « Ce n’est qu’en combinant ces différentes mesures que la rénovation énergétique devient socialement acceptable. » 

Conditionnaliser les aides : une force allemande

Andreas Rüdinger, qui a également analysé les politiques de rénovation énergétique en Allemagne, note que l’idée de la CCC d’accompagner les ménages d’un audit énergétique dans leurs travaux de rénovation existe déjà outre-Rhin. Selon lui, c’est justement là que réside la force du modèle allemand.

Comme il l’avait déjà expliqué dans un rapport publié en 2013, l’octroi d’aides par la KfW (la banque publique allemande chargée de flécher les soutiens financiers à la rénovation énergétique) est conditionnalisé. Pour en bénéficier, l’intervention d’un expert est obligatoire.  « Ce soutien contribue à garantir la qualité de la rénovation et le respect des exigences légales », indique l’expert. Autre condition en Allemagne : les aides sont liées à des objectifs de résultats.

Malgré ces points forts, les politiques de rénovation énergétique allemandes sont loin d’être parfaites, « notamment en ce qui concerne l’adéquation des aides avec les besoins des ménages plus modestes et des copropriétés ». Sur cette thématique, l’approche française de lutte contre la précarité énergétique  serait plus avancée selon l’expert.

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