La Russie coupe le gaz à la Pologne et menace la Bulgarie

Un drapeau de la multinationale russe de l’énergie Gazprom à l’extérieur des bureaux de la société à Moscou, en Russie, le 3 janvier 2021. [EPA-EFE/MAXIM SHIPENKOV]

La Russie a interrompu ses livraisons de gaz à la Pologne mardi 26 avril dans le cadre du contrat Yamal, selon les données du réseau des opérateurs de transport de gaz de l’Union européenne, ce qui accentue le fossé entre l’Occident et la Russie concernant l’invasion de l’Ukraine.

La Bulgarie, qui, comme la Pologne, est membre de l’OTAN et de l’UE, a déclaré plus tôt que la Russie cesserait également de lui fournir du gaz. On ignorait mercredi si les livraisons de la Bulgarie avaient également été interrompues.

L’Ukraine a accusé la Russie de faire du chantage à l’énergie auprès de l’Europe dans le but de porter un coup aux alliés de l’Ukraine, alors que les combats entrent dans leur troisième mois sans que la Russie ait capturé une grande ville.

La Pologne, farouche opposant du Kremlin, fait partie des pays européens qui cherchent à obtenir les sanctions les plus sévères contre la Russie pour avoir envahi son voisin.

À l’inverse, la Bulgarie est l’un des deux seuls pays de l’UE, avec la Hongrie, à ne pas avoir envoyé d’armes en Ukraine.

Tom Marzec-Manser, responsable de l’analyse du gaz à la société de renseignement ICIS, a déclaré que l’arrêt de l’approvisionnement de la Pologne et de la Bulgarie est un « coup de semonce sismique de la Russie ».

« La Pologne a une position anti-Russie et anti-Gazprom depuis un certain nombre d’années, ce qui n’est pas le cas de la Bulgarie, donc voir la Bulgarie être également coupée est aussi un développement assez important en soi », a-t-il ajouté.

Le contrat d’approvisionnement en gaz de la Pologne avec le géant de l’énergie Gazprom porte sur 10,2 milliards de mètres cubes (bcm) par an et couvre environ 50 % de la consommation nationale.

La Bulgarie compte sur 3 milliards de mètres cubes de gaz russe par an et n’a importé que des quantités limitées de gaz azéri, en raison de l’absence d’un véritable interconnecteur avec la Grèce. Un interconnecteur est en construction depuis des années, mais des retards constants dans sa construction ont empêché la Bulgarie d’importer le 1 milliard de mètres cube de gaz azéri, qu’elle a pourtant contracté.

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Le ministre de l’Énergie bulgare Alexander Nikolov a expliqué que la Bulgarie se trouve toujours privée de revenus en raison des retards persistants dans la construction de l’interconnexion gazière avec la Grèce.

Par ailleurs, la Bulgarie a entamé des pourparlers pour importer du gaz naturel liquéfié via la Turquie et la Grèce voisines.

L’entreprise publique polonaise PGNiG avait déclaré que les approvisionnements de Gazprom via l’Ukraine et le Belarus seraient interrompus à 8 heures (6 heures GMT) mercredi, mais la Pologne a indiqué qu’elle n’avait pas besoin de puiser dans ses réserves et que son stock de gaz était rempli à 76 %.

La Pologne a indiqué qu’elle pouvait s’approvisionner en gaz via deux liaisons avec l’Allemagne, dont un flux inversé sur le gazoduc de Yamal, une liaison avec la Lituanie d’une capacité annuelle de 2,5 milliards de m3 qui sera ouverte le 1er mai, et via un interconnecteur avec la République tchèque pour un maximum de 1,5 milliard de m3.

Une liaison avec la Slovaquie, qui sera ouverte dans le courant de l’année, permettrait d’acheminer 5 à 6 milliards de m3 supplémentaires.

En outre, PGNiG peut importer jusqu’à 6 milliards de m3 par an via le terminal GNL de Swinoujscie, sur la mer Baltique, et produit plus de 3 milliards de m3 de gaz par an localement en Pologne. En octobre, un gazoduc permettant de faire circuler jusqu’à 10 milliards de m3 de gaz par an entre la Pologne et la Norvège sera ouvert.

Des représentants du gouvernement ont déclaré que le stockage de gaz de la Pologne, qui s’élève à 3,5 milliards de m3, est rempli à 76 % et que la Pologne n’aura pas à réduire l’approvisionnement de ses clients pour faire face à l’arrêt de l’approvisionnement de Gazprom.

Le président russe Vladimir Poutine a appelé les pays « inamicaux » à payer leurs importations de gaz en roubles, une demande que seuls quelques acheteurs ont mise en œuvre.

« L’objectif ultime des dirigeants russes n’est pas seulement de s’emparer du territoire de l’Ukraine, mais de démembrer tout le centre et l’est de l’Europe et de porter un coup global à la démocratie », a déclaré le président ukrainien Volodymyr Zelenskyy tard mardi.

Son chef de cabinet, Andriy Yermak, a déclaré que la Russie « commençait le chantage au gaz de l’Europe ».

« La Russie tente de briser l’unité de nos alliés », a déclaré M. Yermak.

La Bulgarie a déclaré qu’elle avait rempli toutes ses obligations contractuelles avec Gazprom et que le nouveau système de paiement proposé était contraire à l’accord.

Gazprom a déclaré que Varsovie devait payer le gaz conformément à son nouvel « ordre de paiement ». L’entreprise s’est refusée à tout commentaire concernant la Bulgarie.

La déconnexion de la Bulgarie est plus difficile pour Gazprom, car le pays obtient son gaz via le gazoduc TurkStream, appelé « Balkan Stream » sur le territoire de la Bulgarie. TurkStream achemine le gaz russe à travers la mer Noire vers le territoire européen de la Turquie, puis vers la Bulgarie et vers les pays amis de la Russie que sont la Serbie et la Hongrie.

Le Premier ministre bulgare Kiril Petkov a récemment déclaré qu’il ne s’attendait pas à ce que la Russie interrompe ses livraisons à Bulagrai, précisément parce que, selon lui, la Serbie et la Hongrie sont des « partenaires stratégiques » de Moscou.

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En ce qui concerne la Pologne, la coupure des approvisionnements via le gazoduc Yamal, qui passe par le Belarus, ne pose pas de problèmes similaires à Gazprom. Contrairement à la Bulgarie, la Pologne a la possibilité d’utiliser du gaz provenant d’autres membres de l’UE, notamment en utilisant le même gazoduc pour importer du gaz d’Allemagne.

Selon les analystes de la banque d’investissement Jefferies, cet avertissement accroît le risque d’autres résiliations anticipées pour d’autres contrats européens arrivant à échéance d’ici la fin de l’année, ce qui représente près de 12 milliards de m3 par an.

Seuls quelques acheteurs de gaz russe, comme la Hongrie et Uniper, le principal importateur de gaz russe en Allemagne, ont déclaré qu’il serait possible de payer les futures livraisons dans le cadre du programme annoncé par Moscou sans enfreindre les sanctions de l’Union européenne.

L’autorité allemande de régulation des réseaux a déclaré qu’elle surveillait la situation des livraisons de gaz en provenance de Russie après la menace pesant sur l’approvisionnement de la Pologne, ajoutant que l’approvisionnement de l’Allemagne était actuellement garanti.

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